‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 37 sur 318 · DangeaUf 2 décembre · texte numérisé non relu

DangeaUf 2 décembre

2. Le duc de Lesdiguières avait épousé en 1696 une fille du maréchal de Duras.

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grand écuyer, parent de iM"^ d'Elbœuf, dont le crédit était rcdoulable; il parle aux minisires, il parle au roi; il se prend d'une belle passion pour les intérêts de TÉtat, il signale élo- (juemment le danger de laisser s*introduire en Italie la maison de Lorraine, soutien de Tempereur d'Allemagne. Le roi se laisse persuader, et M"* d'Enghien semble toucher au but de ses longs désirs, tenir endn un mari. Cène fut qu'une illusion. Sa laideur fut plus forte que la raison d'Etat, plus forte que la volonté du roi, et fit reculer M. de Mantoue. Il se défendit poliment, mais résolument, et lui échappa: son cœur restait pris par la dame de la bague.

Ici la scène change : c'était lui qui tout à l'heure se dérobait, fuyait; c'est lui qu'on va fuir, et qui, de persécuté, se fait persécuteur. M"* de Lesdiguières était une honnête femme ; elle vivait aimé son premier époux , elle le pleurait encore, et ne voyait point le monde. Le duc de Mantoue s'ingénie vainement à la rencontrer, et, désespérant d'y réussir, il va faire ses doléances au ministre des affaires étrangères ; celui-ci les trans- W au roi, et le roi invite le maréchal de Duras à agir sur I esprit de sa lille. Le singulier rôle pour un père d'avoir à •"éfuler des raisons de la nature de celles qu'allègue M*"* de ''Csdiguières : « sa répugnance à s'abandonner aux caprices 'l à la jalousie d'un vieil Italien débauché; l'horreur qu'elle -oncevait de se trouver seule entre ses mains en Ilalie, et la 'rainte raisonnable de sa santé avec un homme très-convaincu le ne l'avoir pas bonne ».

Les parents, les alliés du maréchal accourent à son aide. ^int-Simon, qui le croirait? se charge de livrer un nouvel issaut à la résolution obstinée de la jeune veuve, cousine de •îi femme. Cet époux, dont il sait tous les vices, dont il trace, 'u cours même de ce récit, la flétrissante peinture, il le recom- Glande chaleureusement à sa parente ; il nous redit, sans ombre d'un scrupule, les raisons dont il appuie ses conseils : e désir et l'intérêt du roi, l'état d'une grande et besoigneuse amille. Le maréchal de Lorges n'est plus, le maréchal de ^uras est chargé d'années ; de ses deux fils, l'alné est mort, '^ laissant que des filles qui emportent tout le bien ; l'autre est ^une et pauvre; il y a nécessité pressante de soutenir une Qaison qui tombe. Avocat perfide, il essaye même de piquer

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au jeu la vanité réminiue et de tenter M"** de Lesdiguiërespai le plaisir de soufOer un prince à M"* d'Elbœuf. Étrange force du préjugé aristocratique qui pouvait à ce point étouSer la conscience d'un honnête homme I Et puis Saint-Simon n'a-t-il pas aussi un intérêt personnel d'amour-propre ou de faveur à conclure ce mariage, à devenir le cousin germain d'un souverain parent de Louis XIV *?

Éloquent en pure perte, et à bout de moyens, il avise le couvent où sa parente avait été élevée, et les chastes filles de Sainte-Marie plaident à leur tour auprès de leur ancienneâève la cause d'un prince perdu de débauche, du sultan de Mantoue. En même temps un second ministre intervient, Pontchartrain après Torcy ; il ordonne, il menace au nom du roi. M. le Prince, qui voulait se consoler de son échec en faisanl échouer aussi les Lorrains, témoigne une subite tendresse pour M™* de Lesdiguières, rappelle gracieusement sa parenté avec la maréchale de Duras, issue comme lui du connétable de Montmorency, et promet de faire la noce à Chantilly, comme poar sa propre iille.

Al"" de Lesdiguières ce[)endant lient bon et n'accorde même pas H M. de Mantoue le plaisir de la contempler à son aise; en vain il s'embusque dans l'église des Minimes, l'épie à sa sortie : elle passe en s'enveloppant de son voile de veuve. M. de Mantoue recommence h se plaindre, à invoquer les nû' nistres, à supplier le roi. C'est le plus lamentable et le plo^ piteux des amants. Sire, faites que M°** de Lesdiguières m'épouse, faites qu'elle m'aime, faites qu'elle me montre ii moins un peu de son visage : il s'était donné à la France, il lui avait livré sa capitale ; c'était M""* de Lesdi^ères qui devait payer le prix de son alliance.

