‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 25 sur 318 · Lettre du 31 mars · texte numérisé non relu

Lettre du 31 mars

3. Lettre du 13 mai 1719. M"' de Valois, même devenue duchesse de Modène, songeait encore à M. de Richelieu. En 1721, une gazette qui enregistrait la nouvelle d'un second mariage du jeune duc, lui ayant été remise par son confesseur, elle fondit en larmes toute la journée. (Lemontey, Notice aur tes filles du Régent, dans la Revue rétrospective y t. I.)

La seconde tentative faite par le régent pour se débarrasser de sa fille ne réussit pas mieux que là première. L agent matrimonial était vraiment digne de la fille à marier. Plenœuf, un partisan enrichi aux dépens de Thonneur, réduit à se sauver à Turin pour échapper à une condamnation certaine et à la restitution de ce qu'il avait volé, le mari d'une femme qui disputait ses amants à sa fille, te père de la marquise de Prie, la ^naîtresse vénale de M. le Duc, voilà Thomme qui, pour se re- 'everde son infamie et se rouvrir les portes de la France, offre 3u régent de marier M"® de Valois au prince de Piémont, et ^ont l'offre est acceptée ! M""® de Plenœuf recevait ses communications et les transmettait au duc et à la duchesse d'Orléans, ^ux-ci cependant sentirent le besoin de mêler un honnête '^omme à ces négociations pour les rendre plus décentes aux y^^iix de la cour de Turin : ils choisirent Saint-Simon, qui essaya ^^inement de se dérober, alléguant le peu de chances du Pï*ojet, la situation politique du régent à l'égard du roi de Sicile. « Après tout, répliqua le duc d'Orléans à l'affût de toute occasion bonne ou mauvaise, c'est un coup d'épée dans leau, ^l quoique sans apparence, il est des choses bizarres qui réussissent quelquefois : ce ne sont que quelques lettres perdues ^u'il nous en coûtera à tout hasard. » M"" de Plenœuf alla donc chez Saint-Simon, « bien parée, bien polie, bien* louangeuse, bien éloquente » ; elle lui exposa toute l'affaire et lui remit le Iriste soin de la diriger. La correspondance s'engagea, se prolongea pendant quelques mois, mais il ne vit pas poindre ombre de réalité.

Jj'abbé Dubois revint alors de l'Angleterre, n'ayant dans la tête que la quadruple alliance *. Saint-Simon se dégagea en lui passant tous ses pouvoirs ; c'était jeter l'affaire à l'eau. Le malin abbé s'avisa de l'expédient le plus propre à tout rompre : il connaissait Madame de longue main et sa franchise féroce, il laissa la chose arriver jusqu'à ses oreilles. Madame bondit ; elle voulait bien marier sa fille au loin, à quelque prince étranger, mais faire un tel présent au petit-fils de Monsieur * ! Elle écrivit sur-le-champ à la reine de Sicile

1. L'un des articles préliminaires de cette alliance enlevait la Sicile à Virtor-Amédée pour la réunir au royaume dcNaples et lui accordait coniine cliélivc compensation la Sardaigne.

i2 LA MAISON DE FRANCE.

et lui traça le portrait Ae sa future bru. Nous n'avons pas sa lettre, mais nous connaissons de reste ses sentiments pour iM"* de Valois et la vigueur de son pinceau. La lettre partie, elle en dit le contenu au duc et à la duchesse d'Orléans. L'un en rit, l'autre en fut outrée, mais tous deux tinrent le projet pour avorté. Quant à Dubois, qui n'avait pas douté de Madame, il s'égaya fort du rapide effet de son stratagème.

Six semaines après cette aventure, le duc d'Orléans déclara le mariage de sa fille avec le prince de Modène ^, un parti bien chétif, un futur roitelet d'Italie; mais on n'avait ni le temps ni le droit de choisir. « Pourquoi nemérite-t-elle pas mieux? répondit le Régent aux regrets exprimés par Saint-Simon. Tout m'est bon, pourvu que je m'en défasse. » Cette fois les choses avaient été si vivement menées et le secret si bien gardé, que Madame n'eut pas le temps de recommencer le portrait de sa petite-fille. Du reste, elle accueillit la nouvelle de ce mariage avec plaisir, et, quoique le prince de Modène fût son parent (sa grand'mère, la duchesse de Hanovre, était cousine germaine de Madame), elle l'abandonna franchement à son malheureux sort.

M"" de Valois fut d'abord Irès-dépilée de ne pouvoir épouser son cousin, le comte de Charolais, un mari parfaitement digne d'elle, mais le dépit céda vite aux magnificences du trousseau. On ne lui donne pas moins de quarante habits différents, et de Modène arrivent de beaux dianiants et le portrait du prince. Le prince est jeune, bien fait, d'une agréable physionomie ; elle s'habitue à l'idée du mariage. M"® de Valois était elle-même assez séduisante de sa personne. Madame, qui ne veut pas la trouver belle, critique en elle la taille, le nez, et une gi^ande dent à la mâchoire supérieure qui paraît quand elle rit, mais elle est forcée de louer l'éclat de ses yeux, de son teint, de convenir qu'il y a des jours où elle n'est pas laide. Saint-Simon admirait sa beauté et ne faisait de réserve que pour l'embonpoint. Le portrait qu'on envoya au prince de Modène ne montrait sans doute ni la taille trop courte, ni la

1. Victor-Amédée II, duc de Savoie, père du prince de Piémont, avait épousé en 1684 Anne-Marie d'Orléans, seconde fille de Monsieur et d'Henriette d'Angleterre.

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