CHAPITRE
I. Un parent de Saint-Simon marié dans la robe. — Surprise et colère de Saint-Simon. — Les Grands jours d'Auvergne. — Son alliance avec le président Novion sauve la tôte du comte de Ganillac de Pont-du-Ghâteau. — Une lUle de robe, dédaignée par les Ganillac, se rabat sur un conseiller au parlement. — Un mariage à Glermont; la cour de Haute-Folie. — Les petites-flUes de Gourtin mariées, Tune au président Maisons, Tautre au maréchal de Villars. — Origine, caractère, ambition de Maisons. — Galanteries de la présidente et de la maréchale. — Stratégie inquiète de Villars* — Hommages rendus au glorieux blessé de Malplaquet. — Les amours de la maréchale et du comte de Toulouse surprises et chansonnées.
II. Les filles du conseiller d*État Rouillé. — Le ménage de l'intendant Bouchu. - Sa fiile épouse le comte de Tessé. — M*^ Bouchu se remarie avec un duc cul-de-jattc. — Sa sœur se console de rester M"* de Bullion par les grandes alliances de ses enfants. — La présidente Brûlard duchesse de Ghoiseul en secondes noces, et mère de la duchesse de Luyncs dame d'honneur de la reine. — Sentiments dédaigneux des filles nobles mariées dans la robe. — M"* Duplessis-Besançon, veuve du président le Brun, se remarie avec un descendant de Louis le Gros.
Saint-Simon, quelques années auparavant, avait eu le dégoût de voir son propre sang s'allier à la robe. On sait s'il avait le culte de sa race : il la suivait avec une attention vigilante et dévouée jusques dans une branche séparée de la sienne depuis trois cents ans. Il avait soutenu, protégé, avancé comme son propre fils le jeune marquis de Sandricourt qui ne man-
Abi LA ROBE.
quait d'ailleurs ni décourage ni de volonté ; il l'avait fait colonel, et trois ans après, brigadier, a aux cris de la foule de ses cadels d'Italie, d'Allemagne et de Flandre », sans se demander si ce passe-droil n'était pas plus révoltant que celui dont il avait été jadis la victime indignée et qui Pavait fait renoncer au service. Bientôt les parents du marquis de Sandricourt pensèrent à rétablir ; ils avaient 50000 livres de rente en belles terres de Paris à Âbbeville et (notez ces deux points-ci) pas de dettes et pas d'autres enfants : ils pouvaient viser haut. Saint-Simon, pour viser plus haut encore, voulait attendre, laisser le jeune homme avancer sa fortune, mais les parents insistant, il songea à M"* de Kisbourg, de la maison de Melun, dont le père était attaché au service de Philippe V.
Le marquis de Hisbourg, riche, veuf, et point disposé à se remarier, était grand d'Espagne, chevalier de la Toison d'or, colonel du régiment des gardes wallonnes, vice-roi de Catalogne. Il n'avait que deux filles : l'alnée avait renoncé au mariage par dévotion ; toutes deux résidaient dans leurs terres de Flandre ou dans les villes voisines françaises , et y vivaient avec une grande réputation de vertu. Saint-Simon était enthousiasmé de sa découverte : « Tout y était :biensy alliances, la plus grande naissance, un père dans les premiers honneurs et emplois, et par ce que nous savions de son éloignement pour un second mariage, certitude de sagrandesse après lui ». Les Sandricourt furent séduits ou parurent l'être, et la princesse d'Espinoy, à qui M'" de Saint-Simon fit des ouvertures, en écrivit aussitôt à son parent, M. de Risbourg. La lettre à peine partie, les Sandricourt commencèrent à douter du succès de l'affaire, se déclarèrent pressés de marier leur fils, et même résolus à le marier, ô scandale ! dans la robe. C'étaient des gens de beaucoup d'esprit, mais d'une vie retirée, obscure, aimant amasser et conserver, peu sensibles aux tentations de l'amour-propre. A la grandesse, à la foison d'or, à la vice-royauté de Catalogne, ils préféraient le solide de la robe, prétendaient « qu'il n'y avait rien de meilleur que de s'allier avec elle, pour la conservation des droits des terres, et pour les procès qui pouvaient survenir ».
On imagine quel visage et quel accueil Saint-Simon fit à l'expression tardive et raisonnéede leurs préférences, mais comme
ils ne parlaient encore qu'en général, comme leur fils semblait désolé et demandait qu'on le défendît contre cette fantaisie des siens, il laissa le champ libre à la lettre de M°* d'Espinoy, comptantqueraffaire une fois engagée, il faudrait bien la suivre. Deux jours après, le jeune homme vint lui apprendre d'un air empêtré que son mariage était faitavecM^'^deGourgues. Il était venu seul; Saint-Simon, sa femme, sa mère, s'emparent de lui, l'adjurent, le gourmandent, l'effrayent à l'envi ; toute la maison est debout pour écarter la tache qui menaoe de souiller le sang des comtes de Vermandois, et sauver le malheureux enfant qui va se perdre; si Tonne peut l'arracher à la robe, on veut du moins l'unir à la robe d'élite, le déshonorer le moins possible, et dans sa chute obstinée, ne pas le laisser tomber plus bas que les Pelletier.
