‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 190 sur 318 · Saint-Simon, t. H, p. 320. — Dangeau, 14 novembre · texte numérisé non relu

Saint-Simon, t. H, p. 320. — Dangeau, 14 novembre

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or entre ses mains. Saint-Simon, dont on se cnehn longtemps, n'eat Tent da projet qoe lorsqu'il était fort aTanoé : il essaya néanmoins de le combattre, allésna la plaisante parenté de Chamillart, les prémices de la iaTeor acquises à M. de la Feoilbde, la médiocrité du bien, et finit par proposer la fille da dac d*Harcourt. Il n'était pas encore Tami des Chamillart; plus tard y lorsque, ce mariage ayant mis entre eux une étroite liiison, ils lui demandèrent le motif de son opposition, il répondit aTec plus d'adresse et de courtoisie que de franchise qu'il aTait toujours pensé qu'on ne doit pas épouser plus fort que soi, de peur d'être écrasé par ceux dont on Teut se soutenir, et qu*ane alliance égale est le meilleur garant de l'union des familles. Le mariage, célébré après la mort du maréchal de Loiges, avait été presque réglé de son vivant, et quand Saint-Simon exprimait ses objections à sa belle-mère, endoctrinée par Lauzun, le duc de Quintin en avait déjà reçu les arrhes, une pension de 20000 livres, que le roi lui avait accordée à la mort de son père. Ce fut le seul bénéfice qu'il en retira, car il quitta peu après le service, et vécut en mauvaise intelligence avec sa femme.

Elle était cependant bien séduisante, bien goûtée du monde, cette (ille de robe portée par la fortune paternelle jusqu'au faite des honneurs, et c'était \Taiment dommage qu'il fût si difficile d'enchanter le monde et son mari. Cette fleur d'esprit et de grâce, qui s'épanouissait sur une lige bourgeoise, ravissait Saint-Simon, qui l'aimait mieux sans doute pour bell(;-so*ur que pour femme (et il ne se cachait pas pour le lui dire), mais qui se plaisait à la peindre dece pinceau caressant et léger dont il traçait la flgure de la duchesse de Bourfçognfi et de sa troupe de nymphes, des Caylus, des Lœwenslein, des Boumonville. Un charme infini d'ingénuité et de douceur rachetait, réparait ses défauts, l'étourderie de son allure, le désordre de sa mise, sa passion insensée pour les plaisirs du monde, et cependant ces plaisirs épuisaient son eorps frêle et charmant; elle se mourait, se sentait mourir, et rravait pas le courage de secouer ce funeste enivrement.

(!'<Hail nno ((rande créature, très-bien faite, d'un visage agréable, avec (le l'esprit (»t un naturel si simple, si vrai, si surnageant à tout,

qu'il en était ravissant ; la meilleure femme du monde et la plus folle de tout plaisir, surtout du gros jeu. Elle n'avait quoi que ce soit dos sottises de gloire et d'importance des enfants des ministres; mais tout le reste elle le possédait en plein. Gâtée dès sa première jeunesse par une cour prostituée à la faveur de son père, avec une mère incapable d'aucune éducation, elle ne crut jamais que la France ni le roi pût se passer de son père. Elle ne connut aucun devoir, pas même de bienséance. La chute de son père ne put lui en apprendre aucun, ni émousser la passion du jeu et des plaisirs. Elle Tavouait tout le plus ingénument du monde, et ajoutait après qu'elle ne pouvait se contraindre. Jamais personne si peu soigneuse d'elle-même, si dégingandée : coiffure de travers, habits qui traînaient d'un côté, et tout le reste de même, et tout cela avec une grâce qui réparait tout. Sa santé, elle n'en faisait nul compte ; et pour sa dépense, elle ne croyait pas que terre pût jamais lui manquer. Elle était délicate, et sa poitrine s'altérait. On le lui disait : elle le sentait, mais de se retenir sur rien, elle en était incapable. Elle acheva de se pousser à bout de jeu, de courses, de veilles en sa dernière grossesse. Toutes les nuits elle revenait couchée en travers dans son carrosse. On lui demandait en cet état quel plaisir elle prenait. Elle répondait d'une voix qui de faiblesse avait peine à se faire entendre qu'elle avait bien du plaisir. Aussi finit-elle bientôt... Elle mourut à Paris, en couche de son second flls, le dernier mai, jour de la Fête-Dieu, dans sa vingthuitième année (1714).

Qu'aurait perdu la duchesse de Lorges à rester la fille d'un simple conseiller au Parlement? Une courte vie enfiévrée de plaisirs, et peut-être y eût-elle gagné de longs jours, remplis de saines et fidèles affections. Ce mariage ne profita guère qu'à celui qui l'avait combattu. Saint-Simon devint le confident du ministre, et, sans parler de la considération précoce que lui valut celle amitié, il en tira non de l'or et des places, mais quelque chose de plus rare à ses yeux, des renseignements intimes et précis sur les choses de la cour et de rÉlat. Les filles du minisire, très-mêlées au mouvement de la cour, lui apprirent aussi mille bagatelles de femmes, qu'elles croyaient insignifiantes, mais qui jointes aux renseignements des dames du palais ses amies, et de M"*' de Villeroy, interprétées par son pénétrant esprit, le conduisaient au cœur d'une infinité de combinaisons considérables *.

Quant à la Feuillade, son gendre de prédilection, Chamillart

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