Mémoires de Mathieu Marais, novembre
LES PLÉNOEUF, LES CROSAT, LES BERNARD. 583
puissance se brisa contre Tamour de Louis XV pour son précepteur. Le cardinal, déjà parti pour l'exil, revient sur un ordre échappé à la douleur du jeune roi, et sentant sa force, renverse à son tour, mais d'une chute définitive, la favorite et son amant : celui-ci est exilé à Chantilly, celle-là dans une de ses terres, en Normandie. Un dernier scandale accompagna la disgrâce de M"® de Prie, et marqua son règne expirant d'une suprême flétrissure : a Dans son empressement à faire ses adieux à tout autre qu'au ministre disgracié, elle oublia de fermer ses fenêtres, et des maisons voisines chacun put mesurer l'excès de sa douleur *. » Le tendre confident de la dernière heure était un secrétaire du mari.
Peut-être gardait-elle quelque pensée de retour, mais elle dut y renoncer en apprenant que sa place de surintendante de la reine était donnée à une autre. Le désespoir entra dans son cœur ; une secrète consomption i'épuisa, sans qu'elle pût convaincre personne de la réalité du mal qui la minait. La veille de sa mort, dans un accès de fièvre, elle chanta un grand air avec une cadence parfaite et d'une voix charmante : on crut à un faux transport, à une fièvre simulée. Le jour où elle expira, ses médecins l'avaient encore traitée de malade imaginaire; elle était exilée depuis quinze mois, et était âgée de vingtneuf ans*.
L'État gagna à la mort de M"* de Prie 150000 francs de rentes viagères ; elle laissa 4 millions, les deux tiers à son fils, le reste à sa fille. Le fils mourut chez les jésuites en 1730, et avec lui s'éteignit un nom déshonoré ^; la fille recueillit cette immense fortune, acquise on sait comment. L'héritière de tant de biens et de tant de hontes, un instant promise au fils de la Feuillade, épousa en 1732 le fils de Tallard, maréchal de France, duc et pair, et devint plus tard la gouvernante des enfants de France. Le jeune Tallard était par les femmes arrière-petit-fils de M""* de Soubise. Prie et Soubise : on remarqua la justesse de l'alliance *, quoique, à dire vrai, la résigna-