Je m'écriai, et lui demandai s'il y consentait. Il répondit qu'il n'osait résister à son père et à sa mère, qui voulaient la robe absolument. Je le menai à ma mère et à M*"® de Saint-Simon, qui lui représentèrent tout ce qu'il était possible. A la (in je lui dis que s'ils avaient la rage de la robe au point de la préférer à une lille fort riche de la maison de Melun, qui ferait avec certitude son mari grand d'Espagne, et au point encore de ne pas attendre la réponse du marquis de Risbourg à M""® d'Espinoy, après nous avoir engagés à lui en faire écrire par elle, il fallait du moins choisir une famille honnête et qui pûl loi être de quelque utilité ; que le père de celle qu'il voulait épouser était un maître des requêtes si étrangement déshonoré, que le chancelier de Pontchartrain m'avait dit avoir reçu une députation en forme des maîtres des requêtes pour lui demander de faire défaire Gourgucs de sa charge, lequel n'osait plus depuis se présenter au conseil ; que son père, qui n'avait guère meilleure réputation, avait jjoMm maître des requêtes, sans avoir jamais pu être intendant ; que le frère de celui-là, évêque de Bazas, était le mépris de la Gascogne ; qu'en un mot, s'il voulait déterminément la robe, ils nous donnassent loisir de sortir honnêtement d'avec M°*« d'Espinoy ; et que s'il voulait M"« Pelletier, je pouvais faire cette affaire-là par Goettenfao qui était leur ami intime et le mien ; qu'elle était fille d'un premier président, sœur d'un président à mortier (depuis aussi premier président), petite-fille d'un ministre d'État et contrôleur général, nièce de Pelletier de Sousy et de son fils des Forts, tous deux conseillers d'Etat, et actuellement en place et en grande considération ; qu'au moins c'était une robe illustrée en son état, et en situation de lui être utile. Ma mère et M"* de Saint- Simon le pressèrent là-dessus comme je venais de faire. Mais nous parlions à un sourd et, qui pis était, à un amoureux, ce que nous ne sûmes qu'après.
Les Sandricourt et sartout leur fik, qni parait jouer ici un double jeu, manquaient peut-être enc<Hie plus de courage que de franchise, et n'osaient résolument se soustraire à h protection dont les accablait leur irascible parent ; mais cette dernière scène mit M"* de Sandricourt hors des gonds. Elle arriva Taprès-dlnée, comme une furie, et cette fois son ardent contradicteur jugea prudent de la laisser parler toute seule. H"* de Saint-Simon mère fut moins endurante ; la réputation de M^ de Gourgues n'était pas intacte ; TimpitoyaUe douairière accommoda la fille, comme Saint-Simon avait faitle matin les parents; elle n'y gagna qu'un redoublement de fureur de celle qui Técoutait, et le mariage s'accomplit quelques jours plus tard.
Heureux Saint-Simon s'il en eût été quitte pour une blessure d'amour-propre, si cuisante qu'elle pût être : il lui fallut payer encore la véhémence passionnée qu'il avait mise à défendre l'honneur de son nom. L'époux de M^ de Gourgues s'en alla répétant chez tout ce qu'il put connaître de magistrats que son parent avait la robe en telle horreur, qu'il avait rompu avec lui et les siens parce qu'ils s'étaient alliés à elle. On était alors dans le vif de Taffaire du bonnet, et le propos ne pouvait mieux tomber. Saint-Simon n*hésita plus à retrancher de sa race ce rameau deux fois indigne : « Après un trait si noir d'ingratitude, de tromperie et d'atroce calomnie, nous ne voulûmes plus ouïr parler d'eux, et oncques depuis ne les avons vus *. »
Le renégat et le traître fui encore châtié d'une autre façon, c'est-à-dire par sa propre femme, châtiment enregistré dans les Mémoires avec une satisfaction narquoise.
Le père et la mère vécurent assez pour avoir vu et senti les vérités dont ma mère avertit M"™* de Sandricourt, la dernière fois qu'elle Tait jamais vue, et tous deux en sont morts dans la douleur. Leur fils plus bénin, quelque temps amoureux, après mourant de peur de sa femme, qui ne s'est guère embarrassée de mesures ni de précautions, s'est mis à la mode en doux et soumis serviteur. Il n'a point manqué d'enfants, mais souvent d'argent, sans pourtant en dépenser, et a vécu obscur dans son quartier. II n'a pas laissé de servir et de devenir
1. C'nst do cette branche maudite que naquit, en176§, le comte de Saint- Sitnoii, chof de la secte saint-simonienne : encore un Sandricourt qu'aurait flifficilcmont avoué l'autour des Mémoires.
