‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 208 sur 318 · La Bruyère, De la ville · texte numérisé non relu

La Bruyère, De la ville

il joigiiail comme lui une galanterie du meilleur ton qui s'exprimait en vers « pleins de pensées, de tour, de traits et de justesse' r»,

\jes Caumartin décorent la robe de grâces héréditaires. Fléchier nous a laissé du père, associé comme maître des requêtes à la commission des grands jours d'Auvergne, un séduisaot portrait :

11 a su si bien mêler la civilité d*un galant homme avec la gravite d'un juge, les divertissements avec la bienséance, et la dépense avec la modestie, (|ue ceux qu'il condamnait même se louaient de lui, el que tout le mondt; trouvait à faire bonne chère et se divertir chez lui, d'une manière que les heureux trouvaient fort agréable ce que les malheureux ne pouvaient pas désapprouver.

Son tiis, mort conseiller d'État, était grand, bien fait, beau, trop beau même , car il sentait très- vivement ses avantages extérieurs, et en faisait un peu montre : c'était le Villeroy de la robe. Il est le premier de son état qui ait hasardé le velours et la soie ; on le railla d'abord, ensuite on l'imita, et le velours, remarque amèrement Saint-Simon, passa des magistrats aux avocats, médecins, notaires, marchands, apothicaires et jusqu'aux gros procureurs. Mais il n'avait d'un fat que Técorce ; aux talents du magistrat il joignait beaucoup d'esprit, et un esprit accort, gai, agréable, dont l'essor avait été précoce. Il avait eu l'abbé Fléchier pour précepteur; il n'avait que dix ans lorsque son père se remaria à M"' de Vertamonl, cette aimable femme qui invita le futur évêque de Nîmes à écrire son récit des grands jours d'Auvergne. Son père avait été l'ami et le conseiller de Mazarin, ce qui ouvrit à ses enfants l'accès d'une société choisie : Caumartin en prit le ton et les manières, el toute sa vie il y fut reçu et goûté. Nulle trace de la morgue du magistrat ; beaucoup de tact, de délicatesse ; il oblige les grands sans le leur faire sentir ; sa conversation est h la fois nourrie et légère; il a beaucoup lu, plume en main, et ])eaucoup retenu : histoire, généalogies, anecdotes de cour, (î'est un véritable répertoire, mais qui ne se déverse pas sur les gens, 11 sait se taire, cacher ses richesses ; si on l'en prie,

Page 1