Tallemani, t. VI, Af"»" iie Launay
et d'un plus grand air que M. et M""* de Châtillon. » L'aînée lut mariée non sans peine à M. de Viilequier. Le duc d'Aumont, père de M. de Viilequier, s'opposa longtemps à ce mariage que les deux jeunes gens, également épris, s'étaient mis entête; il obtint même un arrêt du parlement pour le défendre, ou ie casser s'il était secrètement accompli. Les amoureux tinrait bon contre le Parlement, mirent de leur côté un saint évêque dont le crédit était grand à la cour, Godet de Chartres, frère de ]yime ^Q Piennes ; Godet plaida leur cause auprès de M""* de Maintenon, M""" de Maintenon auprès du roi ; enfin, après plusieurs années de patience et de lutte, après avoir fait agir les plus hautes influences du royaume, M. de Viilequier et M"' de Piennes eurent permission de se plaire et de s'épouser.
Ces deux filles de la veuve du financier Launay ne brillèrent pas seulement à la cour par leur beauté : Tune fut dame d'atour de Madame, l'autre devint duchesse après la mort de son beau-père ; toutes deux étaient de la compagnie intime de Monseigneur et de la princesse de Conti. Si Saint-Simon, qui leur donne place en ses Mémoires, avait connu les détails consignés dans les Historiettes, il n'eût pas manqué d'opposer à la grandeur et aux prétentions des filles la première obscurité de la mère, et le mélange de ses goùls mondains avec l'habitude des spéculations fructueuses *.
Vn compatriote de M. de Launay, mais parti de plus bas, dos derniers rangs de la foule, s'élève comme lui au faîte delà finance. Activité, ténacité, stricte économie, voilà les traits distinctifs du caractère et de la vie de Gilles Ruellan. Il commence par être charretier au service d'un marchand de toiles ; ce marchand ayant pris une sous-ferme de l'impôt sur les boissons pour une partie de Tévêché de Saint-Malo, il s'associe avec des camarades pour sous-affermer quelques hameaux à son maître ; il a l'œil à son affaire, il sait, à une pinte près, ce qui se boit de cidre ou de vin dans chaque village; le voilà
1. Sai7it'Simony t. 111, p. 332; t. XIII, p. 61. — Dangeau, 22 janvier 1688, et 17 décembre 1690.
bientôt riche de 300 écus ; il étend ses opérations, fait le trafic ïes armes pendant les troubles de la Fronde, arrondit son pécule, et de 300 écus le porte à 4000 : quelle fortune I II disait plus tard, en contant bonnement son histoire, que lorsqu'il se ^t ces 4000 écus, il croyait, tant il était aise, « que le roi ■l'était pas son cousin ».
Les gros messieurs de Paris, qui avaient affermé l'impôt sur les boissons, tinrent à s'associer ce fin matois qui savait, 4disait-on, par cœur la consommation des neuf évêchés de IBretagne. Surfaite ou non, sa réputation lui valut un cinquième dans raffaire ; en moins de quatre ans, il les désintéressa tous, garda toutes les parts pour lui seul vingtrquatre ans durant, et lorsqu'on essaya de lui enlever cette ferme en offraiit 600000 francs d'enchère, il paya l'enchère et la conserva.
A force de labeur et de persévérance, il était arrivé à la fortune : la fortune désormais vient au-devant de lui. II gagne de l'argent en faisant des affaires, et il en gagne encore en n'en faisant pas. Un jour le hasard Tamène à Tours, où se trouvait le roi ; des gens de Lyon y étaient venus pour obtenir la concession d'une affaire importante : ils flairent en lui un rival, et vont lui offrir 10000 écus pour prix de son abstention. Ruéllan saisit la balle au bond, entre aussitôt dans le rôle qu'on lui attribue, fait et dicte ses conditions, et ne lâche que contre 30000 écus son désistement d'une affaire à laquelle il n'avait jamais pensé.
