‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 253 sur 318 · Dangeau, o[ i^mcr il [S · texte numérisé non relu

Dangeau, o[ i^mcr il [S

d'être taxé d'inexactitude ; il mentionne la promenade, il nomme Bergheyck, il n'avoue pas l'autre compagnon, M. Bernard.

Telle était la communauté d'intérêts qui unissait l'Élat et les gens d'affaires, que, dans les temps de disette, l'opinion la transformait volontiers en honteux commerce, et que nonseulement l'imagination populaire, mais même au dire de Saint-Simon, les bonnes têtes les soupçonnaient de s'enrichir en commun par l'accaparement des blés et les hausses factices. Le grand roi ne se contentant plus de faire sa cour aux traitants, mais spéculant avec eux sur la faim de ses peuples ! Un soupçon aussi outrageant qu'invraisemblable ne pouvait naître que de l'exaltation des esprits et de l'intensité des souffrances. Un temps viendra où la même accusation ira frapper le trône sans plus être repoussée par le caractère magnanime du prince. La majesté royale, alors singulièrement humanisée, aura pour les gens d'affaires, plus d'une heure de complaisance. En ce temps-là M. tfouret fait richement relier deux manuscrits intitulés le Vrai bonheur, et destinés à enregistrer les visites des princes, des princesses et du roi. La première visite de Louis XV a justement lieu le jour même où l'on saisissait à Paris les meubles de son hôte, et malgré cette fâcheuse coïncidence, le vrai bonheur de M. Bouret se renouvelle plusieurs fois encore. Un de ses frères épouse une petite Poisson, cousine germaine de M""* de Pompadour; le roi s'invite à la noce et y emmène tous les ministres. Le roi, par M"' de Pompadour, devenait un peu l'allié de M. Bouret : ce n'était pas, s'il faut en croire d'Argenson, le seul lien qui l'unît à ce personnage. Louis XV était aussi vendeur de blés pour son propre compte, et les jours où il allait chasser à Croix-Fontaine, le seigneur du lieu se trouvait recevoir en même temps son roi et son associé *.

Les financiers avaient ce qui était si rare et si convoité dans une société oisive et fastueuse, de l'argent comptant. L'argent comptant, voilà ce qui faisait leur force et leur prestige, et, pour nous en tenir au point de vue particulier qui nous occupe, voilà ce que ne dédaignait pas le magistrat mondain ou même économe, et ce qui tentait violemment le noble

1. Saint-Simon, t. IV, p. 332. — Mémoires de ctArgenson, 13 et i7 août 1752. — M. de Silhouettey Bouret, par P. Clément et A. Lcmoiiio. Paris, Didier, 1872.

i04 LA FINANCE.

mangé de dettes. « Si le financier manque son coup^ les courtisans disent de lui : « C'est un bourgeois, un bomme de rien, » un malotru »; s'il réussit, ils lui demandent sa fille. ^ >Ladol était toujours donnée en espèces sonnantes, souvent accompagnée de magnifiques châteaux, de terres grasses et franches ; derrière la fille apparaissait un beau*père, bien mal né sans doute, mais d'autant plus flatté d'une grande alliance, d'humeur débonnaire et libérale, de mœurs faciles, fait tout exprès pour comprendre et payer les folies passées et futures de son gendre. D'autre part, le financier était moins attiré vers les gens de son espèce que ravi de pénétrer dans ces classes supérieures dont le seul commerce lui semblait délicieux.

il était surtout avide de ce qui lui faisait le plus défaut, de considération. Sa noblesse vénale (il l'acquérait d'ordinaire en achetant une charge de secrétaire du roi ), ses titres empruntés à des terres seigneuriales tombées à prix d'or entre ses mains, repaissaient imparfaitement sa vanité, et ne lui enlevaient pas la conscience du secret mépris qu'inspiraient son origine et sa profession. Quel triomphe pour son amour-propre de forcer, pour ainsi dire, ce mépris, de se donner pour gendre quelqu'un de ces petits-maîtres qui , l'heure du plaisir ou du besoin passée, lui faisaient sentir de mille impertinentes façons la distance qu'il y avait d'eux à lui! Sans doute le petit-maître était le plus souvent gueux et avide, mais le manant enivré ne croyait jamais payer trop cher le plaisir de mêler son sang à celui de quelque vieille famille de robe ou de quelque grande maison seigneuriale.

Ces mêmes alliances qui caressaient sa vanité servaient aussi ses intérêts. H courait une carrière semée de gros bénéfices et de redoutables écueils: les intendants avaient l'œil ouvert sur ses pratiques et sur celles de ses agents ; les contribuables, trop violemment foulés, manquaient de patience, criaient, se révoltaient ; les rapports, les plaintes et parfois aussi les besoins du Trésor provo(iuaient de terribles réparations; la chambre de justice, la Bostilie, les taxes énormes en perspective assombrissaient le ciel radieux du financier. Pour être en mesure de détourner ou du moins d'adoucir la tempête, il faisait bon lier

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