lieutenant général jusqu'à la guerre de Bohême ; mais son peu d'esprit, son triste mariage, et robscurité qui en est résultée, Font accablé, en sorte qu'on Ta laissé depuis en oubli, et sans aucune sorte de récompense. M^*^ Pelletier, que je lui avais proposée, épousa depuis le marquis de Fénelon, longtemps ambassadeur en Hollande, aujourd'hui lieutenant général, gouverneur du Quesnoy, conseiller d'État d'épée, et chevalier de l'Ordre ^
Les seigneurs, en s alliant à la robe, se ménageaient des chances de gagner leurs procès, comme le remarquaient judicieusement les Sandricourt, et quelquefois aussi de garder leur tôte sur leurs épaules, comme l'insinue Fléchier dans sa relation des Grands jours d* Auvergne de 1665.
Michelle Ribeyre, fille d'un conseiller d'État qui fut ensuite lieutenant général de la sénéchaussée de Clermont, était la beauté la plus éclatante, la plus spirituelle et la plus courtisée de toute la province. Fille coquette d'une mère prudente et sage, elle se laissa prendre à la naissance et à la beauté du comte de Canillac de Pont-du-Château, et l'épousa moins pour être heureuse que pour être comtesse.
M. de Canillac était d'une maison aussi fameuse par ses vices, ses instincts brutaux et sanguinaires, que par son ancienneté et de tous ceux de sa maison, c'était lui qui passait pour le plus détestable. Pour reconnaître la grâce qu'il leur faisait en entrant dans leur famille, les Ribeyre avantagèrent leur fille au détriment de ses sœurs. Ils n'en furent pas quittes pour ce premier sacrifice : leur noble gendre, pour suffire à ses débauches, les pressura sans pitié ; toutes les fois qu'on lui refusait de l'argent, il menaçait de tuer son beau-père et maltraitait sa femme. Michelle Ribeyre expia cruellement ses pensées ambitieuses ; ses attraits se flétrirent dans la douleur et dans les larmes ; son esprit perdit sa vivacité et sa grâce ; elle cherchait encore autour d'elle les tendres hommages dont elle était avide et coutumière, et elle ne trouvait plus qu'une douce pitié :
On la vit quelquefois devant son miroir se plaindre, et dire en pieu, rant : Qu'est devenue cette Michon qui gagnait les cœurs et qui attirait tous les villages par où elle passait, et faisait dire aux personnes
i. Saint'Simony t. VHI, p. 269-272.
qni ue savent flatter, et qni soot plus sincères que celles qui ment (lans les Tilles, qu'elle emportait le prix sur tous les aolres.
Cependant les iniquités et les crimes des Canillac et particulièrement du comte de Canillac de Pont-du-Chàteau émoavaient le roi ; un conseiller à la cour des aides de Clennont, Chardon, sa principale victime, multipliait les placets, les prières, et finissait par provoquer la tenue des Grands jours. Le comte de Canillac osa se présenter en sa qualité de sénéchal, pour saluer les magistrats à leur entrée dans la ville, et leur adresser, d'un ton cavalier, une pompeuse harangue. D'où lai venait c^t excès de confiance? de la même cause qui avait enhardi ses violences criminelles, de son alliance avec les Ribeyre et par les Ribeyre avec M. de Novion, président des Grands jours : le frère de sa femme avait épousé Catherine de Novion, fille du président.
On n'avait pas été médiocrement surpris de voir M. de Novion mis à la tête de ces assises extraordinaires, et Ton avait pensé qu'il n'avait lui même accepté la présidence qu'en se réservant le droit de discerner ses alliés à travers le bandeau de la justice. Comme pour réfuter ces suppositions malignes, le plus innocent ou plutôt le moins coupable des Canillac, le vicomte de Beaufort-Canillac, fut arrêté, condamné, exécuté. Réfutation insuffisante : ce vicomte n'avait aucun lien avec les Ribevre. Un autre gentilhomme de cette maison eut le loisir de s'échapper en temps utile, et n'eut le col coupé qu'en effigie. Celui-là ne tenait pas davantage aux Ribeyre, mais si on l'avait appréhendé, il pouvait dénoncer leur allié comme son complice, el le faire comprendre dans les mêmes accusations et la même peine.
Quant au comte de Canillac, il s'était d'abord éloigné de Clonnont; il y revint, fut arrêté et mis en jugement. Tout le monde était persuadé qu'il était coupable, il ne se trouva personne, à l'exception du conseiller Chardon, pour essayer de l'établir. Ses crimes s'atténuaient, s'évanouissaient, ou même se changeaient en belles actions. La foule des témoins semblait n'être venue que pour le justifier. Cependant il s'emportait dans sa prison, mallrailail sa femme qui l'y venait voir et qui
épuisait à solliciter ses juges, écrivait des lettres injurieuses
'il
h ses alliés, et môme au président qui tenait sa vie dans ses mains. Malgré cette cynique attitude, malgré la conviction profonde de la province et des juges, malgré la corruption évidente des témoins, le beau- frère de Catherine de Novion fut mis hors de cause : il méritait d'être décapité, il eut une amende de 500 livres et une éloquente semonce.