Le roi entre dans ses désirs, épouse sa cause et envoie Torcy à l'hôtel de Duras. Sur le mariage, M"" de Lesdiguières fut inflexible ; sur la légère complaisance sollicitée, elle essaya de résister, la trouvant au moins superflue, mais Torcy insistant au nom du roi, elle dut obéir. M. de Mantoue retourna aux Minimes et put cette fois contenter ses yeux.

1. M. de Mantoue était arpière-petit-flls d'une sœur de Marie dcMédicis. (banfjeaH, tO décembre 1703).

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Elle avait pris M"'' d'Ëspinoy avec elle ; prête à sortir, elle leva ses coiffes, passa lentement devant M. de Mantoue, lui fit uue révérence en glissant, pour lui rendre la sienne, et comme ne sachant pas qui il était, et gagna son carrosse.

Sa vue ne fit que renflammer davantage. « Elle était fort belle, faite en déesse, de grande mine et encore fort jeune. » 11 devint plus pressant que jamais. L'affaire fut traitée en plein conseil; le roi promit de doter M""' de Lesdiguières, de lui assurer sa dot et son retour en France, quand elle deviendrait veuve, et de la protéger au cours du mariage. « En un mot, dit Saint-Simon, elle fut tentée de toutes les façons les plus honnêtes, les plus honorables. » Une amie de sa mère, M™® de Creil, « si connue pour sa beauté et sa vertu » (encore une honnête personne fourvoyée dans une affaire qui ne Tétait guère), prêta sa maison pour une réunion de toute la famille, qui fit un effort suprême ; on n'y gagna qu'un torrent de larmes. Il est difficile d'imaginer des obsessions plus énergiques et une résistance plus honorable, j^allais dire plus glorieuse, en songeant à l'esprit de cette société. Cependant la situation devenait grave : le roi pouvait se blesser, user de son autorité. M"" de Lesdiguières sut heureusement joindre l'adresse à la fermeté ; elle s'avisa de combattre son persécuteur avec ses propres armes, elle opposa ministre à ministre, Cbamillard à Torcy. Elle écrivit au roi une lettre habilement i^pectueuse, où elle le remerciait de ne l'avoir point contrainte et flattait son orgueil royal de sa résistance même,' en lui déclarant qu'elle aimait mieux être sa sujette en France que reine en Italie. Le roi, touché d'un tel argument, lui rendit sa liberté, en lui témoignant son estime. M°" de Lesdiguières était définitivement perdue pour M. de Mantoue : il n'avait 5U d'elle, somme toute, que la révérence aux Minimes.

Les Lorrains, évincés une première fois, épiaient ce dé- Qoûment ; voyant le terrain libre, ils reprennent leurs desseins et leurs espérances, et une troisième campagne matrimoniale s^engage, qui n'est pas moins curieuse que les deux précédentes. La situation est même plus originale, lusqu'ici, dans les mariages tentés, un parti du moins voulait bien de l'autre: M""" d'Enghien souhaitait M. de Mantoue, M» de Mantoue brûlait pour M""^ de Lesdiguières. Maintenaul

dS LA NOBLESSE DE RACE.

les deux partis se fuient l'un l'autre; il faut les rapprocher, les unir en dépit de leur résistance, et de plus gagner le roi, prévenu contre ce mariage.

On enveloppe le duc de Mantoue d'agents déguisés. L'envoyé d'Espagne à Mantoue, qui l'avait accompagné à Paris, d'esprit fin et entreprenant, s'entremet, s'insinue, prépare les voies; il est secondé par un Italien, qui avait pris le nom de SaintiMayol, théatin défroqué, souple, alerte, habile h persuader, à corrompre. On prodigue dans l'entourage du prince l'intrigue et l'argent II on fait briller aux yeux du vieux débauché la taille, la beauté, les attraits de M"' d'Elbœuf. Celle-ci n'est pas moins entourée, sollicitée, pressée. Elle était d'humeur indépendante, impérieuse ; elle faisait sentir son joug même à sa mère ; elle aimait la cour, elle y brillait ; elle avait un rang» du bien, une réputation entière, et prétendait ne pas se marier ou se marier h son gré. On la conGne à Paris, on la sèvre de Versailles, de Marly, de toutes les fêtes, de tous les plaisirs. M'"" d'Elbœuf se souvenait apparemment de l'hôtel deNavailles, et voulait donner à l'époux proposé l'air attrayant d'un libérateur. M"® de Lislebonne, M"* d'Espinoy, toute la maison de LoiTainc bat en brèche sa résistance. M"* d'Elbœuf associe même à l'œuvre commune une bâtarde de son mari, quiavaîl la confiance de sa fille, et tout l'esprit du monde ; pour la rendre plus persuasive, on lui fait un présent considérable, on lui montre une fortune, un mari sans doute par delà les Alpes. M"' d'Elbœuf, cernée de toutes parts, fut vaincue, se rendit.

