CHAPITRE m
I. Mariage du maréchal de Lorges ayee la fille du financier Frémont. — Les Saint-Hérem deux fois alliés à la finance. — Les Grignan prédestinés par leur faste à une alliance de ce genre. — Éloquentes et vaines remontrances de M"" de Sévigné. — Le marquis de Grignan épouse M"' de Saint-Amant.
— Vanité inquiète des siens. — Impertinente saillie de M"* de Grignan. — Vengeance de Saint-Amant. — Mort prématurée du marquis de Grignan. — Noble caractère et sainte vie de sa veuve. — Mariage clandestin de M°« de Goligny, fille de Bussy-Rabutin, avec M. de la Rivière. — Basse origine de M. de la Rivière. — Fureur de Bussy. — Il plaide en vain la nullité du mariage. — Sentiments contradictoires de M"® de Sévigné.
II. Manèges frauduleux de Boisfranc, surintendant de Monsieur. — Sa fille épouse le marquis de Gesvres. — Sottise et faste du marquis de Gesvres.
— Le fils de Boisfranc, maître des requêtes, épouse une fille noble et sans dot, M'** de Soyecourt. — Ëgoïsme de M** de Soyecourt puni par la mort prématurée de ses fils. — Les titres et les biens des Soyecourt passent au fils du maître des requêtes. — Douleur et colère de Saint-Simon. — Nouvelle et fructueuse alliance de ce petit Boisfranc avec une maison noble. — Son caractère méprisable. — Son fils épouse une Saint-Aignan.
m. Probité douteuse, magnificence et grâces de BéchameiL — Sa vanité raillée par les grands seigneurs. — L'aînée de ses filles mariée avec Desmarets ; la cadette avec le comte de Gossé Brissac. — Le duc de Brissac, petit-fils de Béchameil, épouse M"* Pecoil. — Origine de la fortune de M"* Pecoil. — Mariage du fils de Béchameil, M. de Nointel, avec une fille du président Bretonvilliers. — Les Bretonvilliers sortis de la finance. — Mariage de M"" de Nointel avec Louville, ancien menin et confident de Philippe Y. — Garactère aimable et sensé de ces époux.
IV. La Touanne, trésorier de l'extraordinaire des guerres^ allié par son fils au valet de chambre Bontemps. — Sa banqueroute ; ses jardins acquis à vil prix par M. le Duc. — Son successeur, Lebas de Montargîs, gendre de Hardouin Mansart. — Garactère et faveur de Mansart. — Les deux gendres de Lebas de Montargis , le marquis d'Arpajon et le président Hénault. — Hénault, fils de financier. — Son apparente modestie sur sa naissance. —
Sa sensibilité gracieuse et légère. — Merveilleuse souplesse de son esprit — Son rang brillant dans la société. — Il est loué par Voltaire et recherché par la reine do France.
Quelle est la mai son qui ne se trouve, au moins par les femmes, alliée à la finance? Les plus hautains n'échappent pas à cernélange, et Saint-Simon nous raconte, en baissant la tète, le mariage de son beau-père. Troisième cadet d'une nombreuse famille, le maréchal de Lorges ne possédait que les 12000 livres de rente attachées à son bâton. Il devait commander l'armée en Flandre, sous le roi en personne (1676). <( II fallait un équi« page et de quoi soutenir une dépense convenable et pressée; » il fallait de plus assurer non-seulement le présent, mais Fave* nir, en un mot, fonder une maison : il se décida à élever jusqu'à lui la tille de Frémont ; Frémont n'était pas encore gsurde du trésor royal ^, mais il passait pour Thomme le plus riche du royaume : ainsi le financier venait en aide au maréchal de France, l'homme de rien au neveu de Turenne. La fortune de M. de Lorges change immédiatement de face : il achète la charge de capitaine des gardes, et devient Tégal de son frère, le maréchal de Duras, revêtu de la même charge.
« Le maréchal de Lorges n'est-il point trop heureux?» écrit M"" de Sévigné. « Les dignités, les grands biens et une très-jolie femme ! On l'a élevée comme devant être un jour une grande damo^ » On l'avait même élevée comme devant être par surcroît une honnête femme.
M. de Lorges, dit son gendre, rencontra une épouse qui n'eut des yeux que pour lui malgré la différence d'âge, qui sentit toujours avec un exlréme respect l'honneur que lui faisaient la naissance et la vertu de son époux, et qui y répondit par la sienne, sans soupçon et sans
tache, et par le plus tendre attachement Il trouva de plus dans ce
mariage une femme adroite pour la cour et pour ses «ianéges, qui suppléa à la roideur de sa rectitude, et qui, avec une politesse qui montrait qu'elle n'oubliait point ce qu'elle était née, joignait une dignité qui présentait le souvenir de ce qu'elle était devenue, et un art
1. 11 acheta cette charge en 1689 pour le prix de 800 000 livres {Dangeau^ 25 janvier).