Une fois riche, Gilles Ruellan devint Rocher-Portail, du nom de la première terre qu'il acheta ; il acquit encore la baronnie de Tiersan et la terre de Montaurin. Le nouveau baron n'en fut pas plus fier et ne perdit pas la mémoire de ce qu'il avait été ; il aimait au contraire à remonter assez haut dans son passé, par exemple jusqu'au jour où ayant, déjà grand, chaussé sa première paire de souliers, il ne savait comment marcher, faute d'habitude ; on lui reprochait même de n'avoir pas assez complètement dépouillé le passé, de descendre, dans sa correspondance avec sa femme, à des détails misérables, de l'entretenir d'un veau qu'il avait à vendre. Ce qui mettait les gens dans le secret de ces confidences intimes, c'est que M™* de Rocher-Portail était obligée de se faire lire par un tiers les lettres que lui adressait son mari ; il écrivait fort mal, ayant
Mi Là finance.
appris fort tard à écrire, et elle-même, ancienne femme de chambre et fille d'une fruitière i% Fougères, ne lisait peat-^ pas très-couramment
De ce sang parfaitement vil aux yeux des gens bienBéi sortit cependant une grande dame, assise à la oour, trônant sous le dais, parcourant la ville en chaise à housse, en on mot une duchesse : 500 000 livres de dot opérèrent ce miracle. La 1 1 tille du financier entra dans la maison de firissac, Pane des plus infatuées de son ancienneté. Saint-Simon, tout enadmi" rant Téclat qu'elle avait jeté, lui déniait cette ancienneté, et ne Tapercevait plus au delà de 1386. Certains Cessé de Brissao se cherchaient beaucoup plus haut, et se trouvaient ; ils saluaient dans Cocceius Nerva la tige de leur race. Le mari de Guyonne Ruellan, issu ou non d'un empereur romain, n'était, selon Tallemant, qu'une a grosse hôte », et i^a femme fit de lui tout ce qu'elle voulut : c'est elle qui méritait d'être titrée et qui semblait l'être : on l'appelait le duc Guyon.
L'orgueil extraordinaire des filles nées de ce mariage parett encore plus plaisant à qui sait leur origine maternelle. (Test à l'une d'elles, la maréchale de la Meilleraye, qu'échappa certain mot qui fut trouvé bien fort, même par des gens entichés delà qualité. On faisait devant elle quelques pieuses réflexions surla mort subite d'un frère du prince Eugène, le chevalier de Savoie, célèbre par le nombre de ses bénéfices et l'excès de ses débau* ches. « Elle écouta quelque temps, puis avec un air de conviction et d'assurance : Pour moi, dit-elle, je suis persuadée qu'à un homme de cette naissance-là. Dieu y regarde à deux fois à le damner, i^ La fanatique admiration qu'elle ressentait pour ses ancêtres donna un jour une scène divertissante à la folâtre sœur de Saint-Simon, qui était devenue sa nièce par alliance.
Elle promenait souvent M™« de Brissaç dans une galerie où les trois maréchaux étaient peints avec le célèbre comte de firissac, ûls aine du premier des trois, et d'autres ancêtres de parure que la généalogie aurait peine à montrer. La maréchale admirait ces grands hommes, les saluait et leur faisait faire des révérences par sa nièce. Elle, qui était jeune et plaisante, avec de l'esprit, se voulut divertir au milieu de Tennui qu'elle éprouvait à Brissac, et tout à coup se mit à dire à la maréchale : c Ma tante, mais voyez-vous cette bonne tôte 1 II a l'air de
008 anciens princes; d'Italie, et je pense que si vous cherchiez bien, il se trouverait qu'il Ta été. — Mais que vous avez d'esprit et de goût, ma pièce ! s'écria la maréchale ; je pense en vérité que vous avez raison. 1 Elle regarde ce vieux portrait, l'examine ou en fait le sem> felaBt, et tout aussitôt déclare ce bonhomme un ancien prince d'Italie, et se hâte d'aller apprendre cette découverte à son nevou, qui n'en fit que rire. Peu de jours après elle trouva ini)til6 d'être descendus d'un 9PCÎeii prince d'Italie, si rien n'en rappelait le souvenir. Elle imagine le bonnet des princes d'Allemagne avec quelque petite différence dérobée par la couronne qui l'enveloppe, envoie chercher furtivement an peintre à Angers, et lui fait mettre ce bonnet aux armes de leurs €{urrosses. M. et H"*® de Brissac l'apprirent bientôt : ils en rirent de tout leur cœur; mais le bonnet est demeuré, et s'est appelé longtemps l^armi eux le bonnet de ma tante.
