Journal de Barbier i septembre
LES PLÉNOEUF, LES CROSAT, LES BERNARD. 599
Tout For accumulé par Bernard n'avait pu effacer le souvenir •de certains accidents de sa carrière; ajoutez que ses fils, le maître des requêtes et le conseiller, s'étaient ruinés par leur faste et leurs vices, et qu'en 1731, c'est-à-dire avant le mariage de leurs filles, ils avaient fait une vilaine banqueroute de cinq ou six millions *. Bernard, pour les tirer de là, s'était décidé à ouvrir son coffre-fort, pas assez tôt cependant pour éviter le scandale. 11 est vrai que le scandale n'avait pas empêché les grandes alliances, mais tout le monde et surtout les victimes de la faillite n'avaient pas la mémoire aussi courte que les nobles familles dont Barbier déplore l'avilissement. Trente ans plus tard, Voltaire accolait encore l'épithète de banqueroutier au nom du maître des requêtes, et les Mole eux-mêmes étaient frappés d'un éclat de sa verye sarcastique.
C'était une chose inouïe autrefois qu'un notaire pût être banqueroutier; mais depuis que Mazade, Porlier, conseillers au Parlement, Bernard, maître des requêtes, ont fait de belles faillites, je ne suis «plus étonné de rien. Ce maître Bernard, surintendant de la maison Aie la reine, beau-frère du premier président de la première classe du Parlement de France, 'et monsieur son fils, l'avocat général, ont emporté à M"^ Denis et à moi environ 80000 livres; et M. le président Mole a toujours été si occupé de remontrances sur les finances, qu'il a toujours oublié de me faire rendre justice de monsieur son beau- Irère '^.
Outre ses enfants légitimes, Samuel Bernard avait trois filles <desa maîtresse, M"* Fontaine, fille du poêle Dancourt et veuve d'un commissaire des galères ; toutes les trois, solidement établies dans la finance, occupèrent le monde de leur beauté, de leur esprit ou de leurs romanesques aventures. Jean-Jacques Rousseau, dans ses Confessions, décrit leurs charmes avec une -extrême vivacité :
Elles étaient trois sœurs, qu'on pouvait appeler les trois Grâces. 31""^ de la Touche, qui fit une escapade en Angleterre avec le duc de Kingston; M"* d'Arty, la maîtresse, et, bien plus, l'amie, l'unique et sincère amie de M. le prince de Conti, femme adorable autant par la •douceur, par la bonté de son charmant caractère, que par l'agrément