Quand on jugea les deux partis à point, on aborda le roi que M. le Prince avait fortement excité contre les vues des Lorrains. On lentretint des mariages déjà tentés, puis forcément abandonnés, du nouveau choix de M. de Mantoue, de la nécessité de ménager un allié qui voulait prendre sa femme parmi ses sujettes ; bref, on parla si bien et M. le Grand avait sur lui un tel ascendant qu'il consentit à laisser faire, sous la réserve que le mariage se célébrerait non à Paris, mais à Mantoue. Cette réserve, c'était M. le Prince qui l'avait obtenue : M. le Prince décochait aux Lorrains la flèche du Parthe. Outre le dépit de l'amour-propre déçu, la chose leur donna quelque souci. Si Je mari dont la capture avait coûté tant d'elToils

allait changer d'avis en route et leur échapper? Mantoue était si loin et le duc était si Yolage! Il devait gagner Tltalie par (erre, sa femme par mer : du moins on ne le lâchera pas avant l'endroit où le chemin fourche^ et voilà M"* d'Elbœuf avec sa fille et sa sœur, M"' de Pompadour, à courir en carrosse derrière leur proie, derrière « leur homme » qui filait à cheval vers l'Italie, le serrant d'aussi près que possible.

En chemin, leur frayeur ne fit que redoubler. C'était à Lyon qu'on devait se séparer; faudra-t-il donc laisser ce douteux époux en liberté, l'abandonner à sa mobilité naturelle? Elles ne purent supporter cette idée, et dès Nevers M"* de Pompadour jugea nécessaire de brusquer l'hyménée. 11 faut dire à sa décharge qu'elle convoitait aussi cet auguste neveu pour son compte, afin d'obtenir, avec son appui, l'ordre du Saint-Esprit pour M. de Pompadour. Elle lui propose de ne pas dilférer plus longtemps son bonheur et de célébrer immédiatement le mariage. M. de Mantoue se défend du mieux qu'il peut, et, pendant ce temps, on envoie demander la permission de l'évêché. Mais voyez la malechance! L'évéque se mourait (il prenait bien son temps !) ; son grand vicaire avait la conscience scrupuleuse, il s'étonne de la demande sollicitée, il abonde en objections, et cependant le malheureux prince disputait toujours. Maispressé par trois femmes beaucoup moins timorées que le grand vicaire, il linit par se rendre. On avait sous la main l'aumônier de son équipage ; il est appelé, il monte, il unit les époux dans une chambre d'hôtellerie. La cérémonie à peine achevée, tout le monde se retire avec un empressement discret, malgré les instances du mari, flui ne tient nullement au tête-à-tête. M"** de Pompadour, "npalienle d'être la tante incontestée du duc de Mantoue, reste i la porte, aux écoutes. Elle écouta en vain, la conversation fut des plus réservées, et bientôt M. de Mantoue, s'étonnant de 'a fuite de la compagnie, lui criant de revenir, elle .dut rentrer avec tout le monde ; mais assez de temps, du moins, s'était écoulé pour autoriser toutes les suppositions. M. de Mantoue, malgré l'heure avancée, prit aussitôt congé de sa femme, et repartit à cheval pour son duché, sans être suivi, même usqu'à Lyon, mais enchaîné par une bénédiction qui ne laissait Mis, faute de mieux, de rassurer la maison de Lorraine.

C'est ainsi que des femmes du premier rang, dans le siècle des hautes convenances, osaient courir et forcer un mari, selon le mot énergique de Saint-Simon. Cette aventure cynique nous donne la mesure de Tambition qui dévorait les âmes. Le roi la jugea sévèrement, mais les Lorrains s'excusèrent sur la crainte d'un affront, sur la nécessité d'enchatner Thumeur vagabonde de M. de Mantoue. Leur tactique était « de tout oser, puis de tout plâtrer » ; elle leur réussit encore cette fois. j^me Qi ]^|ii« d'Elbœuf s'embarquèrent môme, à Toulon, sur deux galères royales ; leur traversée fut accompagnée de cruelles angoisses : des corsaires leur donnèrent la chasse. Le roman matrimonial, jusque-là si comique, faillit tourner au tragique, et la nouvelle duchesse de Mantoue courut le risque d'être esclave en Afrique au lieu de régner en Italie ; elle en fut quitte pour la peur et réussit à atteindre la côte de Toscane. On refit peu après le mariage, et la bénédiction solennelle de révéque de Tortone régularisa la cérémonie un peu hâtive de rhôtellerie de Nevers.

