‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 229 sur 318 · Saint-Simon, t. I, p. 181, 429; t. U, p. 388 et suiv · texte numérisé non relu

Saint-Simon, t. I, p. 181, 429; t. U, p. 388 et suiv

à commettre quelque escapade h ses dépens. Notez que ce lien avec la rolie s'était renouvelé par le mariage du premier duc de Coislin avec une riche héritière de Bretagne, Madeleine du Halgoët, fille d'un maître des requêtes, petite-fille et arrièrepetite-fille de conseillers au parlement de Bretagne. A la thèse d*un prince de la maison de Bouillon, M. de Novion s'avise de s'asseoir immédiatement après les prélats, sur le premier des fauteuils réservés aux ducs. M. de Coislin n'y tient pas, et lui qui passait pour l'homme le plus courtois de France, il prend un fauteuil, le plante devant le premier président, s'y établit et du derrière de son fauteuil il le presse, il le serre à l'empêcher de faire un mouvement. Le cardinal de Bouillon essaye de s'entremettre, des murmures s'élèvent du banc des présidents à mortier, l'argumentation s'arrête : M. de Coislin, impitoyable, continue d'écraser l'intrus. Il fallut que M. le Prince intervînt, joignit ses prières à celles du cardinal et promit que M. de Novion se retirerait sur l'heure, pour que M. de Coislin, rangeant enfin son fauteuil, délivrât son prisonnier en lui disant : « Allez-vous-en, monsieur, allezvous-en. »

Le duc de Coislin n'avait pas du moins les premiers torts dans ce conflit de fauteuils; son fils, d'humeur plus agressive, allait harceler le Parlement jusque chez lui. Il s'avisa un jour d'user de ses droits de pair pour opiner à la grand'chambre, et se donna le plaisir de partager les voix jusqu'à trois fois dans une question de dépens à compenser, où, de son propre aveu, il ne voyait goutte. Chaque fois il compta si exactement les voix données jusqu'à lui, et le sort favorisa si bien son malicieux calcul, qu'en ajoutant la sienne à l'opinion la moins nombreuse, il rétablit l'égalité. Le premier président Harlay eut beau sermonner les conseillers, les piquer d'honneur à l'idée de faire départager la grand'chambre par une chambre des enquêtes * ; les conseillers eurent beau déplacer leurs voix ; le hasard et Coislin furent toujours les

1. Les Enquêtes, divisées en cinq chambres, comprenaient les plus jeunes membres du Parlement; la Granctcfiambrey où siégeaient le premier président, les présidents à mortier, et les consciUers les plus anciens et les plus éminents, connaissait des plus grandes causes. Les princes et les ducs et pairs avaient séance à la Grand'chambre.

plus forts. Harlay fut obligé pour sauver, à défaut de l'équité, l'honneur de la grand'chambre, d'abandonner sa propre opinion, non sans « regarder noir » cet insolent rejeton de procureur qui se mourait de rire. La partie perdante fut condamnée à payer les dépens, qui montaient haut, mais le duc de Coislin avait joué un bien joli tour à Messieurs <Iu parlement ^

Marie Séguier, devenue veuve en 1641, s'était remariée en 1644. Elle avait reçu de la main de son père et de Richelieu son premier époux, petit et mal bâti ; elle choisit elle-même le second, Tun des plus beaux et des plus aimables seigneurs de la cour, le second fils de la spirituelle M*"' de Sablé et de Philippe Emmanuel de L9.val, marquis de Sablé, de la maison de Montmorency, branche de Laval et de Bois-Dauphin. La marquise de Coislin était Tamie de M""' de Sablé ; elle vit son fils, l'aima, le souhaita pour époux ; enhardie par sa passion elle osa l'épouser secrètement, au risque d'encourir la colère paternelle. La reine-mère, Mazarin, le duc d'Enghien favorisèrent ces amours et les cachèrent au chancelier. Ce mariage rappelait par ses circonstances romanesques celui de Marguerite de Rohan. Seulement, Théroïne était ici la fille d'un homme de robe et d'une mère plus qu'obscure, et l'homme de robe, fort de ses biens et de la grande place où il était monté, faisait fi d'un cadet de la première noblesse du royaume. Séguier, qui ne voulait rien moins qu'un duc, s'indigna de cette alliance qui déconcertait ses ambitieuses visées ; la cour au contraire y applaudit de tout son cœur et se divertit de la colère du chancelier. Quant au chevalier de Bois-Dauphin, il était dans le ravissement ; il secouait sa gueuserie, se sentait pousser des ailes, et le même homme qui ne songeait naguère qu'à attraper dix pistoles pour rouler, déclarait qu'il ne pouvait plus arrêter ses désirs à moins d'être maréchal de France et ensuite connétable. Son beau-père ne put lui garder longtemps rigueur : le chevalier le désarma par son dévouement et sa bonne grâce et fit sa conquête comme il avait fait celle de sa femme. Il le servit de son crédit, de l'estime que les plus grands lui témoignaient, et aussi de sa bravoure emportée et généreuse.

Un jour il provoque Tréville pour le châtier d'une insolente

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