‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 23 sur 318 · Lettre du 30 avril · texte numérisé non relu

Lettre du 30 avril

± Lettre du IG avril 1716.

la sœur cadette pour aplanir certaines difficultés de succession, M. le Duc l'arrêta court, lui rappela la conduite de la défunte et déclara « qu'il avait des Conti sa suffisance^ ». Quant aux autres époux, si ce n*est pas la guerre ouverte, c'est une sorte de paix armée qui règne dans leur ménage. Voici quelques scènes de cet intérieur, peintes par Madame :

Un jour il vint, un pistolet chargé à la main, trouver sa femme qui était couchée, et il lui dit qu'elle ne lui échapperait pas et qu'il allait lui brûler la cervelle. Comme elle connaît ses manies, elle avait, elle aussi, des pistolets sous son chevet; elle en saisit un et lui dit € Prenez bien garde de ne pas me manquer, car, si vous ne me tuez pas tout raide, vous êtes mort! Tirez le premier. > C'est une femme extrêmement résolue et courageuse. Le prince, qui n'est pas fort brave, comme il l'a montré dans la dernière campagne, eut peur et se retira. La princesse de Conti est jolie, gaie et originale. Un jour elle voulut accompagner son mari à une chasse au sanglier; elle se munit d'une grande et forte épée. Le prince lui demanda : c Pourquoi faire cette épée ? » Elle répondit avec beaucoup de sang-froid : € 11 y a dans les forêts tant de bêtes méchantes et farouches ; je veux au moins avoir quelque chose pour me défendre, et je m'en servirai bien 2. >

Ce que ne dit pas Madame, séduite par Tentrain de la princesse de Conti, c'est que la liberté de ses mœurs n'était pas faite pour calmer l'humeur naturellement exallée de son mari.

M"' la princesse réussit-elle du moins à rapprocher les deux branches divisées de sa maison? Écoutons encore Madame :

Quoique M. le Duc et le prince de Conti soient doublement beauxfrères, puisque chacun d'eux a épousé la sœur de l'autre, ils se délestent à un point qui est véritablement scandaleux.

Saint-Simon achève la peinture des sentiments intimes de cette famille :

l^roe la 'princesse de Conti (la mère) demeura indignée contre sa fille, outrée contre M™® la Princesse, plus aigrie que jamais contre M™* la Duchesse, de plus en plus attachée à suivre les procès et à ne vouloir pour rien ouïr parler d'aucun accommodement.

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