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léritière, veuve du comte de la Roche-Guyon, fils du duc de L\ancourt. Sa première union avait été courte, mais triste. Son Tûarî, homme de mérite et de cœur, mais associé à la libre vie du duc d'Ënghien, non-seulement la négligeait et la trompait, mais, de peur de représailles, la tenait enfermée dans sa magnifique demeure de Liancourt*. Elle était jeune et belle; les eaux, les prés, les bois, ne diminuaient pas Tennui de sa captivité. Tout le monde admirait ce merveilleux séjour, « Il n*y apasde belles prisons », répondait-elle. Un combat sous les murs de Mardick (1646) rompit subitement sa chaîne : son mari était resté sur le champ de bataille.
Elle voulut celle fois se marier à son gré, et ne tarda pas à s'engager avec le plus élégant et le plus galant des jeunes seigneurs, le marquis de Vardes. Elle avait compté sans son père, le comte de Lannoye. Il devina ses sentiments, ses projets et se jeta à la traverse. Vardes devait enlever de Liancourt M"* de la Roche-Guyon ; le jour était déjà fixé. Le comle de Unnoye le devança de vingt-quatre heures, et la belle fut enlevée, non par son amant, mais par son père, ce qui n'était pas la même chose. Celui-ci du reste se chargea de lui trouver un mari, et son choix tomba sur le prince d'Harcourt. Les pères et les filles ne voient pas des mêmes yeux, et Tépoux choisi par M. de Lannoye ne pouvait différer davantage de l'époux agréé par M""* de la Roche-Guyon. Vardes essaya de dégoûter son rival, fit valoir ses droits antérieurs, opposa des lettres reçues de M"" de la Roche-Guyon. Le prince d'Harcourt prit ces lettres, les lut, les déclara fausses, se fit fort d'obtenir des explications, oublia d'en demander et conclut le mariage. On prétendit même qu'il avait simplement répondu que puisque ses parents l'avaient engagé dans cette affaire, il était résolu à la pousser jusqu'au bout.
M"* de la Roche-Guyon ne s'était pas expliquée moins nettement avec lui que le marquis de Vardes ; elle lui avait déclaré qu'elle ne laimerait jamais. Elle fut fidèle à sa parole ; elle revit
1 . Liancourt-sous-Clermont (Oise). La mftre du comte de la Roche-Guyon , la sainte duchesse de Liancourt, pour tendre un piège innocent à son brillant et infidèle époux, avait décoré celte terre avec un luxe presque royal de jardins et de jets d'eau, dont elle avait elle-même tracé les dessins. (Voyez Sainte-Beuve, Port-Royalt V, 5.)
M. de Vardes, il le fallait bien pour lui redemander ses lettres. Son mari prit Talarme, un peu tardivement, ce semble ; il l'entoura d'espions, l'espionna en personne et ne parvint pas à se rassurer. Lui-même, du reste, n'était pas sans torts graves; Tallemant parle de son goût pour une femme décriée, chansonnée, M*""" deBoudarnaut ; il lui offrait des parties de campagne, y invitait même sa femme et avait la délicatesse de choisir pour lieu de régal Brunoy, une terre de la princesse d'Harcourt ! Ses propres désordres ne calmaient pas ses accès de brutale jalousie : un jour il s'emporta si fort, qu'il la prit dans ses bras et voulut la jeter par la fenêtre ; elle était grosse, le fils dont elle accoucha naquit tout tremblant et toute la vie trembla : Tordre de Malte comptait un chevalier de plus.
A la fin il prit le parti de l'enfermer à Montreuil. Liancourt^ Montreuil, toujours la prison ! et cependant M"* d'Harcourt n'avait jamais été plus belle, plus charmante. « A quoi bon? » écrivait Bussy, du camp de Catalogne. — A quoi bon? devaitelle penser elle-même en partant pour le lieu de son exil. La cour ne devait plus la revoir : M"^ d'Harcourt, arrivée à Amiens, demanda et obtint d'y rester ; la petite vérole l'y prit et l'emporta. Avant d'expirer, elle demanda pardon à son mari et lui jura qu'elle ne lui avait jamais fait tort *. Bussy, qui n'est pas tendre pour ce jaloux et ce débauché, incline cependant h croire que sa femme, en personne prévoyante, s'était vengée d'avance de ses infidélités. « Entre nous, écrivait-il à M""^ de Sévigné en 1654, je crois que son mari est sur la défensive*. »
Difforme, libertin, brutal, les vices de tout genre du prince d'Harcourt semblaient devoir le condamner à rester veuf. Deux ans après, il épousait une nièce de Turenne^. Il fit même le difficile, le dédaigneux, comme tous les siens. Les Lorrains ne voulurent pas reconnaître la douteuse principauté des Bouillon; ils s'opposèrent à ce qu'aucun d'eux prît au contrat le titre de prince. Les Bouillon, froissés dans la prétention qui leur tenait le plus au cœur, s'irritèrent,