‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 183 sur 318 · I>an{/eau, 3 juillet · texte numérisé non relu

I>an{/eau, 3 juillet

3. « Je fus à la noce, dit Saint-Simon, comme on va à la potence. >

4. Saint-Simon, quoique fortement prévenu contre lui, ne peut s*empôcher de lui reconnaître quelque capacité. « Il avait de l'esprit, mais parfaitement de travers, et avec quelques lettres et quelque teinture d'histoire; appliqué, sachant bien sa marine, assez travailleur, il le voulait paraître beaucoup plus qu'il ne l'était, m

d'Orléans à la formation des futurs conseils, Pontchartrain est l'un des premiers qu'il élimine et précipite. La santé du roi déclinait visiblement; il « diminuait » lous les jours; déjà la cour se tournait vers le duc d'Orléans; mais les minisires, enchaînés par la peur, ne bougeaient : il restait encore assez (le vie au moribond pour les chasser, et en sMmmolant ainsi à la dernière heure, ils ne pouvaient décemment s'offrir au duc d'Orléans comme des marljrs de sa cause. C'est ce moment que choisit Saint-Simon, qui ne voyait plus guère Pontchartrain, pour tomber chez lui comme une bombe, se repatlre de ses angoisses, s'amuser à les exciter ou à les calmer tour à tour, à lui rendre ou lui Ater la vie par des regards et des mots pleins d'intentions perlides : cette comédie lui paraît si savoureuse, qu'il la prolonge pendant trois bons quarts d'heure.

Le roi à peine mort, il court chez le duc d'Orléans s'assurer de la a totale expulsion « de son homme. Mais celui-ci avait la vie plus dure qu'il ne croyait ; l'intervention de son pfire avait paré en partie le coup qui l'allait frapper; il demeurait au conseil en gardant ses traitements de secrétaire d'Etat et de ministre, mais sans voix délibérative. Si les traitements étaient gros, l'humiliation était profonde, et elle s'aggravait encore des dédains et des insuites que les grands seigneurs, rappelés à la vie politique, prodiguaient à ce bourgeois à demi abattu. Saint-Simon jouit de son mutisme, de son isolement, des sarcasmes, ou même des accusations d'improbité qu'on lui jette à la face. Sa rancune contre les ministres en général et contre celui-ci en particulier s'assouvit à plaisir.

Il n'avait de fonctioQ au conseil de régence que celle qu'il avait prise d'y moucher les bougies et qui s'était également tournée en cDulumedesa part, et en dérision sans contrainte du celle de lous ceux qui ; assistaient.

C'était trop encore pour son implacable ennemi : il fait un dernier effort pour écraser ce qui restait du ministre. Le Régent hésitait par attachement pour le chancelier; Saint-Simon luimême aimait le père autant qu'il détestait le fils, et l'on sait s'il était entier dans ses sentiments : il trouva le moyen satisfaire ces deux passions contradictoires et de montrer une parfaite amitié dans une parfaite haine. Le Hégent,

ai6 LES FAMILLES DES SECRÉTAIRES D'ÉTAT.

conseils, enleva sa charge à Pontchartrain pour la donn^ à son fils: celui-ci n'étant âgé que de quatorze ans, son parent la Vrillière devait la remplir en son nom jusqu'au jour où il lui remettrait en mains propres un dépôt qu'il ne pouvait être tenté de s'approprier, étant déjà secrétaire d'État '. Dne lettre du Régent dictée par Saint-Simon apprit an chancelier la bonne et la mauvaise nouvelle: il en reconnut l'auteur à l'inspiration et au style, et lorsqu'il reçut peu après sa visite, il l'accueillit avec un mélange d'irritation et de reconnaissance, de reproches et d'embrassements qui fait de cette entrevue une scène extrêmement originale.