Il fut jugé à peu près comme on Tavait cru. M. le président Tinterrogea et lui fit une très-belle réprimande, lui reprochant tous les dérèglements de sa vie passée, en des termes assez forls ; il Texhorta à s'amender, lui fit connaître que toute la cour était persuadée qu'il était coupable de toutes les accusations dont on le chargeait ; que toutes les apparences étaient fausses, que les preuves avaient été écartées et les témoins corrompus; qu'ainsi il devait prendre garde pour l'avenir.
La comtesse d'Apchier, dont le mari était le digne émule des Canillac, n'avait pas l'avantage d'être alliée à la commission des Grands jours; elle avait même commis l'imprudence de mépriser les Ribeyre, de les qualifier de petites bourgeoises, de contester la beauté de Catherine de Novion, de prétendre qu'elle avait eu des femmes de chambre plus belles qu'elle. Lorsqu'elle alla solliciter pour son mari, le président repoussa ses prières en termes cruellement enjoués et goûta le plaisir de venger l'injure faite à la robe et à son sang: le comte d'Âpchier avait bien fait de ne pas trop compter sur l'éloquence de sa femme et de se mettre tout d'abord hors d'atteinte.
L'infortune de Michelle de Ribeyre semblait faite pour dégoûter les jeunes bourgeoises de Clermont des maris d'épée; mais admirons la force et l'aveuglement de la vanité féminine : ou vit encore une Ribeyre, la propre sœur de Michelle, brûler d'épouser un Canillac. Le père de ce Canillac était le fléau de la province qu'il épuisait par son avidité odieusement inventive. L'exercice de ses droits de seigneur justicier lui donnait de magnifiques revenus : il poussait lui-même ses justiciables à mal faire pour les emprisonner aussitôt le mal commis, et leur vendre leur acquittement. D'autres fois, il leur vendait d'avance la liberté d'être criminel impiAiément. On levait dans ses terres la taille de Monsieur, la taille de Madame, la taille de tous leurs enfants outre celle du roi. Lorsqu'il avait marié sa tille, la taille avait fourni la plus grosse part de la dot, et il
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avait bien voulu donner le reste. Il avait une façon énergique de comprimer les murmures des contribuables.
H entretenait dans des tours douze scélérats dévoués à touie sorte de crimes, qu'il appelait ses douze apôtres, qui catéchisaient avec Fépée ou avee le bâton ceux qui étaient rebelles à sa loi, et faisaient de terribles violences^ lorsqu'ils avaient reçu la cruelle mission de leur maître.
Le fils était presque un honnête homme en comparaison du père : il avait seulement tué un prêtre qui avait eu rindiscrétion de so mêler de l'une de ses intrigues galantes : « l'ayant un jour rencontré, il lui donna le temps de faire sa prière et de se confessersuccinctement, et l'envoya cruellement en Tautre monde», au demeurant l'un des plus doux gentilshommes de la province. Cbarlotte Ribeyre ne s'arrêta point à cet homicide; elle fut surtout sensible aux soupirs du jeUne marquis de Canillac, à sa grande dépense, à Téclat de sa noblesse: les Canillac se glorifiaient d'avoir donné deux papes à Rome, Clément VI et Grégoire XI. Son imagination ravie goûtait par avance les honneurs qui lui semblaient promis ; déjà même elle voulaitprendre le pas sur les dames de Clermont, elle traînait majestueusement une jupe de marquise. Aux flatteurs qui s'extasiaient sur cette jupe si belle « elle le sera bien davantage, répondait-elle, lorsqu'un page la portera par derrière ». Le page rêvé ne devait jamais venir. Le vieux marquis ne la trouva ni assez bien née, ni assez riche pour entrer dans sa maison, et défendit à son fils de la voir. Le fils obéit, ou par bienséance, ou par intérêt, ou par diminution d'amour.
La belle délaissée se réfugia dans un cloître pour essayer de ramener son amant par son désespoir ou par ses prières : l'amant ne bougea. Elle fit répandre le bruit qu'elle allait prendre le voile : l'amant fit la sourde oreille ; ce que voyant, elle rentra dans le monde après dix mois de retraite, y demeura mélancolique tout le temps du carnaval, commença à s'égayer en carême, et finit par troubler le cœur d'un magistrat des Grands jours^ non de l'un des garçons enjoués et bien faits qui décoraient la commission, mais d'un veuf encore tout baigné de larmes et père de quatre enfants. « Elle avait la taille avantageuse, les yeux beaux, le teint fort uni, quelque
chose de doux dans son visage, et les traits fort délicats » : sa beauté, jusque-là méconnue par le vieux marquis de Canillac, l'avait lui-même frappé d'admiration depuis qu'elle était sortie du cloître, sans rien changer d'ailleurs à sa décision.
