‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 221 sur 318 · Lettre à M""^ de Sévigné, du 3 octobre · texte numérisé non relu

Lettre à M""^ de Sévigné, du 3 octobre

Mon père voulut bien se conformer à mon goût parce que la raison y avait encore plus de part que Finclination, ou plutôt son goût même était aussi décide que le mien en faveur d'une personne dont le nom semblait être devenu celui delà vertu même, et qui m'apportait avec un bien suftisant à mes désirs des richesses de pudeur, de sagesse . de modestie, préférables à toutes celles qu'on offrait à mon père avec des partis d'ailleurs très-convenables K

Anne Lefèvre d'Ormesson appartenait à Tune des plus intègres familles de robe. « Probe comme d'Ormesson », était un mot devenu proverbe. Elle était la petite-fille de Téquitable et magnanime rapporteur du procès de Fouquet. Le roi avait dit de son père, André d'Ormesson en lui ouvrant l'entrée du parlement : c< Il me servira bien 2. » Sa mère était le Maistre, « un nom qui se passe d'éloges ». Elle continua dignement pour son compte les nobles exemples des siens. A l'heure héroïque de la vie de Daguesseau, lorsqu'il osa résister à l'enregistrement de la bulle Unigenitm^ elle lui communiqua dans un embrassement généreux l'énergie qui remplissait son âme. 11 était sur le point de partir pour Marly, où le roi le mandait avec tout le parquet en même temps que le premier président :

Elle le conjura, en Fembrassant, d'oublier qu'il eût femme et enfants, de compter sa charge et sa fortune pour rien 3, et pour tout son honneur et sa conscience. De si vertueuses paroles eurent leur effet. Il soutint le choc presque seul. Il parla toujours avec tant de respect, de lumière et de force que les autres n'osèrent l'abandonner, de manière que le roi, outré d'une telle résistance, s'en prit tellement à lui qu'il fut au moment de perdre sa charge^.

Les familles de robe avaient aussi leurs traditions d'honneur et de vaillance que les femmes elles-mêmes étaient capables de renouveler avec éclat, sans se croire pour cela dispensées

1 . Discours sur la vie et la mort de M. Daguesseau, conseiller cCÉlaty par M. Daguesseau, chancelier de France, son fils {Œuvres du cJiancelier Daguesseau, par Pardessus. Paris, 1819, t. XV).

2. Journal d^ Olivier d'Ormesson, t. H, p. 619. Ces paroles furent adressées par Louis XIV à Olivier d'Ormesson. Le roi, d'après une autre tradition, aurait témoigné un regret plus vif encore de lu disgrâce qu'il .ivait inftigée à Olivier, en disant à son fils : « Vous ne pouvez mieux faire que de prendre pour modèle le rapporteur de Fouquet. » (Voyes Introduction de Ghcrucl au Journal d^Olivier.)

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