L'enfant dont Saint-Simon venait d'assurer la carrière politique fut ce souple et spirituel comte de Maurepas, que M"* de Pompadour disgracia pour une épigramme, qui revint aux affaires après vingt-cinq ans d'exil, fit et défit de grands ministres, et garda jusqu'à sa mort (1781) la confiance de Louis XM, quoiqu'il fiit plus propre à ajourner qu'à conjurer l'orage qui menaçait le trône.

Quant à Pontchartrain, il trouva moins une consolation qu'un surcroît d'amertume à voir sa succession passer aux mains de son fils : l'implacable ressentiment de Saint-Simon se plaît à nous le montrer enseveli dans une retraite envieuse et désolée.

Depuis ce moment il demeura obscur au fond de sa maison, abandonné de plus en plus. Il y vit encore dans la solitude et le plus parfait néant, toujours enragé de jalousie et de dépit contre son fils, qui lui rend des devoirs et rien de plus. Cet ex-bacha si rude et si superbe occupe son néant à compter son argent et en semblables misères, et n'a presque paru nulle part depuis, qui est ce qu'il a fait de mieux.

Sa femme elle-même se licencia, ce semble, envers le ministre déchu. Saint-Simon en fait beaucoup entendre en fort peu de mots : « Sa première femme, si parfaite en tout, en mourut à la fin à force de vertu. La seconde Ta vengée *. »

1. Ce petit-fils du chancelier épousa trois ans plus tard la fille de la Vril- Ji<';re, chez lequel il logeait et apprenait son métier de secrétaire d*£tat. (Saint-Simonj t. X, p. 20.)

2. Saint-Simon, t. VI, p. 104 et suiv., 439; t. VIII, p. 220, 252 et suiv., 288 et suiv.

La charge de secrétaire d'État, que les la Vrillière avaient ravie aux Pontchartrain, ne s'était conservée dans cette branche usurpatrice que par un mariage conclu avec une opportunité el une rapidité merveilleuses. Balthasar Phélypeaux, marquis de Châteauneuf, s'éteignait presque subitement dans la nuit du 27 mai 1700, avec le regret de n'avoir pu assurer sa succession à son fils, la Vrillière. Celui-ci reçoit à cinq heures du matin la nouvelle de sa mort, il ne perd pas son temps à s'affliger; il mande aussitôt la princesse d'Harcourt, une princesse fort avide, qui faisait volontiers des affaires depuis un écu jusqu'aux plus grosses sommes, et lui ouvre sa bourse aux conditions suivantes : elle ira sur l'heure trouver M"" de Maintenon, lui proposera le mariage de M"" de Mailly, sa parente, avec lui, la Vrillière, qui demande pour toute dot qu'on lui fasse obtenir la charge de son père, et la décidera à écrire immédiatement au roi pour solliciter cette grâce. La princesse d'Harcourt part, parle, persuade, revient annoncer son succès à la Vrillière, et, sur son ordre, court chercher l'assentiment de la comtesse de Mailly. En même temps, le chancelier Pontchartrain, averti par la Vrillière du résultat de la démarche de M™® d'Harcourt, va se poster à la porte du roi. Le roi se réveille, lit la lettre de M"Me Maintenon, reçoit le chancelier, qui appuie la requête de la lettre ; nulle compétition, nul conseil à rencontre : personne n'était encore entré, pas même les gentilshommes de la chambre. Le roi accorde aussitôt la charge à la condition du mariage, et la Vrillière, qui la veille encore n'était ni de robe ni d'épée, et ressemblait à l'amphibie raillé par la Bruyère S se trouve subitement élevé à un rang supérieur dans l'État.

Il avait payé ce rang plus cher qu'il ne pensait, et le mariage dont il recueillait immédiatement le fruit lui réservait plus d'une amertume. La comtesse de Mailly y avait donné son assentiment d'autant plus volontiers qu'elle en avait déjà très-favorablement accueilli le projet, lorsque Châteauneuf avait tenté d'obtenir la survivance de sa charge pour son fils. Elle venait de perdre son mari, cet officier dont nous avons parlé à l'occasion du mariage de M"' d'Aubigné avec

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