Quelques bonnes promenades parmi ses ancêtres maternels auraient peutrétre dégrisé la gloriole de M"**' de la Meilleraye, et e*était yraiment dommage que dans la vaste galerie des Brissao une. petite place n'eût pas été réservée aux Ruellan. Jm joviale et pacifique figure de Tancien voiturjer de Saiqt-Malo aurait reposé les yeux de tant de fiers et mâles visages, et le bonnet de la firuitière bretonne, à défaut d'autre mérite, aurait été plus autlûmtique que celui des princes d'Italie.
Cette superbe fille des Brissac n'en avait pas moins épousé le pètit^fils d'un simple avocat ; il Tant dire que le maréchal de la Meilleraye était cousin du cardinal de Richelieu, qui fit et voulut es mariage. Elle s'excusait volontiers d'être descendue jusqu'à lui, et par un raffinement de vanité faisait asseoir ses sœurs audeasufl d'elle pour glorifier sa race aux dépens de son époux. Il ne semble pas qu'elle l'ait autrement châtié de ses humbles origines ; sa beauté, son vif et piquant esprit lui attirèrent cependant de redoutables hommages, et de l'aveu de l'un de ses adorateurs, faillirent bouleverser la France et le monde. Richelieu et Retz lui firent en même temps une cour pressante, et Retz déclare que la crainte de perdre la partie contribua à fiiire naître dans son cœur le dessein d'assassiner le cardinal. C'était concevoir de trop vives alarmes pour la vertu de la maréchale ; Richelieu, qui n'était pédant en rien, l'était, dit son rival, tout à fait en galanterie : son âge, sa santé ruinée rendaient ses avances encore plus ridicules ; de plus, AH* de la Meilleraye haïssait en lui l'auteur de sa mésalliance, enfin elle
était pieuse, et son mari, encore plus jaloux qu*ambitiettx, était homme à manquer de patience : la crainte de Dieu et de M. de la Meilleraye retint son humeur coquette et badine, et la défendit contre la toute-puissance du cardinal aussi bien que contre l'éloquence passionnée de Retz.
Tout en demeurant fidèle à son époux, tout en croyant on en disant laimer, l'idée de le perdre n'altérait pas sa belle humeur. Un jour, aux eaux de Bourbon, une de ses femmes de chambre lui essaye malicieusement le bandeau d'une veuve, qui était là, et s'écrie en riant : € Madame, que cela vous siérait bien ! » «: Que tu es folle I > répondit-elle, et elle riait aussi comme la femme de chambre. Le temps vint où elle put ceindre pour tout de bon le bandeau tentateur, mais elle ne ut pas longtemps sans enchaîner sa liberté. Saint-Ruth, un ancien page de son mari, toucha son cœur, s'il ne l'avait déjà touché avant le veuvage. Le maréchal était petit et laid, le page, grand, fort, bien fait, laid aussi, du moins quand Saint-Simon le connut; peut-être ne l'avait-il pas toujours été ^ Mais il avait toujours été un très-simple gentilhomme, grave défaut aux yeux de M"' de la Meilleraye. Un mariage secret mit d'aceord son amour et son orgueil, et elle continua de goûter les honneurs attachés à son rang. Ce second époux librement choisi lui réservait un terrible désenchantement ; il la battit, tout firissac qu'elle était. ^ Toutes les fois qu'elle lui échauffait les oreilles, il jouait du bâton et la rouait de coups. » 11 avait beau jeu, car elle n'osait se plaindre. Se plaindre en effet, c'était révéler son mariage, son abaissement, pâtir dans sa fierté. A la fin cependant elle préféra ce supplice à l'autre, et invoqua le grand justicier en ce genre de conflits.
Elle demanda une audience du roi, lui avoua sa faiblesse et sa honte, lui conta sa déconvenue, et implora sa protection. Le roi avec bonté lui promit d'y mettre ordre : il lava la tête à Saint-Ruth dans son cabinet, et lui défendit de maltraiter la maréchale. Gela fut plus
i. 11 l'était déjà en 1671, comme Tatteste cette exclamation de M"' de Sévigné : « Quel homme, bon Dieu! et que le désagrément de sa physionomie donne de grandes idées de ses autres mérites. » (Lettre du 1* mai.) Le maréchal était mort en 1664.
fort que lui : nouvelles plaintes de la maréchale. Le roi se fâcha tout de bon et menaça Sairit-Ruth. Gela le contint quelque temps, mais l'habitude du bâton était si forte en lui qu'elle prévalut encore.
