‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 301 sur 318 · Journal de Barbier, décembre 1738, janvier · texte numérisé non relu

Journal de Barbier, décembre 1738, janvier

eai LA FINANCE.

plus avoir de poupées et demandent des marquis d'Oyse pour jouer. » Les gens de cœur s'indignèrent et rougirent pour leur temps :

Que ne fait point faire auri saci*a famés ? Mais TafTaire avorta avant la fln de la bouillie de la future épouse, par la culbute de Law. Les Brancas, qui s*en étaient doutés, le père et les deux fils, s'étaient bien fait payer d'avance; le comble fut que les suites de cette affaire produisirent des procès plus de quinze ans après, qui furent soutenus sans honte. Ces 6rancas-là n'y étaient pas sujets K

Il se rencontra, paratt-il, un poëte pour célébrer ce projet d'alliance, et André goûta ce plaisir d'entendre exalter par cette muse vénale sa générosité,-ses grâces, ses vertus : ce fut! unique bénéfice qu'il retirade celte maladroite opération.

1. Saint'Sim'm, t. XI, p. 289, 326. — Addition à Dangeau, du 11 mai \liO. Mathieu Marais^ juin 1720.

« De tant de mariages qui se contractent tous les jours, combien en voit-on où se trouve la sympathie des cœurs? » demandait Bourdaloue du haut de la chaire sacrée. Combien en avons-nous trouvé nous-mêmes dans cette foule d'unions dont nous venons de retracer le tableau ? Volonté, désir ou caprice du roi, intérêts de cabale, naissance, rang, distinctions de cour, dons ou grâces dus à la faveur, gouvernements, pensions, brevets de retenue, survivances, influence politique, administrative, judiciaire, revenus, héritages, argent comptant ou espéré, voilà surtout ce qui prend les cœurs, voilà ce qu'on trouve à satiété au fond; de tous ces mariages. Assurément Torgueil, la cupidité, l'intérêt sous toutes ses formes, sont de tous les temps, et dans tous les temps décident malheureusement de la plupart des alliances ; mais ici, ces sentiments semblent emprunter un surcroît de force et d'empire à l'organisation même de la société. Le roi, source de tous les biens, pouvoir, honneurs ou richesses, par suite, un prix inouï attaché à sa faveur intime, et, pour l'obtenir, des alliances déshonorantes qui semblent absoudre ou glorifier ses vices; la naissance conférant les plus rares privilèges ; la constitution tout aristocratique de la famille immolant aux atnés tous les autres enfants, et les enfants eux-mêmes à l'avenir de la race ; l'esprit et les mœurs de cour attachant un attrait singulier à de puériles distinctions, ou développant un faste qui ne peut se soutenir qu'à l'aide de sordides spéculations matrimoniales, autant de causes propres à ce temps, à cette société, qui exaltent l'inlérêl ou l'amour-propre au delà de toute mesure, et qui

tlinitinimt 1rs (*liaiirrs Uiujours rares des bons manai^es. .lnM|m* «luns riw alliaiirrs «•iilre les classes diverses ou extrême^ \\\\\ MMulilnil lt*iiuiif(ii(M' d'un procès à la fois social et moral. \\\\\ iit|i|n-«H'h«*nt UmWs 1rs parties d*une même nation, reaouxollrnj Ir s<ui^ ri los talents appauvris des grandes races. MS%»tM|HMiMM)l ri luMHMvnt los mérites et le travail de la boar- .;^H»i*io ri du |H'upl(\ h» pivjup*, en apparence vaincu, résiste il trtiipiMlo. lor^uril nobiliaire demeure intact, continae, »»* u»U lu^'ino N0< porniritMixoiïets: d'une part, il empêche les mwus do NO ivuconUxM*. el par ses dédains et ses sarcasmes il illumo \i\ /.uonv au ïo\vr donu'stique; d'autre part, il gagne ci \H*t\s\\v K N |Mr\ouus ouvménu*s, et les rend d'autant plus U ml iiii« oi pIiiN tnsolonts avtH^ leurs é^aux de la veille, qu'ils

• »\'ioiii .\imni vo ivlo\oi* davaula^e au-dessus de leur origine et

s»u* 1 1 )iioANUin dc^ pivju^es ol des besoins de cette sociélé,

I »'i\li\' vie* moiiU K\\\\ do\niiont, au reyard de la saine raison, .iiM»K'i loxiiKiiHi;oN. ^o inuive auume ivn versé, ou plutôt les Mil, oMii K )iliiN xoii\iMa s;icntiosau\ autres. S'élever et s'en-

• I, )if . M»ii I lo i»m vnihjno aui]uel on immole sans pitié toutes u ., , .«MX, M »»jro* oMiiv U*x poi*sounos« les rapports d'âge, d'avant ».,.'- v'M'NUMiix. J uIvvn. do ^oi\ls, d'habitudes, le besoin pour

