‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 295 sur 318 · Lettre au 9 mars · texte numérisé non relu

Lettre au 9 mars

mésalliance, mais 1 orgueil de Bernard ne voulut pas céder à des scrupules qui ne faisaient point son compte ^.

Peu de temps auparavant, les petites-filles du financier avaient fait aussi de grands mariages. En 1732, un président k morlier qui portait Tun des plus beaux noms de la robe, le petit-fils de Chrétien de Lamoignon, avait épouBé la fille de M. Bernard, le maître des requêtes, ainsi dotée : 800 000 livres comptant, 200000 livres d'assurées, un présent de 40 000 écus pour le gendre, 10000 écus pour le linge et les habits, et de beaux diamants donnés par la mère : il y avait là de quoi panser la blessure faite à la fierté des Lamoignon. A la dernière heure, les événements politiques contrarièrent ce mariagx3. Il devait avoir lieu le 8 septembre ; dans la nuit du 6 au 7, le futur reçut une lettre de cachet qui l'internait à Soissons : le Parlement était frappé dans cent trente-neuf de ses membres pour son intervention désagréable dans les affaires ecclésiastiques. La surprise était pénible pour le ponctuel et glorieux Samuel Bernard ; il avait compté sur une signature du roi au contrat, et le roi en donnait une autre qui exilait le futur. Le mariage, qui parut un instant compromis, ne fut cependant retardé que d'une quinzaine. Le président à mortier le trouvait trop bon pour se dédire, et il fit si bien, qu'il obtint une permission de deux jours pour le célébrer, mais il fallut probablement se passer de la griffe royale, et Bernard eut une belle occasion de maugréer contre l'esprit frondeur des parlements, si différent de l'humeur docile du corps des financiers^.

L'année suivante, celait la fille du président Bernard et de M"" de Houlainvilliers, une charmante fillette de onze ans, qui se mariait au marquis de Mirepoix, de la maison de Lévy, illustre et ancienne, pas assez cependant pour descendre de la tribu de Lévi, comme le prétendaient quelques généalogistes dont Morcri rejette gravement l'opinion. Les Mirepoix portaient depuis le xin' siècle le titre de maréchaux de la Foi, parce que l'un des leurs avait combattu pour l'Église romaine. Les contemporains se récrièrent contre cette alliance, comme si c'était la première de cette sorte. M. de Mirepoix, disait-on, ne pouvait-il

I. Journal de Barbier, 21 septembre 1733. — Mercure de France d'octobre 1733.

i\ Mat/lieu j\/aras, Lettres du 22 août, et des 4, 12 et 17 septembre 1732.

LES PLÉNOEUF, LES CROSAT, LES BERNARD. 597

épouser la fille du comte du Luc avec 400 000 livres, ou tout au moins une Lamoignon? Quelle folie précipitait la France a dans la famille ou dans la caisse de M. Bernard *■ ». Une folie qui datait de loin et avait fait bien des victimes. Où étaient les races qui avaient su se préserver de tout impur mélange. M. de Mirepoix, si Ton y regardait de bien près, n'était-il pas lui-même de sang un peu mêlé? Son père, le cadet de ce gendre que nous avons montré mené en laisse par la duchesse de la Ferté, avait épousé, non, il est vrai, par cupidité, mais par amour, la servante d'un cabaret de Pont-à-Mousson. Moreri nomme sa femme Olivier tout court et passe. Le comte de Terrides (c'est ainsi qu'on l'appelait) avait été élevé chez sa parente, la maréchale de Duras. Saint-Simon, ami du fils aîné de la maréchale, l'y voyait tous les jours. Son mariage avait brisé toutes ces relations et l'avait comme anéanti, lorsqu'en 1699 la mort de son aîné le fit marquis de Mirepoix, et le rappela à la mémoire des gens. « C'est un homme, écrit dédaigneusement Dangeau, que nous ne voyons point en ce pays-ci et qui n'est point à portée d'avoir aucune des charges de son frère*. » Il ne semble pas que sa nouvelle dignité, dont il jouit d'ailleurs fort peu de temps, Tait aiTaché à sa retraite volontaire, et qu'il ait présenté sa femme à celle de son ami d'enfance, à la duchesse de Saint-Simon ; mais il n'en était pas moins devenu le chef de sa branche, et la servante de cabaret fit souche de marquis et même de ducs de Mirepoix, car son fils, l'un des seigneurs les mieux faits et les plus polis de la cour, devint duc à brevet en i 756,

En cinq jours, avec les bras de deux mille ouvriers, Samuel Bernard improvisa une fêle qui ne fut pas moins splendide que celle qu'il devait donner deux mois après pour le mariage de sa propre fille avec M. Mole. Mars , au lieu de Thémis, en eut les honneurs: la décoration figurait son temple; la musique guerrière y alternait avec les airs plus tendres, et c'est au son des timbales et des trompettes que les époux entrèrent dans la salle du festin. La messe fut dite à minuit, à Saint-Euslache ; sur tout le parcours de la noce, des escouades du guet à pied

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