‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 206 sur 318 · Saint-Simon, t. VII, p · texte numérisé non relu

Saint-Simon, t. VII, p

Les différences mêmes que les mœurs et les manières raeltaient enlre la cour et la ville tendaient à s'effacer. 11 en restait assez sans doute pour alimenter la verve moqueuse de la Bruyère. L'affectation des airs de cour, les prétentions à la dépense, à la noblesse, à Tesprit, la grande robe se vengeant à Paris sur la petite des humiliations qu'elle essuyait à Versailles, autant de traits pris sur le vif par un observateur en situation de bien voir les deux sociétés. Mais combien de personnages, nés dans la robe, rapprochés de la cour par leurs emplois, mêlés à la meilleure compagnie par leurs alliances, leurs relations, leurs goûts naturels, échappaient aux traits du satiri<|ue ! Pour quelques hommes de robe « à mine de chat fAché ]D,pour quelques « fagots d'épines ou quelques impertinents pommés^ », combien de nobles et aimables figures peintes par Técrivain le moins suspect de partialité en pareille matière !

Le chancelier Daguesseau, dont les vertus étaient ornées de tant de politesse et de grâce, ne faisait que continuer dans une vie plus large et plus aisée les exemples des siens. Son père, le conseiller d'État, qui tenait des magistrats de l'ancienne roche pour la droiture de l'àme et la simplicité des mœurs, avait « été toute sa vie un modèle mais aimable de vertu, de piété, d'intégrité; il n'avait aucune pédanterie... Sa femme étaitdelamême trempe avec beaucoup d'esprit^. » Chrétien de Lainoignon, le président à mortier, le seigneur de Basville, rhot(î des plus beaux esprits du temps et de la plus brillante compagnie de la cour, était le fils d'un magistrat justement vanté lui-même pour sa grâce, son goût, sa magnificence. Guillaume de Lamoignon c beau, agréable, sachant fort le monde et l'intrigue, avec tous les talents extérieurs, avait brillé au conseil dans la place de maître des requêtes. » La place de premier président mit ses brillantes qualités dans tout leur

1. Sainl-Simofif t. I, p. 254; t. II, p. 32. Portraits de Pussort, conseiller d'État, oncle maternel de Colberl; de Guyet, maître des requêtes, dont la fille épouse un frère de Chamillart.

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