Lettre du U octobre
2. Lettre du 3 février 1672. « U y avait l'autre jour une dame (3f"" de Sévigné la nomme dans la lettre suivante) qui confondit ce qu'on dit d'une grive, et, au lieu de dire elle est soûle comme une grive, elle dit que la première présidente était sourde comme une grive. Cela fit rire. »
3. • On mande de Provence », écrit Dangeau le !2 décembre 1695, « que le marquis de Simiane a épousé M'"' de Grignan : il a 25 000 livres de rente en fonds de terre ; la demoiselle n'a que 20000 écus, mais elle est fort jolie; les terres des Simianes et des Grignans se touchent. »
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sa femme; il était resté un homme à la mode, avait coiiliuuc ses galanleries, courtisé les plus belles persomies, et particulièrement M"'' (l'Armagnac. Le duc d'Elbœuf, en représailles de cette tentative sur la maison de Lorraine, et surtout pour le plaisir de vexer un ministre, se mit à tourner autour de la jeune femme négligée. Sa maison, sa figure, les bontés du roi, enhardissaient sa fatuité; il avait déjà joué le même jeu auprès de la duchesse de Villjeroy. M"® de Barbezieux, pour piquer et ramener son mari, qui la traitait en enfant, fit volontiers la coquette. Au fond, la coquette et le galant se souciaient médiocrement Tun de l'autre. Mais Barbezieux était hautain, irascible, et d'autant plus prompt à la jalousie qu'il avait rencontré peu de cruelles, même parmi les plus superbes ; il grossit tout, dans une étourdie vit une criminelle, se déclara trompé, ne rencontra que des incrédules, s*obstina, s'exalta dans son dire, et se donna le ridicule de fournir des preuves qui ne persuadèrent personne. Le beau-père protesta plus haut que tout le monde, sur quoi le gendre affirma plus fort que jamais. Le marquis d'Alègre ajouta que sa fille était malade et ne pouvait être mise au couvent, à quoi Barbezieux répondit que la maladie était feinte. Le roi, fatigué de leurs plaintes alternées, décida que M"** de Barbezieux se guérirait chez ses parents, et, une fois guérie, entrerait dans un couvent d'Auvergne. Le pauvre M. d'Alègre n*en fut pas quitte pour cet affront; il lui en cuisit d'avoir voulu un ministre pour gendre. Barbezieux lui fit sentir son pouvoir en l'accablant, non de faveurs, mais do dégoûts, et c'est le père qui paya pour tous les torts imputés à sa fille ^
Barbezieux mourutà trente-trois ans, tué par les plaisirs (1 701). Le roi, soucieux de l'expédition des affaires, s'impatientait de son travail inégal; parfois il attendait le ministre, et l'attendait en vain : le ministre avait quelque partie ou était ivre, et lui faisait dire qu'il avait la fièvre. Le roi se fatigua de ce genre d'excuse 2. Barbezieux sentit la faveur se détourner de lui ol
1. Saint-Simon, t. I, p. 187 et il3. — Dangeau, décembre 1G98.
2. Un mémoire adressé par Louis XIV à l'archevêque de Reims sur la con- 'luile de son neveu Barbezieux, mémoire suivi d'observations faites par I arohcvêque de Reims, a été trouvé par M. Barbier, auteur du Dictimnaire (fos (ino)){imes, dans 1rs papiers du procureur général Joly de Fleury. M. Clié-
aller vers un homme qu'il avait vu faire anlicîhambrc cliez son père ou chez lui-même, vers Chamillart. II souffrit cruellement dans son orgueil, et, pour s'étourdir, il s'enfonça plus avant dans la débauche; il n'y dissipa pas son chagrin, mais il y prit une fièvre ardente qui triompha en quelques jours de son tempérament d'athlète. Il mourait plein de vie, ne voulant pas croire à la mort, disputant contre Fagon, lui soutenant que sa maladie n'était pas dangereuse, jusqu'à ce que l'archevêque de Reims lui ouvrit les yeux. Quand il vit clair, il montra un cœur résolu, et finit en homme et en chrétien. Il ne laissait que des filles, et le règne des le Tellier finit avec lui. Ce règne avait duré près de soixante ans; Barbezieux avait participé pendant dix ans au gouvernement de l'État avec une autorité qui s'était soutenue dans le public presque jusqu'au dernier jour.
