‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 266 sur 318 · Saint-Simon, t. III, p. 170 etsuiv · texte numérisé non relu

Saint-Simon, t. III, p. 170 etsuiv

53i LA FINANCE.

vait en Lorraine lors du mariage de son fils. Il s'éteignit subi* tement en 17 19, à Montjeu, chez sa belle-tille ; le manoir bâti et embelli par des mattres bourgeois reçut le dernier soupir de ce triste descendant d'une maison souveraine ^

Le comte d'Harcourt, son fils, recouvra sans doute les bonnes grâces du duc de Lorraine, car celui-ci Fautorisa à relever en sa faveur Tillustrenom de Guise, en lui faisant don d'une terre en Lorraine à laquelle il attacha ce nom : ainsi devint princesse de Guise une fille issue en ligne directe d'une boutique de la rue Saint-Denis. Quel chemin parcouru en quelques générations par la seule puissance de l'argent, et cela dans le vieux monde tout hérissé d'orgueilleux préjugés !

M. et M"' de Guise ne furent pas seulement célèbres par le désordre de leurs mœurs : les contemporains les ont marqués d'une noie encore plus infamante. Leur luxe s'entretient de fraude et de rapine, et les cris de leurs dupes viennent les assaillir au milieu djB leurs bombances. Voltaire lui-même se laisse prendre dans leurs filets, mais il n'est pas de ceux qu'on tond impunément, et ses démarches^ ses sommations, ses sarcasmes, leur arrachent les quartiers de rente viagère qu'ils sont tenus de lui servir. Le président Hénault, toujours si courtois, môme dans la satire, appelle crûment leur maison une caverne de voleurs. Ce comte d'Harcourt, fait prince de Guise, semblait renier ces grands noms pour retourner aux mœurs et aux origines de sa mère, et associait sans vergogne le croquant au grand seigneur.

Il n'eut que deux lilles qui furent toutes deux de fort grandes dames. L'aînée devint princesse de Bouillon par son mariage avec le duc d'Albret (1725). Quel est ce duc d'Albret? Le fils de celui que nous avons vu épouser successivement une la Trémoille et une Louvois?,Point; c'est encore, c'est toujours le même personnage : nous devions le retrouver jusqu'au terme de notre étude, infatigable et heureux poursuivant des grandes héritières. Il avait même eu le temps, depuis que nous l'avons laissé, de faire un troisième mariage et de perdre sa femme, M"* de Gordes ; il était veuf depuis trois ans : c'était la plus longue halte qu'il eut faite dans la carrière matrimoniale. Le

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