‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 300 sur 318 · Mémoires du duc de Luijnes, 5 mars · texte numérisé non relu

Mémoires du duc de Luijnes, 5 mars

LES PLÉNOEUF, LES CROSAT, LES BERNARD. 603

erapproche ces chiflFres, venge la dignité méconnue de son ordre par toutes sortes de réflexions désagréables à la mémoire du -.défunt, et condamne sa monstrueuse fortune au nom de la morale publique et de l'intérêt de l'Etat ^

Nous ne pouvons mieux clore ce chapitre des mariages d'argent qu'en citant les articles d'un contrat passé en l'année 1720 entre le marquis d'Oyse, fils et frère cadet des ducs de Villars Brancas, et la fille d'André le Mississipien, lequel -était fils d'un peaussier de Montélimart.

La fièvre de la spéculation est alors dans toute sa force ; le duc d'Antin accapare les étofl'es, le duc d'Estrées le café et le ^chocolat, le duc de la Force les chandelles. Le prince de Cari- ;gnan loue pour un prix énomie ses vastes jardins de l'hôtel de Soissons à l'agiotage public, qui se trouve sur l'étroit à la place Vendôme; la maison de Bourbon le dispute en avidité à la maison de Savoie ; les Condé, les Conti, se gorgent de millions. -On compte les personnes qui pouvaient avoir des actions du Mississipi au prix d'émission et qui les ont refusées ; il s'en trouve jusqu'à six : le chancelier Daguesseau, le maréchal de Villeroy et son fils, le duc de la Rochefoucauld, le maréchal de Villars et Saint-Simon. C'est à ce moment que l'agiotage matrimonial atteint aussi son comble.

Le marquis d'Oyse, âgé de trente-trois ans, épouse la fille d'André âgée de deux ans, aux conditions qui suivent : André donnera 100 000 écus sur l'heure, 20000 livres par an jusqu'à la célébration du mariage, un bien immense estimé à des millions le jour du mariage, sans parler des largesses de toutes sortes prodiguées, en attendant, aux ducs de Brancas père et fils. A ce compte, la fille à marier ne pouvait être d'un âge trop tendre, et la patience ne coûtait rien aux Brancas, bien au contraire. Ils avaient, de plus, soigneusement stipulé que si iM"* André mourait avant l'âge de douze ans, qui était celui fixé pour le mariage, ils conserveraient tout ce qu'ils auraient reçu. Ce contrat fit du bruit à la cour et à la ville. Les gens d'esprit y virent une belle matière à quolibets : « Toutes les petites filles, écrit Mathieu Marais, ne veulent

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