Saint-Simorij t. II, p. 8; t. XI, p. 3i
2. Son cousin, Auguste-Frédéric de Woirenbutlel, qui fui tué en 1676.
LÉS MÀISÔiNS MllNclÊRËS. 61
la souche commune des familles royales d'Angleterre et de Prusse. Madame disait d'Eléonore Desmiers : « H fut un temps où elle aurait regardé comme un grand honneur d épouser le premier valet de chambre de mon mari, feu Monsieur'. »
Marie de Gonzague, en épousant en moins de quatre ans deux rois de Pologne, le^deux derniers frères Jagellon *, fraya la voie à une suite de mariages dont Tunest justement fameux. Elle avait emmené avec elle la seconde tille de la Grange-Àrquien, capitaine des Cent-Suisses de Monsieur. La Grange-Arquien en avait cinq, dont deux seulement religieuses. Il rêva des gendres en Pologne, et son rêve se réalisa. Celle de ses filles qui avait accompagné Marie de Gonzague s'y maria deux fois, s'enrichit parle premier mariage, et s'illustra par le second.
Veuve d'un prince palatin, son esprit, sa grâce et les grands biens du défunt lui valurent un époux fameux par ses grandes actions militaires, Jean Sobieski, gouverneur général de la Pologne (1665). Cette alliance fit la fortune de tous les siens, même celle de sa sœur aînée, quoiqu'elle eût refusé un établissement à l'étranger pour épouser le marquis de Béthune. En 1674, Sobieski fut élu roi de Pologne. M. de Béthune vint le complimenter de la part de Louis XIV, fut fait à son retour chevalier de l'Ordre, puis renvoyé en Pologne comme ambassadeur extraordinaire.
Il y fit les affaires du roi de France et n'y négligea pas les siennes. Il y maria ses deux filles et sa belle-sœur, la troisième fille de la Grange-Arquien ; grand chancelier, grands et petits maréchaux de Lithuanie, grand enseigne de Pologne, les gendres les plus qualifiés abondaient, grâce à la parenté avec la reine et aux grosses dots payées sur le trésor royal.
Les deux fils de M. de Béthune refusèrent le cardinalat à la nomination du roi de Pologne. Saint-Simon a peine à s'expliquer un tel refus, et blâme leur folle opiniâtreté. Mais le marquis d'Arquien ne voulut rien laisser perdre, et malgré ses quatre-vingts ans, il accepta ce que dédaignaient ses petitsfils : ce fut le plus gai et le plus gaillard des membres du
1. Saint-Simon, t. XII, p. 377. — Correspondance de la duchesse d'Orléans^ 16 juin 1720.
2. Veuve de Ladislas Sigismond IV, elle épousa en 1649 Jean-Casimir. Elle mourut d* apoplexie à Varsovie en 1667, sans laisser de postériié.
es LA NOELLSSE DE RACE.
sacré collège '. L'aniii-e précédente, le roi lui avait accordé Tordre du Saint-Esprit. Ce fortuné marquis ! quelle sorte de bit'ns ne lui avait pas donnés la Pologne? une couronne pour sa Klle. et pour lui-même le grand cordon, la pourpre romaine, et par surcroît une pension de 20000 livres. D vit rboir la couronne, mais il garda lexordon, la pourpre et la |R'nsion, et il en jouit le plus longtemps qu*il put, jusqu'à cent sept ans, selon Dangeau '.
1^ reino de Pologne, avant de descendre du trône, goûta l'orgueilleuse félicité de marier sa fille à Télecteur de Bavière, Maximilîen- Emmanuel, beau-frère de .Monseigneur, et son fils i' à la sœur de Timpératrice, épouse de l'empereur Léopold et sœur aussi de la reine douairière d'Espagne, de la feue reine de Portugal, des électeurs de Mayence et palatin, et d(* la duchesse de Piurme, mère de la seconde fenmie du roi d'Espagne ». C'était entrer de plain-pied dans la fiimille royale «Miri>péemie.
Cette élévation d'une Française au trùne de Pologne semblait devoir profiter à la France : il n'en fut rien : un froissement d'amour-propre lui fit oublier et trahir son origine. Elle désira montrer sa couronne à sa patrie, y jouir des honneurs attachés à son rang: mais cette couronne était élective, .Marie-Thérèse no lui (*iit pas donné la main : elle aima mieux renonceràson voyage que d'essuyer cet alTront. De dépit, selon Saint-Simon, elle combattit et détourna les inclinations toutes françaises de son mari. Devenue veuve, et ne pouvant réussir à faire élire un de ses fils, elle se donna le malin plaisir de traverser l'élection du prince de Conti. Louis XIV se souvint-il plus tard de cette opposition taquine, ou voulut-il seulement couper court aux vains conflits de préséance ? lorsqu'elle se résolut à quitter Rome, après la mort de son père, pour se fixer en France, il mit à sa disposition telle résidence royale qu'il lui plairait de choisir, Blois, .\mboise, Chauibord, mais il lui interdit 1 accès de la cour. Son orgueil déçu se consuma sur les bords de la Loire; elle s'y éteignit en 1710, à soixante-dix-sept ans, sans avoir pu |)énétrer dans la terre promise. Bussy regrettait galamment que la fortune n'eût pas donné