Ayant su qu'elle devait passer par une de ses terres, il attendit son carrosse au passage, et l'ayant aperçue, il vint à la portière, et ayant dit au cocher d'arrêter , il considéra quelque temps cette belle, sans parler. Elle qui connaissait son extravagance, et qui savait qu'elle était aussi haïe du père qu'elle avait été aimée du fiJs, attendait en tremblant quelque funeste aventure. Mais ce vieux pécheur l'ayant assez longtemps regardée, se retira follement en battant sa poitrine, et demandant à Dieu pardon d'avoir dit que la Ribeyre n'était pas belle.
Il lui manquait cependant, au goût de l'historien des Grands jours, ce feu d'esprit qui donne à la beauté tout son éclat, et la petite vérole, sans altérer son teint, avait peut-être un peu grossi ses traits. Le conseiller Vaurouy de Boyvin, juge moins délicat et moins exigeant que l'abbé Fléchier, l'admira sans réserve et demanda sa main. L'époux qui s'oiïrait n'avait pas très-grand air : il était de petite taille, avait le teint un peu trop vermeil, les yeux un peu trop ardents, mais il n'avait assassiné personne, avait de l'enjouement, de la voix, de l'entrain à table où il se montrait digne de son nom^ et la façon dont il parlait de sa première femme, les larmes qu'il lui donnait encore, témoignaient de ses vertus conjugales. M"* Ribeyre, qui n'avait que peu de bien, fut heureuse d'épouser un conseiller à la cour qui la tirât de sa province et fit briller ses charmes à Paris. Par une rencontre assez piquante, son futur mari fut nommé rapporteur de l'amant dont il recueillait la succession; il eût voulu se montrer généreux dans ses conclusions, mais le crime était avéré et la sentence de mort et de confiscation inévitable. Le marquis de Canillac avait heureusement pris ses précautions; il ne fut aussi décapité qu'en effigie, et comme il avait d'éloquents amis à Versailles, le roi le tint quitte pour l'équipement d'un vaisseau qui n'allait pas à 10 OOO'^écus de dépense.
M. de Novion, chez lequel logeait M"' Ribeyre, fit la noce d'une façon originale et peu dispendieuse : il engagea une dame de Clermont, qui était de ses amies, à le régaler avec sa famille ;
ifiO LA ROBE.
le régal fut magnifique, si magnifique que le président voulut qu'il tînt lieu de repas de noce. Les jeunes gens ajoutèrent à la fête un divertissement que l'intendant et M. Talon trouvèrent de fort mauvais goût dans un temps où le royaume était en deuil de la mort*récente de la reine mère. Ils se promenèrent par toutes les rues, habillés de jaune et de vert, avec un aOreux bruit de flûtes et de tambours. L'intendant leur avant envoyé Tordre de se taire, ils répondirent qu'ils ne reconnaissaient point d'autorité que celle du plus grand prince du monde, dont ils étaient fidèles sujets. Mandés chez lui pour rendre compte de leur hardiesse, les principaux du groupe, après l'avoir salué d'une manière tout à fait folle: « Sache, lui dirent-ils, que nous sommes les officiers du prince de Haute-Folie, qui allons imposer le tribut ordinaire à un seigneur étranger qui vient enlever la plus belle nymphe de son royaume. Nous avons nos voix »; et les tambours, qui remplissaient la cour de l'intendant, de battre de plus belle.
La nymphe ravie h Clermont par l'inflammable conseiller alla montrer à Paris la beauté qui avait émerveillé la province, et Paris à son tour fut charmé. On allait dans les compagnies où l'on espérait la rencontrer, pour la regarder d'aussi près que possible, presque sous son masque, sans qu'elle s'oflensât de celte curiosité comme d une impertinence. Fléchier ne nous a point (lit si elle fut sage ou légère, et si le téméraire M. Vaurouy (le Hoyvin eut jamais lieu de se souvenir que son mariage avait été acclamé par toute la cour de llaule-Folie * !
L'inégalité des alliances entre sœurs était chose assez fré- (|uente, mais la robe jetait parfois un tel éclat que celte inégalité paraissait à peine sensible. Les deux petites-filles de Courtin, M"" de Varangeville, étaient mariées l'uneau président à mortier Maisons %i l'autre au maréchal duc de Villars : au premier aspect, il semble y avoir entre les deux sœurs une (lislance considérable ; en y regardant de plus près, on la trouvo beaucoup moindre. Et d'abord, à ne considérer que l'origine, (M'st rhommc de robe qui est le plus noble des deux : les
1. Fl«îclnor, Les grands jours d'Auvergne, édit. Chéruel, p. 275-282,
2')7-3iy.
2. M. de Maisons avait épousé en premières noces une fille de Chrétien
de Lamoignon.