Le roi, le voyant incorrigible, usa d'un autre moyen. Ce mari brutal était un excellent officier ; le roi mit ses talents à profit, lui donna des commandements éloignés, le promena de frontière en frontière, l'envoya même en Irlande où il fut emporté par un boulet de canon, et la maréchale de la Meilleraye non-seulement cessa d'être battue, mais n'eut plus peur de jamais l'être.
Ce contraste entre la hauteur de l'âme et la tendresse du cœur se retrouve chez une sœur de la maréchale de la Meilleraye. Anne Ursule de Cessé Brissac voulait être aussi princesse romaine, prétendait au tabouret : marquise de la Porte Yezins en secondes noces, on la vit au bal, à Angers, s'asseoir sur le dos de son fauteuil pour dominer les femmes de qualité, se faire apporter tapis et carreau comme aurait pu faire la reine de France. Cette glorieuse, trois fois mariée, n'en fit pas moins la désolation des Brissac par la bassesse de deux de ses alliances. La troisième avec un voisin de campagne, possesseur d'une méchante petite terre en Poitou, la brouilla avec toute sa parenté, et l'enfant unique né de ce mariage, cette M"' de la Chausseraye que les Mémoires nous dépeignent comme une autre Soubise, n'eut pas trop de sa beauté, de son esprit, de son génie insinuant et souple pour relever sa fortune. Mais le cœur d'Ursule de Brissac avait autrement dérogé la première fois qu'il se mit à battre : il s'était laissé prendre par un financier, un gros homme, qui n'était plus jeune, et que pourchassaient ses créanciers : elle brûla pour lui d'une passion folle et l'épousa en cachette : à sa mort, elle eut le courage de porter son deuil, et comme le maréchal de la Meilleraye voulait s'y opposer, elle lui répondit que (c si on recherchait de quelle souche il descendait lui-même, on ne trouverait pas que sa sœur eût épousé un homme de meilleure maison que M. Sabattier (c'était le nom du défunt) ^ »
1. Tallemant, t. I, Rocher Portail; t. II, Le marescfuil de la Meilleraye eC Uê sœurs de la Marescfuile. — Mémoires du cardinal de Ret*t 1'* partie, ch. ii. — Samt^Simon, t. I, p. 48; i V, p. 193.
La flaïiniîTe, qui do son nom était Macé Bertrand, était fils d'un paysan d'Anjou, il arrive h Paris, entre comme laquais chez un président ; de laquais il passe clerc chez un procureur; le clerc se met dans les aBaires, y fait son chemin, et finit pst devenir trésorier général. Sot, rustre, avare, mais passé matlre en son métier, il laisse en mourant quatre millions. Ses ills étaient tous deux Toi-t bien Taits. Le cadet, très-dépensier, achetait des chevaux, des chiens aux grands seigneurs, et les revendiiil ensuite fi vil prii ; il devait de l'argent au marquis de Piennes, et au lieu de le payer, se moquait de lui : c'était le monde renversé. Un jour son créancier le menaça des étrivières ; il se jeta sur lui pour l'étrangler. Saisi par les gens de M. de Piennes, et entendant répéter l'insolente menace, qu'on ne mil pas d'ailleurs à exécution , il fut tellement bouleversé par celte scÈne qu'il en mourut dans les trots jours.
