Marie-Thérèse de Bourbon, née le i*' février lOOG
4. An ne-Marie- Victoire de Bourbon, née le 11 août 1675, morte le 13 octobre 1700.
avait pris congé du roi devant toute la cour, pour aller se mettre entre les mains des chirurgiens. On avait entendu le roi lui dire : « Je souhaite qu'à votre retour nous puissions nous embrasser avec plus de sûreté que présentement. » Il revint peu après c avec la moitié de son visage ordinaire, ses dents tombées et une physionomie entièrement changée et qui tirait sur le niais ». Les chirurgiens lavaient manqué. Le roi)de peur de raffliger, recommanda aux courtisans de cacher leur surprise. < Le miroir cependant ne le contentait pas, ; il ne parut que quelques jours et s'en alla à Anet *voir si le nez et les dents lui reviendraient avec les cheveux. » Quand il reparut, il était encore plus défiguré que la première fois. On cherchait en vain SCS traits, son air noble et gracieux ; on avait peine à contenir son dégoût.
Qui le croirait cependant? Cet homme qui n'osait semontrer à Marly, de peur de faire de la peine aux dames, on songeait sérieusement à le marier. « Si sa santé est entièrement raffermie, écrit Dangeau, et qu'il ne paraisse rien ce printemps, on croit qu'il épousera M"* d'Elbœuf. « Il paraissait encore quelque chose dix ans après, lorsque M"' d'Enghien eutlecourage de l'épouser pour se tirer du célibat. M. de Vendôme, afin de lui adoucir le sacrifice, ne se réserva sur ses grands biens que la disposition de 500000 francs cl lui abandonna tout le reste. Quant à lui, avec son visage, sa santé et la disgrâce marquée que lui avaient attirée ses propos hardis sur l'incapacité du duc de Bourgogne dans les dernières campagnes de Flandre, il était très-flatté d'épouser une princesse du sang, et comptait par ce mariage atténuer la froideur du roi. M"" la Princesse essaya de résister, allégua la mémoire de son mari qui n'avait pas voulu consentir à cette alliance, eut recours aux prières, aux larmes, mais fort inutilement : le duc du Maine avait persuadé le roi; il n'y avait plus qu'à se résigner^
Le mariage se fit à Sceaux sans honneurs, sans bruit, comme un mariage de disgracié. « Quel eût été l'éclat de cette noce
t. Anet, sur TEure, près de Dreux. Le château possédé par M. de Vendôme avait été bâti pour Diane de Poitiers par Philibert Dolorme ; il a été brûlé en 1792.
2. Dangeau, 10 mai 1099, 21 janvier 1701. — Saint-Simon, t. I, p. 31i; t. Il, p. 10 et 97.
uelques années plus tôt et quel contraste avec les retours si «lieux de M. de Vendôme d'Italie M » Les époux furent mariés minuit, le jeudi 15 mai. M. de Vendôme resta à Sceaux jusuaa samedi, y laissa sa Temme (la maison du Temple n'était is encore prête à la recevoir) et partit pour Anet, où il demeura )mme s'il n*eût point été marié ; M°* de Vendôme n'alla pas Anet. M. de Vendôme, sauf un voyage de vingt-quatre heures pour voir M"*" la Princesse )),ne revit Paris qu'au mois d'août )ur prendre* la route de l'Espagne, où Philippe V réclamait ses rvices et où il demeura jusqu'à sa mort (40 juin 1712). On !ut compter par jours le temps qu'il passa avec sa femme ndant deux ans de mariage. Celle-ci du reste ne paraît pas loir la peine d'être plainte. Elle mourut subitement en 1718 l'abus des liqueurs fortes, « dont elle avait son cabinet mpli ». a Tout ce qu'on en peut dire, c'est que ce fut une incesse du sang de moins ^. }»
Le roi disposait en maître de la destinée de tous les mêmes de sa famille; on pouvait, à force d'habileté, le circonvenir, gagner, le décider à son insu, mais il ne fallait pas espérer ener à bonne fin un projet formé sans son aveu. Le duc et duchesse d'Orléans s'avisèrent de choisir un mari pour une 5 leurs filles sans solliciter son agrément. Saint-Simon leur gnala le péril. Il semblait d'ailleurs que rien ne pressât, la idette de la duchesse de Berry n'ayant encore que quinze ans ^ ; ais cette cadette était suivie de plusieurs autres filles, et dans îUe maison les princesses étaient fort précoces. Saint-Simon ' fut pas écouté. Le gendre convoité était le fils du second
i- Le vainqueur du prince Eugène à Cassano avait été accueilli par le roi, coor et le peuple avec un enthousiasme extraordinaire. « Ce n'est point >p dire que tout disparut devant lui : princes du sang, ministres, et les is grands seigneurs, ou ne parut que pour le faire éclater bien loin au- Mu d'eux, et que le roi ne sembla demeurer roi que pour relever davan- ;e. B {Saint-Simon, t. HI, p. 253.)