Maisons, quoique Saint-Simon leur contestât cet honneur, étaient regardés comme les descendants d'une très-ancienne et très-bonne famille de Noi*mandie qui avait laissé Tépée pour l'écritoire, lorsque les parlements étaient devenus permanents ; les Villars, au contraire, étaient issus d'un greffier de Condrieu et avaient gagné leur noblesse à la pointe de Tépée.
Le Parlement triomphe de posséder dans son sein un magistrat de si bonne souche; M. de Maisons Téblouit encore par le prestige d'une grande fortune. Une partie de ses biens lui venait de sa femme; Tautre, d'une source plus ou moins impure , des dilapidations de son grand-père le surintendant des finances, de la partialité vénale de son père dans l'exercice de sa charge de président à mortier, mais il n'y a que les malveillants qui poussent l'indiscrétion jusqu'à rappeler ces fâcheux souvenirs ; on est surtout frappé du noble usage qu'il fait de sa fortune. Il habite à Paris un hôtel somptueusement meublé; une table délicate y rassemble Télite de la ville dans tous les genres. Les beautés de son château de Maisons, les parties brillantes qui l'animent, rehaussent le renom du président, lui valent l'attention, les compliments de Louis XIV. 11 met à profit le voisinage des résidences du roi et du Dauphin ; de Versailles, de Marly, de Meudon, où il fait une cour assidue et discrète, il ramène à Maisons la fleur des courtisans, et l'y retient autant par les grâces de son esprit que par la splendeur de son hospitalité et l'attrait enchanteur des lieux. Il évite avec bonheur le double écueil qui menace la robe lorsqu'elle se mêle au grand monde ; il n'est ni trop grave, ni trop dégagé. S'il paraît peut-être un peu trop craindre de se piquer aux épines de son métier, s'il montre plus de talent que de vrai savoir, il n'oublie jamais, au milieu de ses nobles hôtes, qu'il est homme de robe; ce serait un grand seigneur accompli, sans une Quance de respect dont il ne veut pas se départir et qui lui est une grâce de plus.
Maisons était un grand homme, de fort belle représentation, de beaucoup d'esprit, de sens, de vues et d'ambition, mais de science dans son métier fort superGcielle; fort riche, la parole fort à la main, Tair du grand monde, rien du petit-maître ni de la fatuité des gens de robe, nulle impertinence du présideut à mortier. Je pense que l'exemple de M. de Mesmes lui avait fort servi à éviter ces ridi-
cules dont l'autre s'était chamarré. Loin comme lui de faire le singe du grand seigneur, de l'homme de la cour et du grand inonde, il se contentait de vivre avec la meilleure compagnie de la ville et de la cour que sa femme et lui avaient su attirer chez eux par les manières les plus polies, même modestes, et sans jamais s'écarter de ce qu'ils devaient à chacun ; respect aux uns, civilité très-marquée aux aulres, avec un air de liberté et de familiarité mesurée, qui, loin de choquer ni d'être déplacée, leur attirait le gré de savoir mettre tout le monde à son aise, sans jamais la moindre échappée qui fût de trop.
Sa femme ose peut-être un peu plus que lui, mais avec un sentiment aussi délicat de la mesure à garder.
Avec très-peu ou point d'esprit {Saint-Simon, dans $e$ Additions à DangeaUy lui fait en cela meilleure part), elle avait celui de savoir tenir une maison avec grâce et magniGcence, et de se laisser conduire par lui. Elle n'avait donc rien de la présidente, ni des femmes de robe, seulement quelque petit grain plus que lui du grand monde, mais avec la même politesse et les mêmes ménagements.
Toutes ces grâces recouvrent une ambition à la fois ardente et contenue, qui les inspire et les gouverne avec un art consommé. Dans la foule des courtisans, M. de Maisons discenie et trie ce^ix qu'il importe de capter ; « il ne veut que le l)on et le solide, sans être la dupe du nombre, ni des oisifs »; il charme tour à tour et selon les circonstances Monseigneur, le duc du Maine, le duc de Bourgogne, le duc d'Orléans. En même temps, il ne perd pas le Parlement de vue ; il s'applique à s'y faire aimer et considérer, enveloppe toute la robe, petite et grande, de ses attentions, et tient les greffiers sous le charme aussi bien que les fils de France : c'est lui le véritable chef du Parlement; M. de Mesmes en a le titre, il en a l'autorilé. Mais il vise plus haut encore : il suit d'un regard attentif les progrès delà maladie du roi; il attend, il appelle ce dernier soupir qui doit marquer l'heure de la chute de Voysih; il veut les sceaux, il y compte, il étend déjà la main pour les saisir, lorsque la mort le foudroyé dans la vigueur de l'âge et la plénitude de ses forces; il n'avait que quarante-huit ans (1715).
