Ibid., t. IV. p. 108, 247. — Dangeau, 4. msii
l'unit avec M"® de Main tenon, et celle-ci Ty aide de la meilleure grâce du monde ; il arrive même que dans son empressement à le servir, elle recommande à sa prière un homme insolvable, qui disparaît brusquement dès qu'il faut faire les premières avances. Si dépitée qu'elle soit de ce contre-temps, elle n'abandonne pas la partie ; elle confie les intérêts de son client aux bons soins de Colbert, et le pot-de-vin convoité se transforme en un revenu régulier sous la garantie du contrôleur général lui-même. Les fermiers généraux s'engagent à payeràd'Aubigné 18000 livres par an, pendant la durée de leur bail qui était de six ans, au total i08 000 livres.
Qui paye en réalité tous ces pots-de-vin? Toujours le contribuable, comme il payerait les folles enchères que les traitants mettent au bail des fermes, si le roi n'avait souci de modérer l'ardeur des concurrents. « Sa Majesté, écrit Dangeau, est persuadée que quand ces messieurs haussent le prix des fermes, ils trouvent toujours moyen de se récompenser aux dépens du peuple*. »
Qui ne s'aide des largesses ou du crédit des financiers ? Qui ne fait partie de leur clientèle? On y trouve le roi, TÉtat luimême. Le roi, l'État, sont leurs débiteurs, leurs obligés. Toujours à court d'argent, toujours, depuis que Colbert n'est plus, dévorant par anticipation les revenus publics, ils ne se soutiennent que .par les avances des financiers. Ceux-ci défrayent ainsi la maison du roi, payent les services publics, équipent les flottes, nourrissent et soldent les armées en campagne ; ils sont en quelque sorte chargés de faire les fonds de la magnificence et de la gloire dont s'enivre le grand roi. Aussi se montre-t-on plein de ménagements pour ces personnages si petits par la naissance, si grands par leur fortune et surtout parleur crédit, bien plus considérable que leur fortune. Ébranlés ou perdus par leurs folles dépenses ou la hardiesse de leurs spéculations, emprisonnés pour les profits scandaleux qu'ils tirent de leurs fermes, frappés de taxes énormes, ils trouvent dans le roi, dans le contrôleur général, compassion, intérêt, assistance. Le roi paye les dettes que la Touanne laisse
1. Correspondance de M"^ de Mainienon, 2 et 27 septembre 168i. — DangeaUy mars 1687.
49i LA FINANCE.
a sa mort Desmnrets vient au secours de Samuel Bernard dans son eiïroyabic banqueroute envers la ville de Lyon ; il lui donne li millions d'assignations excellentes. D*Argenson, garde des sceaux et président des finances, reçoit Bourvalais qui sort de la Bastille, et lui témoigne beaucoup d'amitié et de confiance *. Ce n'est pas leur misérable personne qu'on épargne et (|u on relève, c'est leur crédit qui soutient TÉtat.
A l'heure des revers redoublés et des besoins pressants, I()rs(|ue le contrôleur général ne sait plus de quel bois faire flèche, le plus orgueilleux des rois s'abaisse jusqu'à faire sa cour à un homme d'argent. Le G mai 1708, Marly fut témoin de c<'t étrange spectacle. Louis XIV descend, sur les cinq heures, visiter sesjardins et passe devant le pavillon deChamillart. Bergheyck, qui gouvernait en Flandre les finances du roi d'Espagne, et qui se trouvait avec Chamillart, se met à sa suite. Le roi s'arrête au pavillon de Desmarets, qui travaillait avec Samuel Bernard; il exprime au ministre sa satisfaction de le voir avec M. Bernard ; puis tout de suite dit à ce dernier : « Vous êtes bien homme à n'avoir jamais vu Marly, venez le voir il ma promenade, je vous rendrai après à Desmarets. » La promenade fut longue, toutes les beautés de Marly montrées en détail : le roi ne sentait pas la fatigue ; il ne parla qu'à Bernard et à Bergheyck, et autant à l'un qu'à l'autre, et il déploya ce jour-là toutes les grâces dont il savait si bien user quand il voulait ravir les gens. On était dans une année terrible, le Trésor était aux abois; toutes les bourses se fermaient devant Desmarets. Bernard non plus ne voulait pas ouvrir la sienne, mais il était dévoré de vanité; cette vanité sans bornes, le roi la grisa, l'affola si bien, que Bernard, rentrant chez Desmarets, lui déclara qu'il aimait mieux risquer sa ruine que de laisser dans l'embarras un prince qui venait de le combler.
La scène de Marly avait été arrangée entre le roi et le ministre ; mais pour sauver au moins les apparences, il avait été convenu qu'elle serait l'effet du hasard. Saint-Simon gémit sur celte prostitution de la majesté royale. Dangeau n'a pas eu le courage de l'enregistrer, et a préféré braver le risque