Dangeau, 16 juillet 1686, 12 août
ir embellir sa terre de Nointel^ en Beauvoisis. Le comte de sque fit sur son entrée dans son domaine « la plus plaisante nson du monde, dont le roi pensa mourir de rire, et le ivre Bechameil de dépit)». Le refrain était:
Vive le roy et Bechameil, Son favory, son favory !
/oici quelques-uns des couplets de cette chaiison que Voire n'a pas dédaigné d'imiter du comte de Fiesque pour buer Lefranc de Pompignan :
« Les enfans comme les anges
De blanc vestus, Alloient chantant les louanges
Et les vertus Du nouveau marquis de Nointel.
Vive le roy et Bechameil, Son favory, son favory 1
Un des apparens du village
Nommé Turpin, Est venu rendre son hommage
Tout en latin Au noble marquis de Nointel.
Vive le roy, etc.
Mais comme ny Tun ny Tautre
Ne Tentendoit, Le secrétaire Alleaume
Tout expliquoit Au sçavant marquis de Nointel.
Vous êtes de noble origine
Asseurément.
Vous descendez en droite ligne .
Du l"oy Priam *, Aussi bien que Charles Martel. »
Bechameil, à son tour, harangue ses vassauK :
« Amis» soyet-moy fldelles,
Leur a-t-il dit, Je connois Messieurs des gabelles^
J*ay du crédit :
Vous n'aurez ny taille, ny sel.
. Le père de Bechameil tenait à Rouen une boutique à l^enseigne du roi iam.
Le roy, pour ma récompense
M'a tout promis ; Il signe mes ordonnances,
Sans contredit.
Car notre bon plaisir est tel.
Avec une grâce divine
Il haranguoit, Et chacun charmé de sa mine,
Se répéloit :
Voyez, c'est tout sucre et tout miel '.
La jeunesse en quatre quadrilles
Se sépara.
Et celui qui fit plus de quilles,
Et mieux mangea, Gaigna le prix du carrousel.
Ce prix parut dans le village
Des plus exquis :
O'estoit la ressemblante image
Du fier marquis ; Il cstoit peint en colonel. Etc. ' ».
Soit fatuité d*homme à bonne fortune, soit secrète ambition de roturier, Bechameil avait la faiblesse de vouloir ressembler au duc de Gramont, qu'on admirait pour son beau et mâle visage. Le héros des Mémoires d'Hamiltoriy le comte de Gramont, oncle du duc, s'en donna un jour à cœur joie aux dépens de cette prétention ; mais ce n'est pas une chanson qu'il imagina pour lalivrer au ridicule. Il l'aperçoit par hasard dans une allée des Tuileries, gage avec ses amis de lui donner un coup de pied par derrière qui lui causera le plus vif plaisir, fait comme il dit, et l'autre se retournant, il s'écrie qu'il s'est trompé et l'a pris pour son neveu. Comme je lui ressemble ! pensa Bechameil, heureux du quiproquo qui lui valait cette gaieté familière, et il répondit d'un air charmé aux excuses du comte ^
Des deux filles de Bechameil, l'une était mariée à Desmarels, l'autre épousa le comte de Cossé-Brissac, cousin germain du beau-frère de Saint-Simon, bien avant qu'on pût prévoir le
1. Bechameil faisait la petite bouche en parlant, ce qui le faisait nommer par raillerie Bec-à-miel. Lorsqu'il fit la cour à M"® de Brissac, sœur de Saint- Simon, qui était très-médisante, les plaisants disaient que Bec-à-miel aimait Bec-à-fiel.