Il ne fallait pas moins que cet état solide et brillant des Maisons pour soutenir l'accabiaiit voisinage des dignités et de la gloire du maréchal de Villars» Les deux ménages vécurent
sn bonne intelligence, quoiqu'il y eût entre les deux sœurs une cause de conflit non moins grave que la différence de rang : toutes les deux étaient belles^ M*""" de Maisons d'une beauté un peu plus épaisse, plus romaine, comme disaient ceux qui la préféraient à M"'' de Villars. Le ménage de robe sauva le bon accord par un eflacement volontaire : <( M'"'' de Maisons eut le bon sens de ravaler bien soigneusement la jalousie du rang et de la concurrence de beauté, et Maisons, de son côté, vivait en déférence très- marquée, mais intimement, avec le maréchal de Villars. »
Les attraits des deux sœurs, sans entrer en lutte, leur attirèrent des hommages que ni Tune ni Tautre ne i^poùssèrent. M"* de Maisons, toujours politique et discrète même en ses galanteries, eut Tart de concilier son goût avec son intérêt, et de sauver en même temps le repos et la dignité de son mari. L'écorce de décence dont elle enveloppait ses secrètes faiblesses, le ton réservé qu'elle gardait en public avec ceux qui étaient le mieux avec elfe, imposaient aux médisants et permettaient aux honnêtes femmes de fréquenter sa maison.
La jalousie du maréchal compromit au contraire la dignité de sa femme et la sienne et divertit la cour à leurs dépens. Villars semblait défendu contre certain genre de mésaventures par sa gloire, son esprit, ses avantages extérieurs. « C'était un assez grand homme, beau, bien fait, devenu gros en vieillissant sans en être appesanti, avec une physionomie vive, ouverte, sortante, » mais il avait près de trente ans de plus que sa femmes et les années, qui n'entamèrent jamais son ardeur et sa confiance à la guerre, l'avaient rendu plus que circonspect sur un seul point. Il paya de cruelles inquiétudes son tardif mariage; il eut peur de laisser sa femme, jeune, belle, spirituelle, exposée à de périlleux hommages ; il demanda au roi la permission de l'emmener à la guerre, sollicita pour elle des laissez-passer de l'ennemi. Les rieurs avaient beau jeu: on. prétendait que sa jalousie traversait ses plans, modifiait ses opérations ; que ses temps d*arrêt, ses marches, ses contre-
1. Villars avait quarante-neuf ans quand il se maria. G*est en 170â qu'il épousa M'^ deVarangeville, riche de 450 000 livres, sans compter le bien considérable que devaient lui laisser sa mère et &on grand-père Courlin. (Dangeaut 23 janvier 1702.)
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.Saiiil-Siiiioo nous le inootre en ITÛl. Faiitc ^«i saml « mariage, iiiqaiet, fieqrfexe. ne poviam se détach« de Sinsbciorg oii il a lail Tenir b maréchale; Ijmis de Bade lai icte le laisftezrpasier qa'îl a demandé ponr elle; Lanis liV mtA pas plus galant el ne consent pas à ce qa'eOe le sshe an éA do iShin. VillarSy malgré les ordies réîlcrês do roi, mdpé le besoin pressant de Tétecienr de BaTÎêfe, s atiaide, chcRk a gagner do temps; il allègoe la nécessité d*or;puiiser sa troupes, de les approvisionner : au fond, il a peur, en Tobnt ii sec^^rs de Monsieur de Baf ière, de dccoaTiîr la maréchale el de l'exposer aux entreprises des galants. Il partit c&in sv l'ordre formel du roi, el si les raillenrsne s'étaient pas trompés sur la cause de ses délais, ils durent an moins conTenir qnll rattrapa brillamment le temps perdu.
Pour parer au danger de ses absences, il confia pendant de longues années la garde de son honneur à une de ses sœors, M"* de Vogué; il l'avait tirée de sa proTÎnce, établie près de sa femme, el pour la dédommager de sa peine il lui fit obtenir da roi une |iension de iOOO écus. c Les ridicules furent grands el les précautions pas toujours beureuses. > Ainsi parie Sainl- Simon, et (M;rlain passage des Mémoires désigne clairement M*^ (le Villars (Miinme rhéroîne d*une aventure qui réjouit fort l(;s bonnes àmcs de cour.
Villars, glorieusement blessé à Malplaquet, était consolé de son échec par toule sorle d'atlenlions, on peut presquedirede gîit<îries royales. Le prince de (iOnti el sa mère avaient dû céder leurs apprlernenls au tils de Tancien écuyer de leur maison. Villars y tenait une espèce de cour : des jeux continuels, des fêtes, (les festins, la musique du roi charmaient son repos foreé. L(; roi le vint voir, lembrassa à deux reprises, resta deux heures avec lui, et passa ensuite dans lapparlement de sa fernuK;, qu'il entretint avec la galanterie majestueuse qui lui était naturelle. La (illede Hocq de Varangeville, d*un homme (l(î riiîii, l'fHîevant une visite de sa Majesté! les jaloux, et ils étaiiîiil nombreux, en crevaient de dépit : ils eurent bientôt de (|uoi s(^ eonsoUir. La dame, vers ce même temps, était l'objet (rhomnia<r(;s plus passionnés que majestueux, et sa piquante
beauté, bien avant d'enflammer Voltaire, avait ému le cœur d'un fils de roi. Lors de la mort subite de Monsieur le Duc, on chercha vainement le comte de Toulouse.
