‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 189 sur 318 · DamjeaUy 7 septembre · texte numérisé non relu

DamjeaUy 7 septembre

1 Saint-Simon, t. II, p. 31; t. IV, p. 411; t. VII, p. 16.

débiteur de maximes et de morales, et disputait volontiers pour faire parade d'esprit. Son ambition était sans bornes, et comme il était sans suite pour rien comme il Tétait pour tout, cette passion et celle du plaisir prenaient le dessus tour à tour. Il recherchait fort la réputation et Testime, et il avait Tart de courtiser utilement Jes personnes des deux sexes de Tapprobation desquelles il pouvait le plus espérer, et par cet applaudissement, qui en entraînait d'autres, de se faire compter dans le grand monde.

Chamillart fut charmé et aveuglé par la Feuîllade, et d'autant plus flatté de sa demande que sa fille était plus laide ^ ; il ne se souvint plus de ses vices, de la façon dont il avait traité sa première femme et son beau-père, et il s'empressa de solliciter l'agrément du roi. Le roi essaya de lui ouvrir les yeux. « Vous ne connaissez pas la Feuillade, lui dit-il ; il ne veut votre fille que poiir vous tourmenter pour que vous me tourmentiez pour lui : or, je vous déclare que jamais je ne ferai rien pour lui, et vous me ferez plaisir de n'y plus penser. » Chamillart fut arrêté court ; mais c'était un doux entêté, qui ne renonçait jamais à ses impressions ni à ses projets. La Feuillade d'ailleurs était derrière lui, qui le poussait et l'aiguillonnait; il retourna à la charge, et le roi, qui ne revenait guère sur une volonté nettement exprimée, céda cependant à ses instances. Chamillart donna à sa fille 100000 francs, le logement et plusieurs années de nourriture ; le roi fit, son don habituel de 200000 livres^ ; mais c'est à la France que ce mariage devait coûter le plus cher : nous dirons tout à l'heure le prix dont elle le paya.

L'année suivante, Chamillart mettait un autre duc dans sa famille: le duc deQuintin, le beau-frère de Saint-Simon, épousait la troisième fille ; il eût même volontiers pris la seconde avec sa laideur, si la Feuillade ne la lui eût enlevée. Le principal auteur de ce mariage fut le duc de Lauzun, qui, ne pouvant rien tirer de son beau-père, voulut, par son beau-frère, tâter de l'alliance avec les ministres; il assura au duc de Quintin, qui ne demandait pas mieux de le croire, que tout deviendrait

1. C'était, dit Saint-Simon, Timage la plus naïve de la Maritorne de Don Quichotte. Le comte de Marsan, le plus cajoleur et le plus fade des vieux galants, essayait seul de flatter sa laideur ; il rappelait : « Ma grosse toute belle. » (Addition à Dangeau, 13 novembre 1708.)

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