‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 280 sur 318 · Lettres à ^/'"« de Grignan, du 25 et du 27 mai · texte numérisé non relu

Lettres à ^/'"« de Grignan, du 25 et du 27 mai

2. Saint-Simoriy t. II, p. 192; t. III, p. 10; t. IV, p. 146.

de M. Dubois, procureur général à la cour des aides; mais la sœur de M. Dubois, M"* de la Roche, était secrètement mariée à Bontemps, le premier des quatre premiers valets de chambre du roi, son confident le plus intime. « Bontemps avait la cour à ses pieds, à commencer par les enfants du roi et les ministres les plus accrédités et à continuer par les plus grands seigneurs. » M"* de la Roche était une sorte de Maintenon non déclarée, à peine visible, mais reine dans son intérieur et vraiment digne de Tétre : « Modeste, retirée, bonne, généreuse, désintéressée, aimée et considérée pour son mérite et pour sa vertu, elle avait de l'esprit et des sentiments nobles. » Peut-être y auraitil eu plus d'honneur que de honte à déclarer une telle femme, mais Bontemps éprouvait une secrète satisfaction à s'inspirer de Texemple de son maître, sans considérer que les scrupules du roi de France seyaient médiocrement au petit-fils d'un chirurgien. Le roi signa au contrat de mariage de M"® Dubois et du fils de la Touanne^

Malheureusement le tout-puissant valet de chambre ne vécut pas assez longtemps pour protéger ses nouveaux alliés . La Touanne eut la fortune brillante et éphémère des gens de son état. Élégant et somptueux dans ses goûts, il se fait bâtir à Saint-Maur. sur une ancienne terre royale, la plus jolie maison du monde; il a Thonneur d'être voisin de Monsieur le Duc: leurs jardins se touchaient, et formaient autrefois un seul domaine appartenant à Catherine de Médicis. Monsieur le Duc aurait volontiers acheté l'habitation de la Touanne pour en faire une maison de plaisir, ou pour y loger les hôtes qui encombraient son château; mais la Touanne ne trouva sans doute point assez brillantes les offres du premier prince du sang : le temps et les ruineuses folies de son voisin permirent à Monsieujj le Duc de contenter son envie à meilleur compte.

Le financier cachait sous son luxe et sous son humeur en apparence sereine le désordre de ses affaires; ce désordre alla toujours s'aggravant et finit par la banqueroute. Son associé Saurion et lui se trouvèrent un jour eh déficit de 4 millions.

1. Dangeauy 27 juin 1690, 18 janvier 17(»1. — Saint-Simon, t. II, p. 153. « L'amie de M. Bontemps » (c'est la qualification que Dangeau donne à M"* de la Roche) touchait du roi une pension de 3000 livres. (10 août 1699.)

506 iA FINANCE.

Saurion futVnis à la Bastille ; la Touanne l'y aurait rejoint s'il n'avait été agonisant à sa campagne : on ne put l'y transporter, bien qu'on eût eu Taltentionde lui envoyer une litière. Le roi donna sa maison et ses jardins à Monsieur le Duc pour une somme de 20000 écus; la Touanne y avait dépensé 700000 francs. «Cela donnera beaucoup de logement à Monsieur le Duc dont il avait besoin, » écrit l'impassible Dangeau; a cela augmente etembellit fort son parc ; on joindra tout ensemble aisément, et il y a 2500 livres de rente à cette maison *. >

La Bruyère ne vil pas cette effroyable ruine, mais il avait assez vécu pour tinir souvent par la compassion à Tégard des mêmes gens qui ne lui avaient d'abord inspiré que mépris et que haine, et il avait comme peint d'avance, en ces traits saisissants, la catastrophe de la Touanne.

Ce palais, ces meubles, ces jardins, ces belles eaux vous enchantent et vous font récrier d'une première vue sur une maison si délicieuse, et sur Textrôme bonheur du maître qui la possède. 11 n'est plus; il n'en a pas joui si agréablement ni si tranquillement que vous : il n'y a jamais eu un jour serein, ni une nuit tranquille ; il s'est noyé de dettes pour la porter à ce degré de beauté où elle vous ravit. Ses créanciers l'en ont chassé : il a tourné la tête, et il l'a regardée de toin une dernière fois ; et il est mort dessaisissement^.

Le successeur de la Touanne, le Bas deMontargis, qui acheta 120 000 livres sa charge de trésorier de l'extraordinaire des guerres, avait épousé la fille d'un personnage d'une naissance de beaucoup inférieure à celle de Bontemps,mais qui était aussi entré fort avant dans les bonnes grâces du roi, rarchitecle Hardouin.Tambour, tailleur de pierre, apprenti maçon, piqueur, Hardouin avait fini par se mettre à l'école chez son oncle, le grand Mansart. A sa mort, il prit son nom pour se donner plus de relief; il s'éleva par degrés, se fit connaître^et goûter du roi,

1. Dangeau, 6 juin et 13 novembre 1701. — Saint-Simon, t. II, p. m et 319. *

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