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Oraison funèbre d'Anne de Gonzague

LES MAISONS PRINGIÈRES. 59

Toutes CCS choses n'empêchèrent pas M. le Prince d'en être jaloux usqu'à la fureur, et jusqu'à sa mort. La piété, l'attention infatigable de M'"'^ la Princesse, sa douceur, sa soumission de novice, ne la purent garantir ni des injures fréquentes, ni des coups de pied et de poing, qui n'étaient pas rares. Elle n'était pas maîtresse des plus petites choses; elle n'en osait demander ni proposer aucune. Il la faisait partir à l'instant que la fantaisie lui en prenait, pour aller d'un lieu à un autre. Souvent montée en carrosse, il l'en faisait descendre, ou revenir du bout de la me, puis recommençait l'après-dînée ou le lendemain. Gela dura une fois quinze jours de suite pour un voyage de Fontainebleau. D'autres fois il l'envoyait chercher à l'église, lui faisait quitter la grand'messe, et quelquefois la mandait au moment qu'elle allait communier ; et il fallait revenir à l'instant, et remettre sa communion à une autrefois. Ce n'était pas qu'il eût besoin d'elle, ni qu'elle osât faire la moindre démarche, ni celles-là mêmes sans sa permission, mais les fantaisies étaient continuelles K

Nous aimons à croire que le bonheur de la princesse Bénédicte ne ressembla pas de tous points à celui de sa sœur ; dans tous les cas il fut plus court: son mari mourut en 1679, à cinquante-quatre ans. Elle ne put résister au désir de revoir celte cour de France dont sa mère avait fait les délices avant de l'édifier parla sincérité de sa pénitence, où elle allait retrouver Madame, sa cousine germaine; sa sœur, mariée à un prince du sang. Elle avait, avec peu de biens, beaucoup d'orgueil. A défaut d'un rang reconnu à la cour, elle eut le faste et les prétentions d'une reine, les deux carrosses de rigueur, et dos gens décidés à prendre le pas même sur Messieurs de Bouillon. Mais coux-ci n'avaient pas l'humeur moins altière; il y eut bataille entre les deux livrées, coups reçus, sang versé. La duchesse de Brunswick protesta, mais en pure perte, et de dépit quitta la France : ce fut peut-être la fortune de ses filles.

Elle avait souhaité pour l'aînée le duc du Maine, et n'avait pu, nous l'avons dit, pardonner à sa sœur de le lui avoir enlevé ; elle eut des gendres d'une naissance plus correcte. Sa fille atnée épousa le duc de Modène (1695); la cadette, le fils et l'héritier présomptif de l'empereur Léopold, qui avait trois ans de moins qu'elle (1699). Elle s'attendait à goûter pleinement le bonheur de ces augustes alliances, mais son attente fut frustrée. L'un de ses gendres la fatigua de ses caprices, l'autre

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