‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 276 sur 318 · Saint-Simon, t. I, p · texte numérisé non relu

Saint-Simon, t. I, p

3. Mémoires, 17 juillet 1720. — J^e marquis de Gesvres avait pris le nom du duc de Tresmes en 1703; son père s'était démis de son duché en sa faveur.

Cette race appauvrie d'éminents magistrats et secrétaires d*État remplace les talents par le faste. Le duc de Tresmes fait de ses richesses un usage quasi royal : en 1713, à Toccasion de la conclusion de la paix, il donne à ses IVais un festin magnifique aux ambassadeurs étrangers ; dans les jours de fôte ou de trouble, il jette à la foule, à défaut de beaux discours, des poignées d'écus qui ont aussi leur éloquence. Son fils, le ridicule époux de M"* Mascrani, hérite de ses charges et de sa magnificence, et finit par mourir chargé de dettes ; les énormes revenus de ses places et tous les trésors légués par Boisfranc n'avaient pu payer ses folles prodigalités : pendant la maladie qui l'emporta, il fit vendre sa vaisselle d'argent pour payer les gages accumulés de ses domestiques K

Boisfranc, si généreux envers son noble gendre, avait laissé son propre fils, le mattre des requêtes, mourir dans une extrême misère*. M"® de Soyecourt, belle-mère de ce maître des requêtes, ne lui était pas venue davantage en aide ; elle avait impitoyablement sacrifié sa fille à ses deux fils en la mariant sans dot. Elle comptait recueillir le prix de son égoïste partialité ; mais ses desseins ambitieux furent confondus : ses fils lui échappèrent à la fois, emportés par la bataille de Fleurus (1690)^. Mère orgueilleuse, comme M""* de Cauvisson, elle était frappée dans son orgueil autant que dans son cœur.

J'ai M*"® de Saucourt à la tête, écrit M""® de Sévigné à sa fille ; la Toilà sans garçons, avec deux gendres. Ne me faites point parler. C'est une belle chose que de ne chercher que le bien, et se défaire bien vite de ses filles. Voilà des coqs d'Inde avec les plumes du paon. Demandez a Monsieur le chevalier ce que c'est que Tilloloy : c'est une maison royale. Ah! que cela siéra bien à ces messieurs! Me voilà en colère^.

i. Saint-Simon, t. III, p. 157; t. VI, p. 401. ~ Journal de Barbier, juillet 1720; septembre 1757.

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