‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 259 sur 318 · Sévigné, 28 octobre 1671 et 8 octobre · texte numérisé non relu

Sévigné, 28 octobre 1671 et 8 octobre

m l'A FIMAHCI.

Les deux scrui-s de la baziniëre tiennent une plus large {ilace dans les Historiettea do Tallemant que ses tilles dans les Lettres de M"" de SévigDt-. L'aînée, comme les filles des grandw maisons, fui accordée lout enrant à M. du Plessis-Chivray, pai'ent de RJchisliou el frère de la première maréchale de Graniont. L'auteur du teslament haulain que nous avons cité était, ce semble, de meilleure composlUan, lorsqu'il ne s'agissait plus de son nom, mais seulement de sa parenté. Le cardinal mort, la mère de M'" de la Ttazinière, qui préférait sans vergogne beaucoup d'écus ù beaucoup d'ancèlres, désintéressa le cavalier moyennant un don de tiOOOO livres, el donna sa Hlle il une riche famille de robe : elle ta maria à l'intendant Baulru, lils d'un conseiller au Grand conseil.

L'intérêt brouilla bientôt les deux familles que l'intérêt avait rapprochées ; la vanité se mit aussi de la partie, et le piquaul, c'est que les dédains vinrent du celé de la linance : la jeune M"" de Baulru se laissa facilement persuader par sa noble beliesœur, née Barbezière-Chémerault, qu'elle était indignement mariée, que sa cadette épouserait un duc et pair, aurai! tabouret à la cour ; elle mit aussi des couronnes à ses armes, eut un écuyer ceint d'une épée, traita de haut son mari, qui était d'ailleurs un sot personnage, mais elle méprisait en lui moins sa sottise que sa profession, dont elle disait qu'elle consistait à faire pendre les gens. Sa belle-mère se vengea en femme d'esprit,

Elle s'avisa ud jaur de canvier à disner tous les parenU de feu M. de la Baziiûère, dont I03 plas happez estoient des nolaires de village ou des fermiers ; et, k prenant par la maîj), ellu les luy iît tous saluer en luy disant de quel degré chacun d'eux estoit parent de feu son père ; puis ta fit disner avec eux.

Tandis que la belle-mère la retrempait malignement dans ses origines paternelles, le beau-père, fiautru, la raortiliail par sa bonhomie cruellement facétieuse. Appelé un jour en toute hâte pour mettre le holà entre les deux époux qui se battaient, il se contenta de les regarder faire en disant : a Que l'honune ne sépai-e pas ce que Dieu a joint. « La pauvre jaune femme rêvait le veuvage comme une délivrance; elle nourrissait Je ferme espoir d'enterrer son mari : ce fut elle que la mort emporta la première, à l'âge de vingt-deux ans.

Cette cadette qu'on disait promise à de grands partis, et qui était en effet recherchée, quoique encore enfant, par un frère de M"* de Hautefort, favorite de la reine^mère, et par le comte de Toulongeon, de la maison de Gramont, fut enlevée par le frère atné de sa belle^sœur : les Barbezière semblaient vouloir faire leur proie des la Bazinière.

Le goût des riches mésalliances était chez eux: un goût de famille. Un frère cadet, Ghemerault, le même qui avait provoqué le duc de Brissac, devait renoncer à Tordre de Malte pour épouser la fille du partisan Tabouret avec 600 000 livres de dot et autant d'espérances ; mais celui-là du moins se maria dans les formes. Les formes n'embarrassaient guère son atné. Bien fait de sa personne, cet atné avait de Tesprit, Tusage de la cour, beaucoup de hardiesse et d'artifices, et peu de scrupules sur les moyens de pousser sa fortune ou de satisfaire ses passiotis; il s'était déjà fort compromis en séduisant effrontément M*^ de la Chastre, attachée à M*"* de Longueville. Le prince de Conti^ patron et confident de Barbezière, avait essayé de prendre les choses en riant^ mais sa sœur avait exigé qu'il chassât son favori; Barbezière aurait pu désarmer la colère de M"^ de Longueville en épousant celle qu'il avait déshonorée^ mais au seul mot de mariage il avait pris la fuite.

Ce mot ne lui fit pas autant de peur lorsqu'il s'agit de AP* de la Bazinière qui devait être aussi riche qu'elle était jolie} mais comme il n'avait que la cape et l'épée, il eut peur des concurrents, et il -les prévint, en enlevant cette héritière, qui n'avait pas àonte ans I La belle-mère, pensait-il, ayant la main forcée, donnerait vaille que vaille son consentement : la belle-mère^ contrairement à son attente, entra en fureur et demanda justice au Parlement. Le ravisseur, qui avait un vaisseau tout prêt, se sauva en Hollande avec sa capture, et se mit sous la protection du prince souverain de Waldeck ; il se jeta ensuite dans le parti du prince de Condé. Quant à sa femme, elle mourut bientôt à Stenay de la petite vérole : les misères de sa vie d'aventures n'avaient pas étouffé en elle cette gloriole, qui était le trait de sa race : « Il faut, disait-elle, que j'aime bien M. de Barbezière, de l'avoir ainsi préféré à tant de bons partis. »

Barbezière osa, peu après, se montrer à Paris; la fureur

de M"* de la Baziniëre, encore exaltée par la mort de sa fiUe, qu'elle regardait comme une suite de renlèvement, saisit o^ occasion de s'assouvir et le fit arrêter. Cette fois la situation était grave et ce n'était plus la mort en effigie qui menaçait Barbezière. Cédant aux instances des parents, le prince de Conti envoya coup sur coup deux messagers à Mazarin pour l'attendrir en faveur du coupable. Le cardinal invoqua les lois du royaume, la volonté d'Anne d'Autriche, et fut inflexible.

Barbezière semblait perdu, lorsque l'aumônier du prince, le jeune abbé de Cosnac, ému d'une généreuse pitié pour un homme qui ne lui avait cependant rendu que de mauvais ofKces, se tit envoyer, lui troisième, vers le cardinal. Accueilli par un aigre refus, il hasarda, sans l'aveu de son maître, un suprême argument d'une finesse hardie : il représenta le prince de Conti comme tellement offensé de voir conduire à Téchafaud un homme qui lui avait appartenu, qu'il était résolu de s'en aller avec tout ce qu'il avait d'amis forcer les prisons, délivrer le prisonnier ou mourir. Le cardinal essaya tour à tour de raisonner et de se mettre en colère, mais Cosnac avait frappé juste en mettant sa prudence en émoi : « Surtout pas de moulinets », avait dît le prince à l'abbé en l'envoyant vers Mazarin; c'est ainsi qu'il appelait les emportements de son aumônier ; les moulinets n'en allèrent pas moins leur train, firent fléchir l'autorité des lois et la volonté de la reine, et arrachèrent à la hache du bourreau la tête de Barbezière. Le bourreau ne perdit rien pour attendre. Barbezière toujours violemment attiré vers la finance, enleva en 1657, près de Bagnolet, non plus la fille d'un financier, mais un financier en personne, le partisan Girardin; il était à court d'argent, et comptait tirer bonne rançon de son prisonnier. L'affaire tourna mal ; les bourgeois de Paris, en voyant les alentours de la ville aussi mal protégés, furent saisis de peur et de colère; le Parlement s'indigna du cynisme d'un homme d'épée :

Et Nosseigneurs les Magistrats, Grands ennemis des Fierabras, Ne prometcnt pas poires moles A ces afamez de pistoles *...

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