Loret, Muse historique^ 26 mai
Barbezière eut cette fois le col tranché pour tout de bon, et ne fit plus parler de lui ^
Les femmes des financiers, quand leurs maris meurent en temps utile, ne sont pas moins recherchées que leurs filles. La veuve de Pierre de Portes, trésorier et receveur général du Dauphiné, vient à Paris pour y suivre quelques affaires que lui avait léguées son mari. Un secrétaire du maréchal de THôpital l'aide du crédit de son maître, avec l'intention de l'épouser pour le bien qu'elle avait. M°** de Portes croit devoir faire une visite de remercîments au maréchal : « elle avait de la beauté, de l'esprit, du manège et des écus ; » il n'en fallait pas tant pour émouvoir le cœur dépiorablement tendre du maréchal; il en devient amoureux et l'épouse, au détriment de son secrétaire (1653).
Elle a désormais un nom, un rang ; elle reçoit chez elle la cour, Mademoiselle, le roi lui-même: le jeune roi danse et soupe chez la maréchale avec l'aimable abandon de la vingtième année ; peu après il demande à Mademoiselle de donner une fête, et prié de désigner lui-même les personnes qu'il lui plairait de voir inviter, il n'oublie pas M"* de l'Hôpital « qui avait donné une assemblée et qui en devait donner une autre a. L'objet de cet insigne honneur était de son nom Françoise Mignot. Était-elle fille du cuisinier immortalisé par Boileau, se demande dédaigneusement Saint-Simon, qui se rappelle à point ses auteurs ' ? Elle n'avait pas même ce genre d'illustration. La maréchale de l'Hôpital était une simple lingère de Grenoble, que le trésorier de Portes avait épousée par amour. 11 est curieux de voir le portrait de cette humble plébéienne tracé par la fière Mademoiselle :
M'"*' la maréchale de THôpital a un beau visage, mais elle est si grosse que cela la rend assez ridicule de la voir danser. Elle danse
1. Taliemant, t. IV, Ba%inière, ses deux fiU et ses deux filles. —Mémoires de Daniel de Cosnac, t. I, p. 13 et 165.