‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 22 sur 318 · Saint-Simon j t. VI, cli. xxx · texte numérisé non relu

Saint-Simon j t. VI, cli. xxx

Voici le revers de la médaille : les âges n*étaient guère assortis ; M. le Duc avait quatre ans de moins que sa femme, M. le prince de Conti deux de moins que la sienne. Les personnes Tétaient moins encore. Madame nous peint ainsi M. le Duc en 1720 :

11 est très-grand, maigre comme un éclat de bois ; il marche voûté; il a des jambes longues comme une cigogne, le corps trèscourt, point de mollets, les deux yeux si rouges qu'on ne saurait distinguer quel est le mauvais et lequel est le bon, des joues creuses, un menton si long qu'on ne croirait pas qu'il appartient au visage, de grosses lèvres; en somme, il est très-laid, et je n'en ai guère vu de pareil *.

Ktail-il plus laid que le prince de Conti ? Les deux bellessœurs n'avaient, ce semble, rien à s'envier.

Le prince de Conti, dit encore la terrible Madame, est certainement fort laid et d'une humeur et d'une figure très-désagréables ; le visage n'est pas ce qu'il a de plus laid, mais il est fort petit et contrefait d'une façon effroyalile. (Madame dit plus crûment ailleurs : bossu par (levant et pur derrière). 11 est toujours distrait, et cela lui donne un aspect tout effaré, comme s'il n'était pas dans son bon sens; lorsqu'on s'y attend le moins, il tombe sur sa canne comme une grenouille. On y était si habitué chez le feu roi, que, lorsqu'on l'entendait tomber, on disait : c Ce n'est rien, c'est le prince de Conti qui tombe. ) Sa femme n'est pas aussi éprise de lui qu'il Test d'elle^

Croyons-en Madame et reconnaissons, en rapprochant le portrait de la femme de celui du mari^ que Tun avait la tâche plus facile que l'autre : « C'est une personne fort agréable, grande, bien faite, de bonne mine ; elle a de beaux yeux et elle est toujours gaie. »

Ces unions faites par commandement exprès du roi et entre personnes si dissemblables ne pouvaient être que malheureuses. On connaît les mœurs licencieuses de M. le Duc ; sa femme, de son côté, en usa fort librement, sans sinquiéter même des bienséances. Elle mourut jeune, en 4720. Saint- Simon, l'année suivante, proposant à M. le Duc d'épouser

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