l Saint-Simon, t. V, p. 186, 347; t. X, p. 35. On prétendit qu'elle avait fait mariage secret avec son premier écuyor qui était un gentilhomme espagnol, 1Q*elle lui laissa 25 000 livres de rente. (T. III, p. 80, des Lettres poli^ ies et autres, écrites par divers personnages à la marquise de la Cour de Ueroy (1704-1725). Manuscrits de la bibliothèque Mazarine, 8 volumes, J791.) l Louise-Adélaïde d'Orléans* nommée M"* de (îhartres, née le 13 août
an LA Maison de i-MuNct.
prince de Conti *. Sa sœur, M"' do Conli^, Tut d'abord sondée par la duchesse de Berry, avec laquelle elle était au mieux; elle parut ravie de la proposition et en fit part à sa mère, qui ne la goûta pas moins. Pour laisser quelque chose à la décision du prince de Conti, on devait offrir les deux aînées à son choix : Tune était belle et bien faite, mais extraordinaireinent bègue ; l'autre, parfaitement belle, mais plus gi*asse ^.
Tout semblait devoir marcher à souhait, pourvu que le secret fût bien gardé : tout échoua par une indiscrétion de M"* de Conti. Cette indiscrétion fut-elle tout à fait irréfléchie? M"* de Conti avait vingt-cinq ans ; était-ce un âge à marier les autres en s'oubliant elle-même? Elle était belle, elle avait beaucoup d'esprit et de douceur, d'agrément, d'insinuatioa dans l'esprit, autant de qualités qui ne semblaient pas devoir la prédisposer au célibat; enfin elle était lasse d'être tenue comme une petite lille dans l'ennui et les humeurs de l'hôtel de Conti. Il y avait bien un moyen d'en sortir : c'élait d'épouser son cousin, M. le Duc* en offrant par compensation le prince de Conti à la sœur de M. le Duc ^, c'est-à-dire en défaisant te mariage auquel elle travaillait; mais sa mère et sa tante^ M"'" laDuchesse, se détestaient cordialement et de plus plaidaient Tune contre l'autre dans le pire des procès, un procès de succession. Restait sa grand'mère, M"" la Princesse, profondément affligée des divisions de la famille. M"" la Princesse s'avisa tout à coup d'un double mariage entre ses petits-enfants pour rapprocher les intérêts et les cœurs, et cette idée lui vint juste après la confidence que lui fit M"* de Conti de l'union projetée. Lui fut-elle soufflée par la jeune négociatrice abusant de la confiance de la duchesse de Borry, trahissant son mandat et négociant pour son propre compte? On ne sait; mais M"'' la Princesse, toujours si timide si craintive, se mit si subitement en travers du mariage déjà airôté, se décida si résolument à parler au roi, qu'on put la croire inspirée par .celle qui avait tout à gagner au succès de sa démarche.
^- Louis-Armand de Bourbon, né le 10 novembre 1605.
— Marie-Anne de Bourbon, née le 18 avril 1689.
^- Gharlolte-Aglaé d'Orléans, nommée de Valois, née le 22 octobre 1700