On souffrait tout de lui, caprices, dédains, emportements a d'une humeur terrible et fréquente » ; les plus fiers étouffaient ou cachaient leurs ressentiments. Pendant sa courte maladie, la cour assiégeait encore sa porte ; mais le mal alla vite, et Fagon le déclara sans remède avec une joie mal dissimulée. Barbezieux eut le tort d'expirer le jour où Ton tirait les Rois ; il y avait fête à Marly. Beaucoup de belles dames, d'entre les plus hautes, pleuraient dans le salon ; mais à tablé, après qu'on eut tiré le gâteau, le roi montra la plus joyeuse humeur, cria : La reine boit, renversa son assiette, frappa dessus avec sa cuiller et sa fourchette, comme en franc cabaret. La gaieté du roi ne pouvait manquer d'être contagieuse ; toutes les dames imitèrent son geste, et les meilleures amies du défunt frappèrent aussi fort que les autres. Ce tintamarre se répéta pendant tout le souper avec le même entrain, chaque fois que but la reine de la fève. Barbezieux était mort à quatre heures de l'après-midi *.
niel cite cette pièce (Mémoires de Saint-Simon, t. VUI, p. 457) avec TapprcV ciation suivante qu'en a portée Voltaire. « Quoique écrite d'un style extrêmement négligé, elle fait plus d'honneur au caractère de Louis XIV quo les pensées les plus ingénieuses n'en auraient fait à son esprit. »
1. Saint-SimoUy t. Il, p. 116 et suiv. Les éditeurs du Journal de Dangeau font remarquer que Barbezieux éfant mort le 5 janvier, et la fèto des Rois se célébrant le 6, la gaieté de Louis XIV n'était pas aussi déplacée que rinsiuue Saint-Simon. Mais il n'y a pas même moyen de plaider les circonstances atténuantes, car Dangoau place toujours la r«Ho dos Rois, lorsqtril la iiionlioîim», à la date du 5 janvier.
Louis XIV n'avait pas donné plus de regrets au père qu*il n'en donnait au fils, mais la secrète satisfaction qu'il avait ressentie d'être délivré de l'impérieux génie d'un Louvois avait quelque chose de plus fier que la bruyante gaieté dont il accompagna la mort d'un serviteur voluptueux et négligent. Scène pour scène (quoiqu'on souhaitât pouvoir les supprimer toutes deux), à ne regarder que l'attitude de la personne royale et non la gravité du dommage public, mieux vaut celle dont Saint-Simon fut le témoin fortuit et l'expression qu'il crut démêler sur le visage de Louis. Louvois travaillait avec le roi; il se trouve mal, il le quitte, et à peine rentré chez lui. à deux pas du château, il tombe foudroyé. Ce même jour, Saint-Simon, déjà curieux (il avait quinze ans à peine), observe le roi à l'heure de sa promenade; il avait sa majesté accoutumée, « mais avec je ne sais quoi de leste et de délivré ». Au lieu de varier sa promenade et de visiter ses fontaines, comme il faisait toujours, il ne cessa d'aller et devenir le long de la balustrade de l'Orangerie, d'où il voyait le logement de la surintendance, et chaque fois qu'il revenait, il dirigeait ses yeux vers ce logement où Louvois venait d'expirer. La magnificence de ses jardins semblait languir auprès du charme de cette étrange perspective, comme s'il goûtait, en la contemplant, la joie de sentir sa volonté affranchie et redevenue Tunique maîtresse de l'État ^
Du pouvoir évanoui des le Tellier, il restait l'illustration des charges remplies et surtout les grandes alliances avec les biens qu'elles avaient apportés. On s'était trop hâté pour Barbezieux, comme pour Seignelay, de le croire ruiné. Ses folles prodigalités n'avaient pu épuiser sa fortune^, et ses filles devaient d'ailleurs hériter d'une partie des biens immenses de M™* de Louvois. Toutes les trois furent duchesses : la fille
1. Saint-Simon, t. VIII, p. 97. Le même sentiment se trahit dans la réponse dft Louis XIV à l'officier que le roi d'Angleterre lui envoya de Saint-Germain. w Monsieur, dites au roi d'Angleterre que j'ai perdu un bon ministre, mais que ses affaires et les miennes n'en iront pas plus mal pour cela. » {Dangeau, 17 juillet 1691.) Nous laissons de côté la partie très-dramatique et très-contestable de Saint-Simon sur l'empoisonnement de Louvois, sur sa disgrâce imminente, etc. (Voyez Histoire de Louvois, G. Roussel, t. IV.)
