‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 217 sur 318 · La Bruyère, De la ville · texte numérisé non relu

La Bruyère, De la ville

8. Kiicorc Saint-Simon retirc-l-il à ces derniers, dans ses Mémoires (t. VII, p. 248), co qu'il leur accorde dans son Addition à Dangeau du 25 octobre 1G87.

avant d'être de robe. Les nobles, malgré les édits royaux qui les y avaient souvent conviés, n'avaient pu se décidera étudier les lois < et à rentrer par là dans leur ancienne possession de rendre la justice par eux-mêmes et non par leurs lieutenants ». Malherbe, d'une ancienne maison de Normandie fort tombée, aimait mieux revenir à Tépée que de succéder à son père dans sa charge de conseiller au présidial de Caen ; son fils fut cependant conseiller au parlement d'Aix. Ce ne fut pas, prétend Tallemant, sans quelque répugnance qu*il le vit prendre cette charge. « II ne s'y résolut qu'après qu'on lui eut représenté que M. de Foix, nommé à l'archevêché de Toulouse, était bien conseiller au Parlement de Paris, lui qui était allié de toutes les maisons souveraines de l'Europe. »

Le témoignage plus sûr de Malherbe lui-même montre au contraire que Tâge, l'expérience, ce sens pratique qu'une vie longtemps précaire ne fit que développer en lui, sans doute aussi son alliance avec la robe (sa femme était fille d'un président au parlement d'Âix), avaient corrigé les dédaigneuses illusions de sa jeunesse. « Je confesse librement, écrivait-il vers 1626 à l'un de ses amis de Provence, que je suis trèsmarry de n'avoir esté sage, quand je le devois et pouvois estre ; mais le regret en est hors de saison. J'ay fait la faute en ma personne, je la veux réparer en la personne de mon fils *. »

Les Malherbe Saint-Âignan pouvaient du moins relever leur hermine de vieux parchemins; mais cette consolation était refusée à la plupart des gens de robe, qui se gardaient soigneusement, quand ils étaient sages, de réveiller la mémoire de leurs ancêtres. Le jour où ils s'avisaient d'attaquer la courte noblesse des Gesvres et des Villeroy, un»impertinent mémoire répondait à leur libelle et les traitait d'arrière-pelits-fils et pelits- (ils de procureurs et de gargotiers, ou pis encore, de fils de marchands vendant et achetant dans leurs boutiques ^

Cette origine bourgeoise ou populaire de la robe était le point vulnérable qui, chez beaucoup, saignait à la moindre piqûre. Ajoutez que des sentiments honorables, généreux

1. Tallemant, t. I, Mallierhe. — Malherbe, Recherches sur sa vie et crttiquede ses œuvres, par M. de Gournay. Caen, 1852.

2. Journal de Dangeau, t. XVIII. Appendice ÏV, Lettre de M... à un de ses amis en réponse au libelle contre les ducs.

même, avivaient les souffrances de ramonr-propre dans ces âmes si tendres au préjugé. La profession pacifique par excellence était jalouse de la réputation de courage attachée aa noble métier des armes '. Pendant le siège de la Rochelle, un conseiller de la ville lait prisonnier dans une sortie confessait ingénument qu'il était monté sur la flotte pour prouver à sa maltresse qu'il avait du cœur*. Des maîtres des requêtes, des conseillers, vendent leur charge, « brûlent leur robe rouge n pour acheter un régiment. Les contemporains s'égayent volontiers de ces brusques métamorphoses :

Tamhonneau le fils a quitté la robe et a mis une sangle autour de son ventre et de son derrière. Avec ce bel air, il vent aller sur la mer. Je ne sais ce que lui a fait la terre, c Est-ce qu*il a été niorda d'an chien enragé? > dit M"* Cornuel.

Le chevalier Tamhonneau, si bien accommodé par M** de Sévigné, succombait quatre ans plus tard sur les côtes de Sicile, dans le combat où Ruyter fut mortellement frappé (1676)^.

Combien de fils de magistrats préfèrent le ser\'ice militaire aux avantages de la profession paternelle ! La force de la vocation les décide sans doute, et sans doute aussi la force du préjugé. La robe peut revendiquer les noms de renommés capitaines : Oassion, Catinat, Villars, ont là leur origine plus ou moins proche. D'autres arrivent, sinon à la gloire, du moins au bâton de maréchal. Le maréchal de Besons est fils d'un conseiller d'Ktal*. l'arfois une série d'illustres magistrats est interrompue par une carrière militaire pour se renouer ensuite : entre deux magistrats considérables par leur place, que Saint-Simon s'abstient volontairement de nommer, on trouve un officier

1 . « Clicz nous, le soldat est brave, et l'homme de robe est savant. » (La Hniynn;, Du mérite personnel.)

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