Saint-Simon, t. IV, p
rhumilia de ses hauteurs. Elle ne réussit à s'acclimater, ni à Modène, ni à Vienne, et finit par rentrer en France. Le lien de parenté qui Tunissait au Régent venait d*étre resserré par le mariage de son petit-fils, le prince de Modène, avec M"* de Valois ; elle fut accueillie avec distinction, eut un appartement au Luxembourg, et y tint une façon de cour que railla fort la superbe froissée des grands seigneurs. Le roi de France lui fit visite, la traita en reine : Saint-Simon se respectait trop pour dérogera ce point *.
Marie de Gonzague était fille de souverain, la maison de Nevers ayant été appelée à s'asseoir avec son père sur le trône ^ de Mantoue; la princesse Bénédicte était, par son père, petitefille de l'électeur palatin Frédéric V, un instant roi de Bohême, et arrière-petite-fille de Jacques I", roi d'Angleterre : leur naissance n'était pas trop disproportionnée à leur élévation. Voici des destinées plus surprenantes :
Une simple demoiselle du Poitou, Éléonore Desmiers, fille d'un gentilhomme protestant, Alexandre Desmiers, seigneur d'Olbreuse, ayant suivi son père en Allemagne, conquiert un prince souverain par le charme de sa beauté et de sa sagesse : elle épouse un frère du duc de Hanovre, le duc de Zell. Elle se trouvait ainsi mpprochée de la maison de France : elle et M. le Prince avaient une belle-sœur commune, la duchesse de Hanovre. Sa fille monta plus haut encore : veuve d'un premier époux *, elle se remaria en 1682 avec son cousin germain, le second électeur de Hanovre, qui fut le premier roi d'Angleterre de sa maison.
La duchesse de Zell, malgré sa modeste origine, força par ses vertus le respect universel de l'Allemagne. Sa fille eut une destinée tragique : son époux la crut infidèle, la répudia, la . renvoya à son père ; le beau comte de Kœnigsmarck , qu'il accusait d'être son amant, fut jeté vivant dans un fouf chaud. Elle laissait deux enfants : un fils, qui régna sur l'Angleterre sous le nom de George-Auguste ; une fille, qui épousa le second roi de Prusse, Frédéric-Guillaume I", et fut la mère du grand Frédéric. Une fille du Poitou, de la plus mince noblesse, devint ainsi