Saint-Simon, t. II, p
iâ LA ROEE.
suffisait quelquefois à les éblouir dans les plus minces g^tilshommes, et le magistrat, même en craTale et en habit gris, ne pouvait tenir contre le prestige de Técharpe d'or et de la plume blanche ^ Ajoutez le secret et ardent désir de jouir des honneurs de cour, et d'aller de pair arec ces grandes dames dont les façons, la beauté, l'esprit, et quelquefois aussi les aventures occupaient la renommée et défirayaient les conversations bourgeoises. Nous avons énuméré les raisons qui pouvaient combattre les répugnances de la noblesse à s'unir avec la robe : le nombre considérable de ces unions témoigne que ces répugnances étaient loin d'être invincibles.
Les Séguier appartenaient à une bonne famille de robe qui s'était distinguée dans le barreau et la magistrature. Le père du chancelier, Jean Séguier, avait été lieutenant civil * ; fidèle serviteur de Henri III au temps de la Ligue, il fut, après sa mort, Tun des premiers à se rallier au légitime héritier de la couronne. Henri IV le tenait en haute estime ; il témoigna quelque chose de plus que de Testime à sa femme, Marie Tudert, fille d'un conseiller au parlement ; mais celle-ci avait autant de vertu que de beauté, et lui échappa. Conseillers au parlement, présidents à mortier, les frères du lieutenant civil occupent les premiers degrés de l'ordre judiciaire ; ils ont recueilli le fruit des mérites et de la fortune de leur père, Pierre Séguier. Rival au barreau de Christophe de Thou, successivement avocat général et président à mortier, Pierre Séguier eut l'immortel honneur de présenter au roi les remontrances du Parlement qui obtinrent le retrait de Tédit établissant>en France le tribunal de l'inquisition ^. Voilà de beaux titres et de précieuses origines : oui, mais au delà de Pierre, les ancêtres sont mêlés,