Le courrier de M"* la Duchesse ne le trouva point chez lui, et pas un de ses gens ne put ou ne voulut dire où il était, ni Taller avertir. Il n'était pas loin pourtant, dans un bel appartement d'emprunt, avec une très-belle dame du plus haut parage, dont le mari était dans le même, qui en faisait deux beaux, oii tout le jour il tenait le plus grand état du monde, mais qui, malgré ses jalousies quelquefois éclatantes, était hors d'état de les aller surpendre, et la dame apparemment bien sûre du secret.
Une femme si fort en vue s émancipant ainsi à deux pas de son jaloux, mais d'un jaloux si peu ingambe, la belle matière à chansons! On s'en saisit avidement, et l'impudeur trop bien avisée de la maréchale fut mise en couplets grivois et caustiques dignes d'accompagner le deuil du satyre qu'on enterrait *.
Combien de cœurs tourmentait cette jalousie du rang à laquelle échappait M'"'' de Maisons, et de combien de sottises elle était la source 1 Des trois filles du conseiller d'État Rouillé, deux , M""* Bouchu et M™* de Bullion, s'étaient mariées dans la robe ; la troisième avait épousé le marquis deNoailles, frère du maréchal. Restée veuve avec de grands biens, la marquise de Noailles, impatiente d'aller de pair avec sa belle-sœur, avait, nous l'avons vu, agréé la recherche intéressée d'un duc ruiné, âgé, deux fois veuf, de M. de Richelieu. Ce second mariage élargissait la distance qui la séparait de ses deux sœurs, et aigrissait la blessure dont souffrait déjà leur amour-propre ; les sentiments qu'elles éprouvaient pour leurs époux n'étaient pas de nature à les consoler.
M. et M°*® Bouchu vivaient fort loin l'un de l'autre, sans éprouver le besoin de se rapprocher. Intendant du Dauphiné, M. Bouchu suivait l'armée en Savoie, en Italie, se partageait
1. Dangeau, t. XVI, p. 101. — Saint-Simon, t. II, chap. xxvii, xxxvi, xxxvii ; t. V, chap. vu, xm ; t. VII, chap. vni.
entre ses occupations et ses plaisirs, et slnquiétait peu de si femme restée à Paris. Il avait été beau, bien fait, galant; il n'était plus que galant, mais galant obstiné et vindicatif jusqu'à compromettre le succès de nos opérations militaires poor punir un rival préféré. Vendôme, chargé de réparer les édiecs de Villeroy en Italie, attendait impatienmient les convois qui devaient lui apporter vivres et munitions; rien n'arrivait; M. Bouchu faisait naître mille difficultés pour retarder le départ des convois et perdre ainsi le principal commis des munitionnaires qui s'était permis de courir sur ses brisées amoureuses et de lui couper Therbe sous le pied, étant plus jeune et plus aimable. Tout se sut à la fin, et le poids de h colère de Vendôme tomba, non sur le commis, mais sur l'intendant. Le souvenir de l'affront essuyé, son crédit ébranlé, son âge et ses infirmités le décidèrent à se démettre de ses fonctions d'intendant pour venir siéger au conseil d'Etat, où le roi Tavait appelé depuis 1702.
On crut et il crut peut-être lui-même qu'il allait rejoindre sa femme; il partit en effet, quoique le plus tard qu'il put, s'avança à petites journées, arriva à Paray-le-Monial, s'y arrêta, vécut deux mois à l'auberge, acheta un terrain, s'y bâtit une maison et n'en sortit plus. Cependant on mariait à Paris sa fille unique ; Bouchu n'en avait cure, faisait bonne chère à ses voisins, et oubliant femme, enfant, conseil d'État, se réjouissait de n'être plus qu'un gros bourgeois de Paray-le-Monial*.
M"'' Bouchu épousait le fils du maréchal de Tessé, de ce brillant et spirituel officier dont la fortune avait été commencée par Louvois, et achevée par la duchesse de Bourgogne qui n'avait point oublié qu'il avait négocié son mariage. Mademoiselle Bouchu avait, à défaut de beauté et d'esprit, 400 000 francs comptant et Ton estimait à près de trois millions les biens qui lui devaient revenir après la mort de ses parents ; l'intendant Bouchu n'avait pas du moins dissipé dans ses aventures galantes tous les gros bénéfices qu'on l'accusa plus tard d'avoir réalisés sur les fournitures militaires. Quant au comte de Tessé, son \)rn) lui donnait la terre de Lavardin, qui valait 25000 livres de rente, la lieutenance de roi du Maine, et de plus était auto-