‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 220 sur 318 · LES MESMES · texte numérisé non relu

LES MESMES

I. Alliances entre les familles de robe. — Mariage de François Daguesseau avec M"* d'Ormcsson. — Probité courageuse des d'Ormesson. — Magnanimité de M*^ Daguesseau. — Trois filles de Ciirétien de Lamoignon mariées dans la robe. — L'aristocratie de la robe. — Pourquoi les alliances sont devenues rares entre la magistrature et le barreau. — Dédains de la petite-fille de Rose pour l'origine des Portail. — Goût des filles de magistrats pour les maris nobles.

II. La famille du chancelier Séguier. — Orgueil du chancelier. — Avidité de sa femme née dans la finance. — Marie Séguier épouse le marquis de Goislin, parent du cardinal de Richelieu. — Physionomies diverses des flls nés de ce mariage. — Les Goislin aux prises avec la robe. — Marie Séguier se remarie par amour avec le chevalier de Bois-Dauphin. — Colère du chancelier vaincue par les mérites de son gendre. — Les deux mariages de Charlotte Séguier : 1® avec un petit-fils de Sully ; 2° avec le duc de Verneuil, bâtard de Henri IV. — Sa fille, veuve du comte de Guiclic, épouse le duc du Lude. — Ambition de la duchesse du Lude. — Diverses alliances entre des seigneurs et des filles de robe. ,

III. Origine des Mesmes. — Le président à mortier de Mesmcs épouse deux filles nobles. — Sa superbe. — Mariage de sa fille aînée avec M. de Vivonne, duc de Mortemart. — Esprit, faste et désordres de ces époux. — Leurs filles, mariées aux ducs de Castries, d'Elbeuf et de Lcsdiguiëres-Canaples. — Esprit, grâce et savoir de la duchesse de Castries. — Infirmités et prétentions du duc de Lesdiguières-Canaples. — Douleur naïve de sa veuve. — M. de Castries épouse la fille du conseiller Noient. — Emportement de la duchesse de Chartres, sa cousine, contre cette mésalliance. — Le comte d*Avaux. — Le premier président de Mesmes, type du magistrat petit-inaître. — Son mariage avec M"" Feydeau de Brou. — Son ambition et sa souplesse. — Portraits de ses filles. — L*ainée épouse le duc de Lorges, beau-frère de Saint-Simon. — Explosion de colère de Saint-Simon. — Les larmes de sa femme triomphent de la haine qu'il nourrit contre le premier président. — Mort de ce dernier. — Molle démarche de Saint-Simon en faveur de ses filles.

16 Là robe

Nous avons dil le fort et |e faible de la robe, et douné d'avance les raisons d'où naît Tattrait réciproque de la noblesse et de la robe l'une vers Tautre, attrait de raison et d'intérêt d'une pari, et de l'autre, de vanité, d'imagination. La robe, sans doute, pouvait trouver aussi de précieux avantages à s'allier à des maisons assurées des grâces de cour, mais elle était au moins aussi sensible à l'éclat qu'à l'utilité de la faveur.

Les plus sages et les plus sûres alliances étaient cependant celles que les gens de robe contractaient entre eux : honorables et fructueuses, elles échappaient de plus aux dangereux hasards des alliances inégales. L'égalité de la naissance, la ressemblance d'idées et de mœurs, née de la ressemblance de la profession, la cordialité de vieilles relalions entre les familles, et entre les époux le goût et l'estime réciproques à défaut d'un sentiment plus vif, étaient autant de présomptions de bonheur domestique. C'est ainsi que tous les genres de convenance semblent rapprocher M"" d'Ormesson et le jeune Daguesseau, sans compter le voisinage des deux maisons. « Pour la petite d'Ormesson, elle n'a que 100 000 écus bien juste, dit M""' de Sévigné en badinant sur la rondeur de la dot ; c'est une jolie petite lîlle, toute destinée, et par elle et par ses parents, à un homme de la ville : l'on croit même qu'elle n'ira pas loin, cf qu'elle n'aura qu'à passer le ruisseau pour épouser M. Daguesseau ^ » Ce mariage, qui se décida quelques mois plus tard, eut l'approbation générale : « Je n'en ai jamais vu, écrit Coulanges, de mieux assorti ni de plus désirable. M. le premier président (Harlay) a dit tout ce qui s'en pouvait dire, et que c'était l'alliance du mérite et de la vertu ^. » Henri Daguesseau, le futur chancelier, nous a lui-même donné les louables raisons de son choix :

1. Lettre à M'^" de Grignan (sans date), t. X, p. t-ii, de la Collection des grands écrivains.

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