II .» |N«:i\ »ii' * wnwv t'i do ^'osiirnor Tun Fautre: de laces

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- ... : a MM'.-i- .N o ru'ur Jo leurs entants, se croient

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mentpunies parles tribunaux. « Vainement, dit Tauteur d'une brillante étude sur un des magistrats les plus considérables du XVII* siècle, vainement Fordonnance de Blois s'était approprié les sages prescriptions du concile de Trente sur la publication des bans et la présence des témoins ; vainement, pai* un édit de 1606, Henri IV avait enjoint à ses officiers de veiller à Texé*cutionde Tordonnance ; vainement d autres lois avaient édicté contre le crime du ravisseur la peine capitale, et armé le père du droit d'exhérédation contre la désobéissance des enfants : protégés par la tolérance des mœurs, les mariages clandestins se multipliaient, et cette faveur singulière les suivait jusqu'au sein du Parlement. Omer Talon a défendu la cause de la puis-' sance paternelle et de l'honnêteté publique; il a réclamé contreun mal invétéré, vivace, l'application des « maximes de feu et de sang ». Mais sur ce point, par une très-rare exception, ses conclusions ne faisaient pas jurisprudence. Lorsque le Parlement voyait citer à sa barre, par un père ou un tuteur dont l'autorité avait été méconnue, des jeunes gens que semblait unir une sérieuse tendresse, même un sieur de la Rivière, qui, sans s'émouvoir de quatorze sentences, avait épousé la mineure Anne de Prasdine, et persistait à ne s'en point séparer, le Parlement « inclinait à la douceur », maintenait le mariage,. et, pour satisfaire au principe de la puissance paternelle, condamnait les rebelles à l'amende honorable et à une aumône pour le pain des prisonniers. Le premier président, après avoir prononcé son arrêt, avertissait les avocats et les assistants que la Cour avait jugé cette affaire par des considérations particulières. Mais, sous d'autres noms, l'affaire ne tardait pas à reparaître, et l'avocat général s'écriait: « Puisque nos maux ont passé jusqu'à cet excès qu'ils sont incapables de remèdes et qu'ils s'aigrissent contre le soin de ceux qui pensent pouvoir les adoucir, nous sommes obligés de souhaiter, comme nous l'avons déjà fait, l'établissement d'une loi nouvelle qui nous garantisse d'une jurisprudence arbitraire, en laquelle chacun établit sa défense dans les circonstances de son affaire et dans les considérations dont il flatte sa pensée ^ »

1. Audience de rentrée de la Cour d'appel de Paris, 1872: Discours de M. Tavocat général Chevrier.

La loi appelée par Orner Talon fut promulguée en 1649, et, malgré ses rigueurs, elle parait avoir été impuissante contre le mal, comme en témoignent les rapts et mariages clandestins fréquemment enregistrés par la plume discrète de Dangeau : c'est que le mal était moins dans l'insuftisance des lois que dans Fabus de l'autorité paternelle, et le meilleur moyen de le combattre eût été que celte autorité se montrât plus juste et plus tendre, plus soucieuse des instincts les plus sacrés de la nature humaine.

Un eiïet plus funeste encore de toutes ces combinaisons ambitieuses ou cupides, c'est l'action corruptrice qu'elles exercent sur les mœurs. Lorsque les familles qui songent à établir leurs enfants se préoccupent si fort de la naissance, de la faveur, de la richesse, et si peu de l'honneur et de la vertu, l'honneur et la vertu ne sont plus des biens que les futurs époux soient aussi* jaloux de s'offrir l'un à l'autre. Que valent, en effet, comme apport matrimonial, l'intégrité de la conduite, la noblesse, la délicatesse, la pureté native de l'âme, et quel besoin de veiller avec tant de scrupules sur ses sentiments et sur sa vie? Aussi n'y veille-t-on guère et voit-on se multiplier les petits-maitres accumulant les folies de tout genre, les filles hardies, provocantes, ayant perdu l'habitude ou le droit de rougir. Qu'importe à leur avenir la brèche plus ou moins large faite à leur réputation? Leur rang, leur dot, demeurent intacis, et continuent d'allumer les convoitises des mères de famille, qui ont des trésors d'indulgence pour ces étourdis des deux sexes. Après un tel célibat, que sera le mariage? Que sera-t-il, non-seulement pour ces jeunes hommes et ces jeunes filles au cœur déjà gâté, mais pour ceux qui auront la triste fortune, ou le courage plus triste encore d'associer leur vie à la leur, soit qu'ils obéissent à l'aveugle à Tordre de leurs parents, soit qu'ils agissent de leur plein gré et en parfaite connaissance de cause? Que sera-t-il encore pour ces époux qui se sont à peine entrevus avant de s'unir, et qui ne s'aperçoivent qu'ils n'étaient pas faits l'un pour l'autre que lorsqu'ils sont enchaînés l'un à l'autre, pour ces enfants dont on fixe irrévocablement la destinée avant qu'ils aient atteint l'âge de discernement? Quels troubles, quels désordres engendreront un jour l'ennui, le dépit, le ressentiment ou la douleur d'une union sans foi, sans affection,

