‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 271 sur 318 · Lettre du 21 janvier · texte numérisé non relu

Lettre du 21 janvier

donnez ; mais nous ne savons ce que vous voulez dire d'une première nuit de noce. Hélas ! que vous êtes grossier ! J'ai été charmée de l'air et dé la modestie de cette soirée ; je l'ai mandé à M""® de Goulanges : on mène la mariée dans son appartement, on porte sa toilette, son linge, ses cornettes; elle se décoiffe, on la déshabille, elle se met au lit; nous ne savons qui va ni qui vient dans cette chambre ; chacun va se coucher. On se lève le lendemain, on ne va point chez les mariés; ils se lèvent de leur côté, ils s'habillent; on ne leur fait point de sottes questions : c Êtes- vous mon gendre? êtes-vous ma belle-fille? » Ils sont ce qu'ils sont ; on ne propose aucune sorte de déjeuner, chacun fait et mange ce qu'il veut; tout est dans le silence et dans la modestie ; il n*y a point de mauvaise contenance, point d'embarras, point de méchantes plaisanteries ; et voilà ce que je n'avais jamais vu, et ce que je trouve la plus honnête et la plus jolie chose du mondée

L'inégalité des deux familles contribua peut-être à rendre plus correcte la tenue de celte noce; les financiers s'observèrent, et M""' de Grignan, pour mieux les tenir en respect, ne crut sans doute pas devoir se départir de Tair un peu guindé que lui attribue Saint-Simon.

Les façons des Saint-Amant étaient en effet le point délicat, et n'avaient pas laissé de donner quelques inquiétudes aux Grignan. On a comme l'écho de ces inquiétudes dans les remarques louangeuses qu'on fait ou qu'on reçoit sur ces façons, avant et après le mariage, comme si Ton éprouvait le besoin de se rassurer soi-même ou de l'être par les autres : « M"" de Saint-Amant est jolie, aimable, sage, bien élevée, raisonnable au dernier point », écrit M*"* de Sévigné à M°® de Guitaut. Goulanges, si net sur le côté solide du mariage, ne manque pas d'admirer, en même temps que les écus du père, les mérites de la fille.

Vous ne devez jamais douter, dit-il à M"** de Grignan, que je n'approuve tout ce que vous approuvez, et que je ne sois fort content de voir entrer dans votre maison une belle-fille dont j'entends dire tant de merveilles : il n'y a pas deux avis sur son aimable figure, et sur ses manières nobles et polies, qui font honneur à son éducation ^.

M"* de Goulanges, pour donner plus de prix à l'éloge, le met sur les lèvres d'un la Rochefoucauld :

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