‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 227 sur 318 · La Bruyère · texte numérisé non relu

La Bruyère

2. Le lieutenant civil était un des lieutenants du prévôt de Paris, chargé de juger les affaires civiles en première instance, n dirigeait la police jusqu'à l'époque où fut établi le lieutenant général de police. (Dictionnaire historique, etc. y de Cliéruel.)

3. Voyez le Discours de rentrée de la cour d'appel de Paris (5 novembre 1860), par M. Sapey, substitut du procureur général. — Histoire de France, par Garnier, t. XIV, Paris, 1781.

obscurs, disons le mot, gênants pour une orgueilleuse postérité. Il s*y renconlrait, paraît-il, un simple procureur, lequel avait sa tombe à Saint-Sé vérin, ornée de quelque chétivo inscription. L'inscription disparut un jour avec la pierre tombale, et le procureur rentra dans le néant. Les Séguier accommodaient à leur grandeur nouvelle leur maison, leur carrosse et leurs aïeux :

Personne n*a tant donné à Textérieur que le chancellier: il a baptisé sa maison hostel^, il a mis un manteau et des masses, en forme de bàston de mareschal de France, à ses armes, et son carrosse en est tout historié. Il ne feroit pas un pas sans exempt et sans archers.

Sa femme, née Fabri, était la fille d*un trésorier de France; Tallemant ne lui ménage pas les bons coups de langue; il daube surtout sur son avidité, et la montre exploitant d'une façon originale la charge de son mari, pour décorer l'intérieur de son hôtel aux moindres frais possibles. Tous les officiers que le chancelier recevait lui devaient six aunes de velours ou de satin, selon l'office qui leur était confié. Le chancelier Sillery les rendait aussitôt que reçus, et il était passé en habitude d j les louer au marchand pour un écu.

La chaacellière a rafûné sur cela. On dit à Tofficier : < Allezvous-en chez un tel marchand, et luy payez les six aulnes. ^ Puis quand la somme est assez grosse, comme elle en tient registre, elle va lever un ameublement : de là vient qu'on l'appelle la fripière.

Le père de Madeleine Fabri avait été, selon Tallemant, valet ou petit clerc du grand-père de Boileau, qui était dans les

1. La maison du chuncelicr n'était pas indigne de ce nom; elle était située entre les rues de Grenclle-Saint-Honoré et du Bouloy. Le chancelier Favait achetée du duc de Bellcgarde, grand écuyer de France, qui l'avait fait construire sur les plans du célèbre architecte du (arceau. « Il l'augmenta d'une double galerie qui coupait agréablement le jardin et venait aboutir à la rue du Bouloy. Ces deux galeries superposées furent peintes vers 1638 par Simon Vouet. La première représentait les grands événements du ministère de Richelieu; la plus haute renfermait cette admirable bibliothèque Séguier, qui, léguée au duc de Coislin, évoque de Metz, puisa l'abbaye de Saint-Gcrmaindes-Prés, est aujourd'hui réunie à la Bibliothèque nationale. Vouet avait également peint la chapelle. Après la mort de RicheHeu, Séguier, nommé protecteur de l'Académie française, offrit son hôtel pour lieu des séances. L'Académie y siégea jusqu'en 1673, et c'est là qu'elle reçut la reine Christine, en 1656. » (Tallemant^ 1. 1, p. 316: note de M. PauHn Paris.)

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Knances et qui Ty mit : elle lit de ce valet ce que les Séguier avaient fait du procureur; elle le supprima et se mit en quôte d'aïeux plus respectables. M. de Pereisc, qui s'appelait aussi Fabri, lui offrit les siens, ou du moins ceux dont il croyait descendre, des gentilshommes pisans établis en Provence : il agissait d'ailleurs à bonne intention, car il recherchait la faveur du garde des sceaux pour « obliger les gens de lettres et de vertu ». 11 avoua pour son parent le frère de la chancelière, alors mattre des requêtes, et Kt perdre la piste aux généalogistes, gens faciles à égarer.

Séguier n'eut pas de fils; ses deux filles trouvèrent sans peine de grands partis : Marie, Talnée, avait à peine seize ans qu'elle épousait un descendant d'une vieille maison de Bretagne, César de Camboust de Coislin. L'époux était petit, bossu, mais brave, spirituel et admirablement apparenté : il était neveu du cardinal de Richelieu à la mode de Bretagne. Nous avons déjà relevé la valeur d'une telle attache : le cardinal aurait pu demander une femme pour son parent aux premières maisons du royaume : deux sœurs de César de Coislin, et une nièce au même degré du puissant ministre, épousèrent celte même année et le même jour (28 novembre 1634) Bernard de la Valette, fils aîné du duc d'Épernon, Puylaurens, le favori de Gaston, et le comte de Guiche ; un secojid mariage devait faire entrer M™** de Puylaurens dans la maison de Lorraine. On peut juger par là de l'honneur que le cardinal fit aux Séguier, en leur donnant un gendre de son sang ; il est vrai que leurs ijrands biens répondaient à cet honneur, et Ton alla jusqu'à prétendre que le cardinal méditait déjà, l'année précédente, d'en faire part à quelqu'un des siens, lorsqu'il éleva le père de Marie à la dignité de garde des sceaux, de préférence à ses nombreux concurrents.

Richelieu fit un double présent de noce : la mariée reçut un collier de perles et le mari un marquisat. Des écusde son beaupère, le nouveau marquis acheta pour 400000 livres, du maréchal de Bassompierre, la charge de colonel général des Cent- Suisses. Il n'eut pas le temps de pousser sa fortune, il périt quelques années plus tard au siège d'Aire (1641)*.

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