sans dignité? Et si cette union présente en outre quelqu'un de ces contrastes choquants entre les personnes qui ajoutent le dégoût à Taversion, quelles suites attendre de ce défi jeté à la nature et au sens commun? Graves et alarmantes questions, mais qui n'inquiétaient guère les contemporains, et qu'on ne prenait même pas la peine de se poser, tant il semblait facile d'y répondre. On sait à merveille tout ce qui peut résulter de ces alliances, on en sourit avec une grâce tranquille, on en badine, à l'occasion, avec la jeune tille ellemême qu'on va tout à l'heure immoler à quelque indigne époux ; on a hâte d'éclairer sa candeur, si candeur il y a, par une vue anticipée des riantes libertés du mariage, et de charmer son sacrifice par l'espérance de prochaines consolations. « Mademoiselle, disait gaiement l'abbé de la Victoire à la fille de la maréchale de la Mothe, il n'y a pas d'apparence que vous refusiez à d'autres ce que vous accorderez à M. de Ventadour. » Et Benserade, d'un ton galamment protecteur : « Je voudrais bien voir qu'une mère, une tante, une amie s'avisât de gronder une femme comme celle-là parce qu'elle haïrait son mari et qu'elle aurait un galant; ma foi, elles auraient bonne grâce. » M"*' de la Mothe, quoiqu'elle fût charmante, avait bravement accepté M. de Ventadour pour mari, quoiqu'il fût laid, bossu et débauché ; il fallait bien passer quelque chose à un duc allié à la maison de France, qui lui donnait un cousin comme le prince de Condé et un tabouret à la cour. Ce divin tabouret ! il paraît qu'à l'entrée de la nouvelle duchesse, on fut un peu lent à le lui apporter, c Hélas ! qu'on le lui donne, dit charitablement M""* de Sévigné en se tournant vers M. du Lude, il lui coûte assez cher ! » M™* de Ventadour ne se contenta pas de cette compensation, et en trouva facilement d'autres, de celles qu'avait prévues l'abbé de la Victoire. Six ans après son mariage, M. de Ventadour nous apparaît dans les lettres de M"" de Sévigné, chevauchant par la plaine, le pistolet en main, à la poursuite de sa femme qui, revenant de Bourbon avec le duc et la duchesse d'Aumont et le chevalier de Tilladet, avait obstinément refusé l'hospitalité que lui oiïrait son mari dans sa terre de la Mothe, voisine de Bourbon. Il alla hardiment réclamer la fugitive au roi lui-même, accompagné de ses proches, MM. les princes de Condé, de Conti, MM. de Luxembourg,

Duras, Schomberg, Bellefonds : a Ehl Sire, lui dit-il, pourquoi me refuse-t-on ma femme? Que m*est-il arrivé d'extraordinaire? Suis-je plus bossu et plus mal fait que je n'étais quand on m'a bien voulu? Si je suis laid. Sire, est-ce ma faute? Si je m'étais fait moi-même, j'aurais pris la figure de Votre Majesté; mais tout le monde n'est pas partagé comme il le voudrait être*. »

On vantait la verve de M. de Ventadour, et le tour de sa requête témoigne qu'il était homme à redoubler d'esprit dans des circonstances où il est difficile de ne pas perdre celui qu'on a; mais un peu plus de bon sens, à certaine heure de sa vie, aurait bien mieux fait son aiïaire. On ne se marie pas soimême, mais on peut se marier soi-même, ou même ne pas se marier du tout, et M. de Ventadour aurait été mieux avisé de céder la main de la vive et jolie M"*" de la Mothe à un moins grotesque époux, pour ne relever en lui que ce genre de difformité.

L'esprit du siècle aveugle le jugement et la conduite, substitue l'intérêt prétendu à l'intérêt réel, et, renversant la signification des mots, appelle le bon sens déraison, et déraison le bon sens. « Faire une folie et se marier par amourette, c'est épouser Mélite, qui est jeune, belle, sage, économe, qui platt, qui vous aime, qui a moins de bien ({u'^gine, qu'on vous propose, et qui, avec une riche dot, apporte de riches dispositions à la consumer-. » Le fils aîné du maréchal de Luxembourg, d'âge un peu mûr et d'humeur un peu naïve, accusé de vouloir se remarier par amour avec l'aimable el vertueuse veuve du marquis de Bellefonds, se justifie de façon éclatante eu épousant M"" de Glérembault, riche de 2 millions de biens, dot et espérances comprises. M"* de Glérembault joignait à sa grande fortune un esprit fin, des attraits dangereux et tout le feu de la jeunesse. Dangeau note avec une satisfaction marquée le démenti donné par M. de Luxembourg aux vilains bruits qui couraient sur son compte, et l'excellente affaire qu'il est en train de conclure. Les résultats de celte aiïaire excellente se voient, à très-peu de temps delà,

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