Son atné avait le .sang moins bouillant : brave en paroles, ses fanfaronnades se tournaient vile en lâchetés. Envoyé comme commis de l'épargne à Amiens, tandis que les Français asaii*'geaient Arras(16i0),il est pris de la fièvre des combats, se commande un équipement militaire, sollicite et obtient l'honneur d'accompagner un convoi dans les lignes; il n'était pas encoreà mi-chemin que, frappé d'une ten-eur subite et fiiyarit un ennemi imaginaire, il tourne bride, passe sur le corps de toute l'escorte, galope jusqu'à Amiens, et va se cacher dans un grenier à foin; il dit ensuite que son cheval avait pris le mors aux dents. On ne manqna pas de chansonner le cheval fougueux et le cavalier novice : le cardinal de Richelieu, mis en belle bumeur par cette aventure, donna le coup de grâce au héros de la (inaiice en composant de plaisantes lettres de réhabilitation :
A tous ceux, i!lc. — Avons déclaré et déclarons le cheval du aieiit Je la Baziiiière atteint el convaincu du crime de fart en bouchê, etc.; el, quant audit sieur de la Bazinière, nous le remettons et realnblissons en sa pristine famé et renommée, el luj permettons d'aspirer aux charges et dig'nilen auxquelles la grandeur de son courage «I u naissance le peuvent faire prétendre. Fait à Amiens, etc.
On en riait encore l'hiver suivant : à la fin, la Bazinière s'impatienta, guetta Tun des rieurs, le fit attaquer par quatre hommes des bureaux de son père; et lui, tranquillement, les bras croisés, regarda faire les employés de finance. Les voisins^ dont Tallemant, vinrent en aide à la victime de ce guetrapens qui peu après rattrapa le brave commis de l'épargne à là. foire de Saiût^ermain, et lui donna sur les oreilles. Évidemment le jeune la Bazinière n'était pas né soldat : il fit tnieux de sui*vre la voie pacifique que son père lui avait ouverte ; il y trouva le genre de gloire qui lui convenait, et n'en épousa pas moins une demoiselle, laissant aux gens d'épée les filles de la finance.
Une des filles d'Anne d'Autrichei la spirituelle et jolie M"* de Barbesière^hémerault, n'avait pas un sou vaillant : on l'appelait la Belle Gueuse ; elle traînait tous les cœurs après elle ; on l'adorait^ on ne l'époUsâit pâSé Exilée en province pour avoir servi trop fidèlement l'Un de ses adorateurs^ Cinq-Mars^ elle fit représenter à la reifie, après la mort du cardinal, qu'elle n'avait de fortune que sa beauté, et de chances de se marier qu'à Paris. La reine lui permit de reveniri mais Se souvenant qu'elle avait été pendant un temps l'espionne du cardinal ^, elle lui interdit le Louvre : la ville lui donna ce qu'elle ne pouvait plus aller chercher à la cour» « Benserade la fût voir : elle lui conta sa misère; il lui dit en riant : « Il faut que je vous » amène un épouseur» » Quelques jours après il y menA. Bazinière. A quelque temps de là, là belle lui dit : « Vous avez » peut-être dit plus vrai que vous ne pensez ; je pense que » Bazinière m'épousera* n L'événement, peu après, lui donna raison.
La Bazinière voulait^ en l'épousant, non-seulement posséder une jolie femme, mais avoir son entrée à la cour ; il souhaita qu'elle fit d'abord sa paix avec la reine. Elle» qui ne demandait pas niieUx^ mit toute sa parenté en campagne, et la reine, habilement circonvenue, lui permit, sinon de lui &ire la révé-
1. « Un recueil de lettres des plus curieuses trouvées chez le cardinal après sa mort et publiées dans les pièces justificatives de VHUtoire du cardinal dB RichBliBU, par Lecletc, t. V, atteste le triple jeu que tenait la perflde Ghemerault près de la reine, de M"** de Hautefbft et du cardinal. ■ (Tallemant des Réaux, t. IX, p. 436. Suppltoient auit C9mm»nUnré».)
