‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 187 sur 318 · Addition à DangeaUy 19 septembre · texte numérisé non relu

Addition à DangeaUy 19 septembre

3. Il la fit couler et ériger à ses frais sur la place des Victoires, place faite des débris de l'hôtel de la Fertc qu'il avait acheté ù cette intention. A la tôte du régiment des gardes, que suivaient la maréchaussée, le duc de Gesvres, gouverneur de Paris, le prévôt des marchands et tout le corps de ville, il défila trois fois autour d'elle, la saluant chaque fois de son épée, au bruit des trompettes, des tambours, des acclamations des princes et princesses de la maison royale, et de l'élite de la cour installés tous dans des balcons faits tout exprès sur la façade de l'hôtel de la Feuillade, vis-à-vis do la statue. Quatre lanternes posées sur des colonnes aux quatre coins de la place devaient, aux ternies de la fondation du maréchal, ôtre allumées toutes ics nuits. (Mémoires manuscrits du général Saint-Uilaire, cités dans l'ouvrage de M. Cbéruel, Saint-Simon considéré comme historien de Louis A7K.)

d'un ambitieux aussi forcené : il épousa la fille de Pnidhomme, un simple baigneur chez lequel il avait logé avant sa fortune et qui lui avait été souvent d'un grand secours ^ La femme qui s'empara de son cœuravait, malgré le singulier milieu où elle était née, les plus rares mérites : « C'était une personne de beaucoup d'honneur, de vertu et de piété, de bon sens, capable de lui donner de bons conseils, qui n'abusa jamais de son crédit sur lui, qui était sans mesure, et qui se contint toujours décemment et modestement dans son état...» Le mariage resta secret, mais nul ne le mettait en doute : a Elle fut maltresse de son bien, de ses enfants et de tout chez lui jusqu'à sa mort. > M. de la Feuillade était plus fidèle à son caractère lorsque, quelques jours avant sa mort (septembre 1691), il fit demander pour le seul fils survivant de son mariage avec M"' de Roannais la main de la seconde fille de Louvois. Celui-ci n'était plus ; mais Barbezieux lui avait succédé, et tout en bataillant contre les ministres, le vieux courtisan sentait le prix de leur alliance : sa demande n'eut pas de suite, et le jeune duc de la Feuillade se rabattit sur une Phélypeaux, sœur de la Vrillière. M"« de Châteauneuf était encore la fille d'un secrétaire

d'Etat, mais du secrétaire d'Etat de la maison du roi, qui ne pouvait avoir qu'une influence indirecte sur son avancement militaire, et la Feuillade avait plus que personne besoin d'un' tout-puissant patron. Officier négligent, paresseux, débauché, il arrivait toujours le dernier à Tarmée et la quittait le premier; son régiment était l'un des plus mal tenus. Chose plus grave, en 1090, allant rejoindre l'armée d'Allemagne, il prenait de vive force 30000 écus d'or et beaucoup de pierreries appartenant à Tévéque de Metz, son oncle : celui-ci était en enfance, les valets refusaient les clefs; le duc de la Feuillade enfonça bravement les coffres et n'y laissa que l'argent blanc. Le roi s'expliqua durement et publiquement sur cet étrange avancement d'hoirie, et bien en prit au voleur d'être le gendre de Châteauneuf. Quoiqu'il traitât son beaupère avec beaucoup d'impertinence et vécût fort mal avec sa tille, il reçut de lui et du chancelier Pontchartrain un secours

1. Il existait, uu XYii'' siècle^ des établissements tenus par des hommes experts dans tous les raffinements de la toilette et nommés baigneurs. Le baigneur tenait son privilège du roi ou d'un des officiers de sa maison.

des plus opportuns. « Un coup de cet éclat leur parut à tous mériter tous les efforts de leur crédit pour le parer », et los Phélypeaux sauvèrent sinon l'honneur, du moins la fortune des d'Aubusson. « C'était, dit Saint-Simon de la Feuillade, un cœur corrompu à fond, une âme de boue, un impie de bel air et de profession ; pour tout dij*e, le plus solidement malhonnête homme qui ail paru de longtemps. » Quel fils était né de celle qui avait partagé les austères ravissements de Pascal, que le souvenir de sa parole avait paru poursuivre encore au sein de sa grandeur mondaine, et si elle eût vécu jusqu'en ce temps-ci, quelle amertume nouvelle ajoutée à la pensée qui faisait son tourment !

La Feuillade, pour lui, portait légèrement le poids de ses vices et de sa honte ; mais ils n'en entravaient pas moins sa carrière, faisaient échec à Tambition dont il était dévoré : un mariage avec la fille de Chamillart (il avait perdu sa femme dès Tannée 1697) lui parut devoir balayer tous ces obstacles *.

Les Chamillart possédaient toutes les vertus qui manquaient à la Feuillade, mais ils n'avaient rien de l'esprit et des façons des gens de cour. M""" Chamillart était une honnête femme, incapable de troubler le repos d'un mari, mais incapable aussi de soutenir et de faire durer un ministre. Ni ménagère, ni grande dame, elle ne savait pas plus faire les honneurs de sa maison qu'en surveiller la dépense; dès qu'elle s'était informée de la santé des gens, elle se mettait au jeu, non par goût, mais parce qu'elle ne savait faire autre chose; elle n'avait pas même assez de sens pour se douter de ce qui lui manquait, s'efforçait parfois d'être polie, croyait l'être, et faisait rire à ses dépens.

Chamillart n'était pas mieux soutenu de ses deux frères que de sa femme. L'afné était d'Église, bonhomme, excellent prêtre, mais la simplicité, la naïveté même. Chamillart aurait dû le laisser dans son évêché de Dol, ou l'enterrer dans quelque riche diocèse, aux extrémités du royaume ; il eut l'imprudence de le faire évêque de Senlis, aumônier de la Dauphine après Bossuet, membre de l'Académie française, et de donner sa candeur en spectacle à la cour. Saint-Simon, malgré son goût pour les gens vertueux, trouvait la vertu de M. de Senlis

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