Mémoires de Mathieu Marais y août
3. Lettres écrites d la marquise deBalleroy^ t. H, lettre du 2 avril 1717.
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recherchent sa compagnie et qui l'écoutent patiemment, quoique la moitié d*entre eux n'ait pas même besoin de puiser dans sa bourse. Il subit et Ton subit autour de lui la fascination de l'argent. Samuel Bernard dépasse de cent coudées M. Jourdain et Turcaret. « Il avait, dit le président ïlénault, un orgueil extravagant qui, en quelque sorte, l'anoblissait ^ »
Tout concourt à exalter cet orgueil. Les gouvernements passent, Bernard demeure, toujours compté ou caressé, toujours imposant parla puissance de son crédit ou l'éclat de sa représentation. Monsieur le Duc à peine renversé, le cardinal Fleury s*empresse de lui écrire a qu'on ne peut être attaché au roi et h rÉtat, qu'on ne le soit à lui qui les a si bien servis, et qu'il sou-
1. Mémoires de ïlénault, ch. iv. — Voltaire chante la vertu, la générosité, les grâces voluptueuses de Samuel Bernard, et n'hésite pas à lui promettre une place dans les Champs-Elysées des anciens. Pluton n'est embarrassé que d'une chose, c'est de savoir dans quel groupe de bienheureux il doit le ranger, car il n'en est point auquel il n'appartienne par l'un ou l'aufre de ses rares mérites ; de peur que tous les bienheureux ne le réclament à la fois et n'en viennent aux prises, Pluton prend le parti de le laisser sur terre :
« Voilà, dit-il, les généreux amis ;
En petit nombre ils viennent me surprendre :
Entre leurs mains les biens ne semblaient mis
Que pour avoir le soin de les répandre.
Ici sont ceux dont les puissants ressorts,
Crédit immense, et sagesse profonde,
Ont soutenu TÉtat par des efforts
Qui leur livraient tous les trésors du monde.
Un peu plus loin, sur ces riants gazons,
Sont les héros pleins d*un heureux délire,
Qu'Amour lui-même en toutes les saisons
Fit triompher dans son aimable empire.
Ce beau réduit, par préférence, est fait *
Pour les vieillards dont l'humeur gaie et tendre
Paraît encore avoir ses dents de lait.
Dont l'enjouement ne saurait se comprendre.
D'un seul regard tu peux voir tout d'un coup
Le sort des bons, les vertus couronnées.
THais un mortel m'embarrasse beaucoup ;
Ainsi je veux redoubler ses années.
Chaque escadron le revendiquerait.
La jalousie au repos est funeste :
Venant ici, quel trouble il y causerait!
11 est là-haut très-heureux ; qu'il y reste ! »
[Epître à Samuel Bernard, au nom de M""^ Fontaine-Martel, 1716.)
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haite de tout son cœur que cela dure longtemps ». En 1728, il réunit à sa table les plénipotentiaires du congrès de Soissons: c'est le roi du commerce qui traite les représentants de toutes les nations avec lesquelles il est en relation d'affaires ^ Dans les réjouissances publiques qui célèbrent la naissance du Dauphin (1729), M. Bernard a son jour; il a son repas de cent couverts et son feu d'artifice. Un seul chiffre nous donnera l'idée de son faste : sa table lui coûte par an 150000 livres, rien que pour le dîner*.
En 1730, il obtient un brevet de conseiller d'État pour les services qu'il a rendus et pour son grand désintéressement; le premier considérant était peut-être encore mieux établi que le second, au moins aux yeux du public, qui lui appliquait vers le même temps toute une scène d'une nouvelle pièce du théâtre italien intitulée : le Triomphe de Vintérêt^ . Malgré son faible pour l'épée, Bernard dut estimer à son prix une distinction qui le mettait, plus sûrement que ses prouesses en Allemagne, hors de pair avec les gens de son état, et le mêlait à l'élite de la robe. Déjà il s'était allié à cette élite par le marquis de Chastelux, oncle de sa femme. M. de Chastelux avait épousé la fille de d'Âguesseau en i 722 (juste au moment où allait éclater la disgrâce de son beau-père*), et Bernard, par un singulier effet de cette alliance, était devenu, à plus de soixante-dix ans, le neveu de la fille du chancelier.
Bientôt le sang du nouveau conseiller d'Etat se confond avec celui de la plus illustre magistrature. Dès 1731, on annonce le mariage de sa fille du second lit, âgée de moins de dix ans et dotée de 800000 livres, avec M. Mole fraîchement reçu président à mortier. Les Mole avaient besoin d'une grande héritière: les écus de M'adeleine Garnier s'étaient épuisés à soutenir le faste de M. de Champlastreux; leur fils était mort en 1709,
1. Mathieu Marais, Lettres du 18 juin 1726 et du 16 mai 1728.
2. Mathieu Marais, Lettre du 10 octobre 1729. — Journal de Barbier, août 1733.
3. Mathieu Marais, Lettres du 22 novembre et du 7 décembre 1730.
4. Le Régent, qui avait déjà prononcé intérieurement l'arrêt du chancelier, ne voulut pas le déclarer avant la célébration du mariage, et riait tout bas de ce pauvre marquis qui s'allait faire poissonnier la veille de Pâques. M. de Chastelux soutint l'événement en homme de cœur, et redoubla de soins affectueux pour sa femme et son beau-père.
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fort mal dans ses affaires ; le roi, pour honorer la mémoire de Mathieu Mole, avait conservé la charge de président à mortier à son arrière-petit-fils : celui-ci élait mort trop tôt pour la transmettre à son fils, qui devait cependant la retrouver un jour à la faveur de son nom ^ « M. Bernard, dit Mathieu Marais en mentionnant l'alliance de sa fille avec ce dernier, s'allie à toute la robe et donne un protecteur à sa famille; il a sagement et dignement pensé '. ^
Le mariage ne s'accomplit qu'en 1733, vu l'âge aristocratique de l'épouse. Bernard donna à cette occasion une fête d'une splendeur extraordinaire, où il s'ingénia à célébrer les grandeurs de ses alliés, sans oublier les siennes. Une vaste salle construite dans le jardin de son hôtel était dédiée à la Juslice : elle y apparaissait sous vingt formes, avec tous les symboles témoignant de la pureté de ses intentions, le bandeau, réquerre, la balance, etc.; certaine figure la représentait bravant le poignard menaçant d'un barbare, en même temps qu'elle posait un pied dédaigneux sur un vase plein d'or qu'une femme lui offrait pour la fléchir. Plus d'un financier, en traversant ce beau lieu, qui reçut le nom de salon de Thémis, dut sourire de cette inflexibilité décorative, et se rappeler certains cas où Thémis s'était laissé faire au moins une douce violence. Confondues avec celles des Mole, d'autres devises célébraient l'opulence, la munificence, la gloire impérissable de Bernard. Une fontaine jaillissante imitait ses armes par les savants caprices de ses eaux, et son intarissable abondance figurait les flots d'or par lui versés pour les besoins de l'Etal ; une inscription très-précise ajoutait à la clarté du symbole; « In patriam populumque flnxit. »
Entre les symboles de la Justice et de la Finance se jouaient les tendresÂmoursquiperçaientde leurs flèches le cœurdesdeux époux, dont l'un (ô merveille de précoce sensibilité!) avait seulement onze ans et demi. Nous abrégerons le récit de ces pompes matrimoniales qui fournissent une si riche matière à l'élégance fastidieuse du Mercure de France. M. Mole, en homme de goût, aurait désiré, paratt-ii, donner beaucoup moins d'apparat à sa