Tallemant, t. III, Le chancellier Séguier
LES DâGUESSEÂU, les LAMOIGNON, etc. 425
Les trois fils qui continuèrent son nom ont des figures diversement originales : deux furent d'épée, se distinguèrent par leur, courage, mais se retirèrent de bonne heure du serservice, l'un parce qu'il était mal avec Louvois, lautre parce qu'il ne voulait plus combattre sous un autre chef que M. de Turenne. L'aîné, dont le marquisat fut érigé en duché-pairie, était le type de Thonneur, de la franchise, de la politesse, d*une politesse obséquieuse jusqu'à la manie ; son frère, le chevalier, était une façon de cynique : logé à Versailles, il vivait à sa guise au milieu de la cour, ne voyait jamais le roi, et, lorsqu'il se trouvait sur son passage, s'effaçait tant qu^il pouvait. M"* de Motteville aurait-elle reconnu à ces traits le petit-fils de celui que ses mémoires nous montrent aimant et révérant par-dessus tout la faveur? Le troisième frère fut le cardinal de Coislin, la pureté, la charité, la sainteté même, l'honneur de l'Eglise de France au dix-septième siècle*.
Le crédit de Séguier protégea la parenté de Richelieu à Tannée, dans l'Église, et même à l'Académie. L'aîné de ses petits-fils avait à peine dix- sept ans que le chancelier sollicita pour lui la succession de l'Ësloile. L'Académie ne put résister à une demande faite de la meilleure grâce du monde. A la mort du duc de Coislin en 1702, elle élut son fils aîné avec la même unanimité qu'elle avait élu le père ; à la mort de cet aîné elle élut le cadet, l'évéque de Metz, toujours à l'unanimité. La dignité d'académicien devenait héréditaire dans la maison des Coislin, comme celle de duc et pair : leur véritable titre à ces bienveillants suffrages était leur communauté d'origine avec le fondateur de l'Académie, et leur descendance directe de celui qui avait offert à l'illustre compagnie un si généreux asile : ils étaient de plus gens d'esprit, même Tavant-dernier académicien, un fort mauvais sujet, compagnon de débauche de M. le Duc, qui se ruinait, quoique impuissant, avec une comédienne, et qui malgré tous ses vices ravissait la bonne compagnie, quand il voulait bien la voir, par ses saillies gravement plaisantes.
Un trait particulier des Coislin et qui paraît plus piquant, lorsqu'on se rappelle qu'ils descendaient de Marie Séguier, c'est le plaisir qu1ls prennent à remettre la robe à sa place ou