rence, au moins de se trouver à son cercle. Tandis que les Barbezière-Chemerault donnaient les mains à cette mésalliance, qui est-ce qui regimba, protesta contre le mariage, et le mariage accompli, bouda les épouK? la mère du financier. Née Vertaraont, elle était économe comme ceux de sa race, et ne prisait pas les belles gueuses, mais elle avait affaire à fine partie : Tadroite bru parut si affligée, si désespérée de la froideur de sa belle-mère, que celle-ci en fut touchée et désarma. La Bazinière, enflé de son mariage, se crut aussi noble que sa femme, fît mettre des couronnes à son carrosse ; mais le souvenir de la livrée jadis portée par son père durait encore. Quelqu'un parlant de la multitude des manteaux de duc qu'on voyait, dit devant Mademoiselle : « Je ne désespère pas que Bazinière n'en mette un. — Non, dit-elle, il ne mettra qu'une mandille (le manteau court des laquais). Un autre jour, M. de Brissac, l'un des patrons de Manon Delorme, le rencontre en carrosse avec sa volage maîtresse, et demande un bâton pour lui faire quitter la place : c'était un fils de Guyonne Ruellan qui montrait cet écrasant mépris pour les gens de finance. Le vengeur de l'insulte fut non l'insulté, mais l'un de ses beauxfrères (il faisait bon être noblement apparenté) : le chevalier de Chemerault provoqua Brissac, mais on accommoda l'affaire. Dix-huit mois après son mariage. M""' de la Bazinière coquetait avec d'Émery, le surintendant des finances, mais c'était à bonne intention : elle voulait à toute force obtenir la permission de faire sa révérence à la reine, ce qui devait combler les désirs de son mari; elle l'obtint; le mari ne se sentait plus de joie ; il célébrait son puissant protecteur, et cela à table chez d'Émery lui-même : la compagnie rougissait pour lui. Mais les dégoûts d'une société qui n'était rien moins que prude passèrent vite : la Bazinière fut un des gros personnages de l'époque S admis partout, même au jeu de la reine , et partout prenant ses aises ; à la charge lucrative de trésorier de l'épargne, il ajouta la charge honorifique de prévôt grand maître des cérémonies de l'ordre du Saint-Esprit. L'argent couvre tant de
1. En 1658, la reine de Suède assiste à un bal et à un souper magnifique que M"" de la Bazinière donne dans son hôtel du quai Malaquais, résidence princière construite sur les plans de Mansart, et qui sera plus tard acquise par les Bouillon. (Mériwires de Mademoiselle^ 2» partie ch. xxx.)
choses! A l'argent, la Bazinière joignait par surcroît une humeur obligeante, libérale et point friponne, dont on se souvint, même après sa chute, comme en témoigne Taimable portrait qu'a tracé de lui Saint-Simon, en complétant sans doute ses souvenirs d'enfant parle jugement et les impressions de son père :
La Bazinière tomba en déroute, en recherches (en 1661, lors de Varrestation de Fouquet), fut mis à la Bastille, privé de ses charges et du cordon bleu qui ne lui fut point rendu. C'était un riche, délicieux et fastueux financier, qui jouait gros jeu, qui était souvent de celui de la reine, et qui la quittait familièrement à moitié partie, et la faisait attendre, pour achever, qu'il eût fait sa collation, qu'il faisait apporter dans l'antichambre et dont il régalait les dames. Il était si bon homme et si obligeant, qu'on lui passait toutes ces impertinences; fort galant, libéral, magnifique, homme de grande chère, et si aimé que tout le monde s'intéressa pour lui. Il parut constant qu'il n'y avait nulle friponnerie en son fait, mais un grand désordre, faute de travail et d'avoir su régler sa dépense. Il sortit enfin d'affaires ; et quoique dépouillé et réduit au petit pied, il fut le reste de sa vie, qui fut encore longue, bien reçu partout et accueilli de la meilleure compagnie. Je l'ai vu chez mon père, avec un joli équipage, et, tout vieux qu'il était, l'homme le plus propre et le plus recherché ^
La Bazinière n'eut que deux filles : Tune fut cette présidente de Mesmes (mère du premier président) si goûtée de M"*** de Séyigné pour sa façon enthousiaste de célébrer l'hospitalité qu'on recevait en Provence, les beaux noms, les beaux titres, la politesse des Grignan et les charmes de Pauline; elle avait apporté à son mari 800000 livres de dot. Sa cadette, bien que mariée après la disgrâce de son père, n'en épousa pas moins le comte de Nancré. M™' de Sévigné marque d'un trait rapide l'humeur de ces deux sœurs, en nous montrant l'une à l'aurore de sa vie, l'autre au terme de la sienne. « Jeune nymphe de quinze ans, façonnièreet coquette en perfection », dit-elle de la cadette au moment où sur la foi d'un bruit erroné elle la marie à l'abbé d'Effiat. L'aînée, foudroyée par la mort loin des siens, dans un séjour à la campagne, jette de désespoir un cri d'une énergique crudité, et expire en gardant une attitude farouche \