‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 26 sur 318 · François-Marie d'Esté, né le 2 juillet · texte numérisé non relu

François-Marie d'Esté, né le 2 juillet

dent ti*op longue, ni surtout Tâme déjà souillée. « Il a dû être tout à fait épris du portrait de sa future épouse, remarque Madame avec une ironique pitié, après avoir loué les bons sentiments du prince ; il me fait vraiment bien de la peine. » Le prince de Modène n'avait plus sa mère ; sa grand'mère, la duchesse de Hanovre, fille d'Anne de Gonzague, était trèsdésireuse de le marier à une princesse française ; l'éclat de la naissance la tenta dans M"® de Valois, le portrait sans doute acheva de la séduire : pourquoi s'inquiéter du reste?

Les fiançailles eurent lieu dans le cabinet du roi ; il y eut fort peu de personnes considérables. Le régent avait cm pouvoir imiter les fils de France et n'avait pas fait d'invitations ; peut-être aussi ne tenait-il pas à prier les gens à un mariage médiocre d'une princesse mal vue de sa famille. D'autre part, l'amour-propre des grands seigneurs se froissa ; ils étaient, à ce moment, mal disposés, facilement irritables ; les actions du Mississipi subissaient une effroyable baisse ; on avait besoin de passer son humeur sur quelque chose, et le jour des fiançailles, comme le jour du mariage, on resta chez soi. La fiancée s'en consola avec le magnifique collier de diamants et de perles que lui offrit le jeune roi ; le régent s'en moqua avec son habituelle insouciance. Au sortir de la messe, le roi donna la main à la mariée et dit au cocher : « A Modène ! » suivant l'usage. Cet usage était une pure fiction ; on le vit bien en cette circonstance. Le mariage avait eu lieu le lundi gras 12 février. La princesse passa gaiement le mardi à voir les masques au faubourg Saint-Antoine. Elle comptait partir la semaine suivante; elle fut retenue par une assez grave indisposition. Elle se relève enfin, les chariots se mettent en route, elle-même part le lendemain. « Allez, mon enfant, lui dit la grande-duchesse de Toscane en l'embrassant, et souvenez-vous de faire comme j'ai fait; ayez un enfant ou doux, et faites si bien que vous reveniez en France : il n'y a de bon parti que celui-là. » Leçon étrange, ajoute Saint-Simon, mais dont la princesse de Modène ne sut que trop bien profiter *.

1. La grande-duchesse dé Toscane, fille de Gaston d'Orléans et de la sœur de Charles IV, duc de Lorraine, avait épousé Cosme de Médicis en 1671, « avec un esprit de retour que rien ne put amortir ». Elle vécut fort mai avec son mari, plus mal encore avec sa belle-mère, et après avoir eu trois

Le journal de Dangeau nous permet de la suivre pendant toute la route. On ne voyage pas avec plus de nonchalance, avec moins de désir d'arriver. Dès qu'elle a atteint le lieu où elle doit coucher, elle joue au biribi jusqu'à trois heures du matin et ne repart qu'à midi ; aussi n'avance-t-elle guère. Après plus de six semaines, elle n'est encore qu'à Lyon. Le régent s'impatiente, lui écrit d'accélérer sa marche. Elle demeure neuf jours à Lyon, va toutes les après-dînées à la comédie ; le biribi continue d'occuper le reste de ses loisirs, seulement il alterne avec le lansquenet. Elle hésite sur le point du littoral où elle s'embarquera : Antibes d'abord, puis Marseille, puis encore Antibes ; la Provence lui plaît, Toulon, la Sainte-Baume * l'attirent. C'est un véritable voyage de noces, moins l'époux, ce qui ne le rend peut-être pas moins attrayant. Vainement le temps se passe, la dépense s'accroît, son père s'irrite, son époux attend ; elle n'en fait qu'à sa tête. Madame peste et gronde contre son insolente petite-fille. « J'ai vu bien des femmes qui avaient la tête à l'envers, mais je n'en ai jamais trouvé de cette force ; le sang de la Montespan se montre en plein chez elle, mais ce n'est pas ma faute (ici la vieille blessure se rouvre), et je puis dire à mon fils comme dans la comédie : « Tu l'as voulu, Georges Dandin. » Enfin la nouvelle arrive à Paris qu'elle a pris la mer ; le 3 juin, elle débarque à Gênes. A Gênes, nouveau relard, mais le duc d'Orléans ne pouvait de bonne foi le reprocher à sa fille. Le ministre de Modène réclamait la dot de 2 millions qui n'était pas encore payée. L'affaire s'arrangea ; Dangeau ne nous dit pas de quelle façon et si le payement se fit en actions du Mississipi. La princesse quitta Gênes le 12, et le 20 juin elle

enfants, «elle redoubla d'humeur exprès et de conduite étrange en Italie

Elle en fît tant, qu^ le grand-duc consentit enfîn à sou retour en France, mais sous des conditions qui lui donnèrent plus de contrainte qu'elle n'en aurait eue à Florence en vivant bien avec son mari et sa belle- mère, et que le roi lui fît scrupuleusement observer toujours, parce qu'il était informé de sa conduite et très-content de toute celle que le grand-duc avait eue avec elle. » Elle fût confinée au couvent de Picpus, puis à Saint-Mandé, et ne parut guère qu'à Saint-Cloud sur la fin de la vie de Monsieur. Après la mort du roi, elle s'établit à Paris, place Royale, et y mourut dans une grande dévotion, en 1721. » {Saint' Simon, t. XI, p. 413.) -

1. Un roc qui s'élève près de Saint-Maximin (Var), et où sainte Madeleine, selon la légende du pays, fît pénitence durant trente ans.

LA Maison de France. 4S

aperçut enfin son époux, qui Télail allé recevoir à Reggio: elle était partie de Paris le 11 mars de la même année. C'était le 1:2 février que le roi avait dit au cocher du carrosse nuptial : « Touche, à Modène * ! »

1. Saint-Simony t. XI, ch. xix. — DangeaUy 1720. — Lettres de Madame^

du 6 octobre 1718 et du 16 juin 1720. Lisez la Notice, déjà citée, de Lemon-

^<^y> sur l'étrange ménage du duc et de la duchesse de Modène, sur les retours

<^l les séjours obstinés de la duchesse en France, sur ses querelles avec sa

"•ère et son frère. Son premier séjour en France se prolongea de 1734-4 1739;

elle n'en partit que chassée, pour ainsi dire, par le roi. Le cardinal de

'^'^"ry» désireux de sauver les apparences, lui ayant conseillé de faire

une visite d*adieu à sa famille, elle lui répondit par un refus hautain. Son

*"'*6 aiiière et opiniâtre se peint dans ce passage de sa lettre au cardinal :

''3i eu rhonneur de dire à Voire Éminence que si, après la façon indigne

/"li M. (Je Modène m'a vu traiter par ma famille, il apercevait que jusquVu

^''nier moment j'avais fait toutes les bassesses imaginables pour la revoir,

.p lui apprendrait que c'est à coups de bâton qu'il me fallait mener. »

^^■^-'^^ du 25>'n 1739.)

Page 1