‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 185 sur 318 · Voyez page · texte numérisé non relu

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3. Lettre de il/°« de la Troche à A/"* de Grignariy du 25 novembre 1699.

regretta pas le passé. Même lannée précédente, avec la faveur qui le portait^ il aurait pu établir plus brillamment cette ainéc, s'il n'eût mieux aimé acquitter un vieil engagement qui lui tenait au cœur. Du temps qu'il était conseiller, il avait pour intime ami un conseiller de la même chambre, Dreux. Leurs femmes accouchèrent en même temps; Dreux était riche et pressa Chamillart de s'engager à marier leurs enfants. Chamillart se défendit sur sa modeste fortune, mais Dreux tint bon et eut raison de ses scrupules. La fortune tourna : Tun des deux conseillers devint intendant des finances ; ce fut au tour de Dreux de se défendre ; il voulut à toutes forces rendre la parole reçue; mais Chamillart refusa obstinément de la reprendre. Dans ce long combat d'amitié et de probité, Chamillart à la fin l'emporta; le mariage fut décidé, et le fils de Dreux obtint du roi, grâce à son beau-père, l'agrément du régiment de Bourgogne. « C'est à vous, monsieur, que je le donne, (dit le roi à son favori, car votre gendre futur n'a pas encore assez servi pour avoir l'agrément d'être à la tête d'un régiment comme celui-là. »

Devenu contrôleur général, Chamillart fit acheter à son gendre la charge de grand maître des cérémonies, plus honorifique que fructueuse ; mais Dreux était riche et tenait surtout aux honneurs. En considération de cette charge, le roi permit à M"' Dreux d'entrer dans les carrosses, de manger avec la duchesse de Bourgogne, d'aller à Marly. Saint-Simon prétend même qu'à la faveur de sa charge et du crédit de son beaupère, M. Dreux devint subitement marquis de Dreux *. 11 ne se montre rien moins que tendre pour ce gendre de Chamillart, et à la bravoure près, qu'il est obligé de lui reconnaître, il ne lui trouve que des défauts :

Ce nouveau marquis se trouva un fort brave homme, mais bêle, obscur, brutal, et avec le temps, audacieux, insolent, et quelque chose de pis encore, et sans se défaire des bassesses de son état et de son éducation. Sa femme ne fut heureuse ni par lui ni avec lui, etméritait infiniment de l'être ; une grande douceur, beaucoup de vertu et de sagesse, bien de l'esprit, et avec le temps, de connaissance du monde et des gens, du manège, mais sans rien de mauvais, et si fort

I. Une note de MM. de Dreux-Nancré et de Dreux-firézé, imprimée à la fin du2« volume desMémoires, proteste contre l'assertion de Saint-Simon. bERTlN. 23

en tout temps en sa place, qu'elle se fit aimer de tout le monde, même des ennemis de son père, et fit tant de pitié qu'elle fut toujours et daus tous les temps accueillie partout, et traitée avec une distinction personnelle très-marquée K

11 convient peut-être de rabattre des sévérités de Saint-Simon sur M. Dreux, et de ne pas s'exagérer la portée de ses rélicences ; des questions de préséance et d'étiquette les mirent tous deux aux prises, et le défenseur passionné des privilèges des ducs avait fort à faire pour se montrer impartial envers un grand maître des cérémonies.

Le pouvoir et l'influence de Chamillart se doublèrent bientôt de rhéritage de Barbezieux ; le roi jeta sur ses faibles épaules le fardeau que s'étaient partagé Colbert et Louvois, se flattant de lui communiquer la force et le mérite qu'exigeaient ces grands et accablants emplois. Cette fortune inespérée décida du brillant établissement de sa seconde fille : quoique c cruellement vilaine », elle fut demandée la même année par le duc de la Feuillade.

Les la Feuillade étaient d'une ancienne maison illustrée par l'héroïque défenseur de Rhodes, le grand maître Pierre d'Aubusson. Le comte de la Feuillade, François d'Aubusson, si célèbre comme courtisan, était devenu duc en 1667, par son mariage avec M"* de Roannais, cette jeune fille que l'éloquence impérieuse et brûlante de Pascal avait arrachée au monde, jetée dans un couvent, et que le monde avait fini par ressaisir. La foi de Pascal avait passionné et entraîné le frère avec la sœur; mais le frère avait persévéré, renoncé décidément au siècle et s'était dépouillé de son duché, que M"® de Roannais avait porté dans la maison de son mari. Ainsi lauleiu* des Pensées avait été l'ouvrier involontaire de la grandeur des la Feuillade. Le duc de Roannais était mort dans la retraite, en 1000; sa sœur s'était éteinte en 4683, consumée par un mal terrible (un cancer au sein), par les épreuves qui lavaient frappée dans ses enfants, et aussi par les tourments d'une conscience qui n'avait pu retrouver le repos -. Quant à son

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