2. La chancelière le Tellier, morte en 1696, nvait laissé 3000 000 de biens. (Saint-Simon, t. I, p. 409.)
unique du premier lit épousa un petit-fils du maréchal de Luxembourg, le duc d'Olonne; l'aînée du second lit, le duc d'Harcourt, veuf d'une petite-fille du maréchal de Villeroy. La duchesse d'Harcourt eut de json chef, tout compte fait, 5000000 de biens, ce qui nous explique que les grands partis n'aient point manqué à cette descendance de Barbezieux. Sa cadette, M"* de Culant, eut en plus le bien que lui laissa la duchesse d'Olonne, morte toute jeune comme sa mère, dont elle rappelait les vertus et les grâces. Nous retrouvons ici,aspirant à sa main, le duc d'Âlbret, qui venait de perdre sa femme après vingt et un ans de mariage. Les d'Albret avaient mené grand train. M"® d'Albret était « noble et magnifique », c'est-à-dire, en style bourgeois, très-dépensière. M. d'Albret s'était consolé des attraits un peu virils de M"" de la Trémoille dans le commerce de grâces plus légères, et avait entretenu à grands frais une charmante créature, M"? Loison. Il lui tardait sans doute de réparer la brèche faite à sa fortune par la magnificence de sa femme et les caprices de sa maîtresse, mais ce ne fut pas sans peine qu'il obtint la main de l'héritière qu'il convoitait.
M"® de Barbezieux était morte sans s'être remariée et sans que la fin prématurée de son mari eût pu la remettre dans le monde. Les Louvois prétendirent disposer de la destinée de sa seconde fille, et firent essuyer l'affront d'un refus à un prince de la maison de Bouillon. Par contre, les grands parents maternels, M. et M'"'' d'Alègre, tenaient pour le duc d'Albret, et la fille aussi, attirée sans doute par le titre plus que par la personne. La lutte fut vive et prolongée; il y eut procès, débats contradictoires, et les avocats se battirent, selon la coutume, sur le dos des deux parties ; l'objet du litige, M"* de Culant, assista même à l'une des audiences, démarche qui parut un peu risquée, quoique conseillée, disait-on, par les gens d'affaires. Cependant le Régent comblait de grâces le duc d'Albret, sans pouvoir vaincre l'opposition des Louvois; de guerre lasse, il fit d'autorité publier les bans et célébrer le mariage à Saint-Su! pice, à quatre heures du matin. L'oncle de la mariée, l'abbé de Louvois, parut à l'église pour s'y opposer, mais le prince de Conti l'arrêta en lui mettant sous les yeux une lettre de cachet signée du duc d'Orléans. Les Louvois atta-
:Wi LES FAMILLES DES SECRÉTAIRES D'ÉTAT.
quèrenl la légitimité du mariage ; mais tout ce qu'ils purenl obtenir fut d'obliger les époux à le célébrer de nouveau. Trois mois après cette nouvelle cérémonie, la fille de Barbezieux mourait en couches, et sa mort mettait une seconde fois aux prises les deux familles qui semblaient continuer encore la fameuse inimitié de Turenne et de Louvois. Les Louvois, étonnés de ne pas voir d'armes aux funérailles, s'imaginèrent qu'on ne les avait supprimées que pour ne pas mettre les leurs: il fallut, pour les apaiser, établir qu'on avait agi de même à l'enterrement de la première duchesse d'Albret, née la Trémoille, et, dans les messes célébrées pour l'àme de la seconde, éialer les armes des deux maisons*.
La branche aînée des Louvois, sans trouver dans son chef l'appui de brillants mérites, ne le cède pas à celle de Barbezieux pour l'éclat des alliances. Ce Courtenvaux, qu'avait dédaigné la maison d'Uzès, les d'Estrées l'avaient trouvé fort bon pour leur fille; nous avons vu le premier-né de c^ mariage épouser la dernière fille de la maréchale de Noailles, et obtenir par la vertu de cette alliance la charge paternelle de capitaine des Gent-Suisses. Il mourut jeune (1722), laissant un fils à peine sorti des langes ; il semblait difficile de mettre à la tête des Suisses un capitaine de seize mois, mais la charge rapportait 45000 livres de rente et valait la peine' d'essayer. On essaya. Les alliés des Louvois, les Villeroy, les d'Estrées, donnèrent avec les Noailles sur le Régent, facile et débonnaire, et emportèrent ladite charge, avec permission pour le nouveau capitaine d'en confier l'intérim au frère cadet de son père^ : ainsi les familles de ministres recueillaient le prix de leurs alliances avec les grands seigneurs. 11 arrivait aussi que le nom des grands seigneurs passait, faute d'héritier, au descendant du ministre, qui ne répugnait pas à changer d'aïeux et à vieillir subitement sa noblesse de fraîche date. Le frère cadet du gendre des Noailles, le capitaine par intérim des Ceiit- Suisses, est connu dans l'histoire sous le nom de maréchal d'Estrées: jusqu'à la mort de son oncle maternel, le troisième maréchal d Eslrées, c'est-à-dire jusqu'en 1730, il s'était appelé
1. Saint-Simon^ t. X, p. 45; t. XI, p. 113 et 134. — DangeaUy 24 juin, S.'î juillet et 23 flccembre 1717, 4 juillet 1718, 11 et 12 juillet 1719.