‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 30 sur 318 · nangeau, 23 6125 août · texte numérisé non relu

nangeau, 23 6125 août

i. Ultre du 18 décembre 1G78.

s'éteindre, ils continuèrent de thésauriser et de faire songer et rire les sages. Les voitures des visiteurs s embourbaient dans la cour de leur hôtel, faute de pavé; leurs gens mouraient de faim, leurs tilles aussi; on faisait cent contes sur cette maison, de ceux qu'Harpagon avait Timprudence de faire répéter à Maître Jacques. « L aînée des filles, qui se mêlait tant qu'elle pouvait de la dépense, grapillait dessus pour se donner un morceau en cachette avec ses sœurs, quand leur mère était couchée. »

Ses deux sœurs furent délivrées les premières, la troisième de la plus agréable façon, par un mariage d'amour avec un neveu de M. de Montausier, lemiarquisdePompadour. Elle-même finit par agréer le duc d'Elbœuf; à tout le moins il nourrirait sa femme, et en mourant lui laisserait un titre fort agréable à faire sonner à la cour. 11 faillit le lui laisser plus» tôt môme qu'on ne s'y serait attendu : peu après son mariage^ une attaque d'apoplexie le mit à deux doigts de la mort; ^ peine guéri, il alla, avec sa femme, présider les États d'Artois^ (( Encore un trait de la maison de Navailles ! s'écria la caustique iy|me (j;Q|.nuel : on veut le faire enterrer aux frais des États. «^ Il tint bon quelques années encore, mais pas assez longtemps^ pour jouir de la succession de M*"** de Navailles ; si tel avait été son but en faisant ce mariage, il ne l'atteignit pas. La belle-mère survécut au gendre, et c'était fort naturel, étant la plus jeune. Un fils aurait du moins retenu les grands biens de M™'de Navailles dans la maison du ducd'Elbœuf: il souhaita ardemment des enfants, il ne recula devant aucun moyen pour en avoir, et il en eut en dépit de son âge et de ses infirmités. M"* d'Ëlbœuf s'égayait même à ce sujet avec un abandon qu'on trouvait ravissant et qui nous donne une singulière idée de la liberté de langage des honnêtes femmes au xvii* siècle * ; malheureusement il n'eut que des filles. L'atnée fit un grand mariage qui ne réussit qu'au prix d'efforts ardents et tenaces, et qui vaut la peine d'être raconté dans ses phases diverses parce qu'il éclaire notre sujet d'une singulière lumière : elle épousa le duc de Mantoue.

Page 1