‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 267 sur 318 · Saint-Simon, t. Il, p. 413; t. Xï, p · texte numérisé non relu

Saint-Simon, t. Il, p. 413; t. Xï, p

jour de ses nouvelles noces, il fut pris d'un violent accès de goutte : on le portait à quatre tandis qu'il s'écriait : c Ou qu'on me fasse mourir, ou qu'on me laisse marier. » Sa femme avait dix-huit ans, une beauté éclatante et toutes les grâces de l'esprit.

La cadette de M""* de Bouillon, peut ou point dotée, eut tabouret à la cour, et ce fut de la main de Voltaire qu'elle reçut son mari, sans doute avant les démêlés financiers du poète avec le nouveau Guise. Voltaire, dans son activité universelle, s'occupe aussi de faire des mariages, et il mène ce genre d'affaires avec la même verve qu'une intrigue de comédie. Il engage et pousse les négociations, a la main dans la rédaction du con* trat, et par une abstention piquante, il ne se dérobe que devant Tépithalame; il est vrai qu'il remplace Tépithalame par une épttre spirituellement et galamment effrontée qu'il adresse à la future épouse pour l'engager à chasser les scrupules moroses, et à chercher dans le mariage un bonheur plus vif et plus varié que celui du devoir accompli. L'époux qu'il donnait à M"® de Guise était le duc de Richelieu : c'était un choix hardi, mais Voltaire ne semble se souvenir des mœurs du volage que pour en tirer un nouveau motif poétique, et peindre tous les maris qu'a trompés Richelieu également ravis des attraits de la nouvelle duchesse, et impatients de la mettre à demi dans leur vengeance.

Ce mariage, à peine accompli, provoquait un drame sanglant qui consterna son auteur. Il avait déplu à la maison de Lorraine. Ce qui la choquait dans le mari de M"® de Guise, c'étaient non ses vices, mais son origine, ces modestes Vignerot, que n'avait pas fait oublier l'adoption du cardinal. Les fils de M. de Marsan, le prince de Lixin et le prince de Pons, avaient refusé de signer au contrat. M. de Lixin et M. de Richelieu se retrouvèrent au siège de Philippsbourg; le prince fit une allusion insultante aux Vignerot, mal décrassés par leur alliance avec les Guise ; l'insulte fut relevée sur-le-champ ; les deux cousins se battirent la même nuit dans la tranchée, et le prince de Lixin paya de sa vie son insolente hauteur.

De son union avec M^^® de Guise M. de Richelieu eut un fils, le duc de Fronsac. On raconte que madame de Pompadour, ayant osé lui proposer de marier le duc de Fronsac avec la fille qu'elle

avait eue de son mari, Lenonnandd'Estioles, il hd iépoiidita?ec une grâce superbe qu'elle lui faisait assurément beaucoup dlnmneur, mais que son fils ayant celui d'appart^iir par sa mère à la maison de Lorraine, il lui demandait la permission, pour U forme seulement, d'en écrire à Timpératrice-reine. Ce jour-là M. de Richelieu écrasait les parvenus de la finance du nom de la maison qui naguère lui jetait dédaigneusement à la face ses trop modestes ancêtres ; M"^ de Pompadour comprit et se tut. Qui se souvenait encore des Castille et des Gamier, ces lointains ancêtres maternels du jeune de Fronsac ^ ?

1. Saint-Simon^ t. XI, p. 299. — Mémoires de Hénault, ch. x. — Mathieu Marain, mars 1725. ~ Correspondance de Voltairey 1734.

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