L'orgueil des Lorrains était satisfait, mais cette satisfaction coûta cher à M"*' de Mantoue. Son mari, soit dépit, soit jalousie, la séquestra dans son palais; les fenêtres étaient murées très-haut; d'implacables duègnes la gardaient à vue : sa beauté, qui naguère parait les fêtes de Versailles, n'éclairait plus qu'une prison. Sa mère elle-même n'avait la permission de la voir qu'une heure par jour, et jamais sans témoins. M"' de Lesdiguières n'avait-elle pas bien fait de résister au roi et à Saint-Simon ?

M"*« d'Elbœuf revint en France au bout de quelques mois; elle se tut, elle mentit même par amour-propre, et entretint les gens du bonheur de sa fille ; mais les nouvelles arrivées d'Italie, les lettres des officiers français, disaient tout le contraire. Elle-même finit par avouer la vérité, si humiliante qu'elle fût. Une vraie princesse Lorraine aurait eu la force de se taire jusqu'au bout ; elle ne l'était que par alliance, non par naissance.

W^* de Mantoue ne dut un commencement de liberté qu'à nos revers en Italie (1707). Soji mari, dépouillé de ses États, se retira à Venise ; elle, dans un couvent de Lorraine. Bientôt vint l'affranchissement complet, M. de Mantoue n'ayant

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survécu que d'un an à la perte de sa couronne. Jadis, pour la tenter, M. de Vaudemont lui avait fait entrevoir la riante et haute situation de veuve de souverain, mais sa prédiction n'était qu'imparfaitement réalisée, car la fortune avait emporté non-seulement le souverain, mais la souveraineté de Mantoue.

M"** de Mantoue reçut de grosses pensions, 40000 francs de Louis XIV, 30 000 francs de Philippe V. Le roi l'accueillit avec beaucoup de bonne grâce ; il la loua de sa beauté, lui fit présent de son portrait, lui donna un appartement à Vincennes, un autre à Versailles^ mais.... il ne lui reconnut pas le rang de souveraine. Pour éviter toutes les querelles de cérémonial, il fut décidé qu'elle garderait l'incognito. Saint-Simon en fut ravi ; il note avec une satisfaction peu contenue la façon dont M"® d'Elbœuf et sa fille furent accueillies par Monseigneur à Meudon : a II les y reçut sans les faire asseoir, sans leur rien proposer à manger, ni à boire, ni aucun jeu, ni aucune promenade; une demi-heure au plus termina une visite si sèche. » L'orgueilleux duc et pair se serait-il montré si sévère à la reine déchue, si cette reine eût été M"** de Lesdiguières, sa parente ?

Dangeau voit et présente les choses sous un meilleur jour. « M"*" de Mantoue alla à Meudon et vit Monseigneur dans sa petite galerie du château neuf. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry y étaient ; Monseigneur leur fit beaucoup d'honnêtetés malgré Tincognito. » Dangeau avait marié son fils à M"* de Pompadour, nièce de la duchesse de Mantoue.

Le peuple donna aussi son témoignage sur cette visite ; il n'entendait rien à ces misérables luttes d'amour-propre, mais il se scandalisa du grand équipage de la visiteuse : elle traversa le faubourg Saint-Antoine avec deux carrosses à six chevaux. On était en 1709; un hiver terrible avait éprouvé Paris et laissé partout de cruelles souffrances ; la foule s'amassa, gronda, éclata en injures sur le passage de cette reine qui ne savait pas lui dérober son faste et respecter sa misère. Il ne fallut rien moins que l'intervention des mousquetaires pour la dégager.

Son orgueil, excité par Torgueil maternel, lutta longtemps encore, mêlant la hardiesse à l'habileté. Elle tenta, chez la

7f LA NOBLESSE DE RAGE.

duchesse de Bourgogne, le siège à dos qui s'oiïrait aux femmes et veuves des souverains réels, à leur première visite : sa mère le sollicita ardemment pour elle et fut quatre fois refusée Saint-Simon savoure ces refus redoublés : « M""* d*Elbœu avait eu la folie de parler de M. le duc de Bcrry comme d'ua parti sortable à peine pour sa fille, et je pense que cela e«. quelque part au refus du siège à dos. » Elle essaya, à Timitation des petites-filles de France, de ne point offrir de fauteui ni tendre la main aux dames qui la visitèrent : la marquise d^ Bellefonds y fut prise une fois, mais pas deux; aucune femia^ titrée ne se risqua plus à Vincennes. Elle voulut prendre N pas sur réquipage du duc de Montbazon, gendre de M. d^ Bouillon, n'y put réussir, se plaignit au ministre des affaires étrangères, et en fut pour le ridicule de sa démarche.

De guerre lasse, elle se résigna à paraître ce qu'elle était polie, gracieuse, spirituelle, aussi peu que possible duchesse (le Mantoue. Bile s'établit à Paris, fit les premières visiter avec un seul carrosse à deux chevaux, comme tout le monde, reçut les gens avec simplicité, donna la main, oiïril les fauteuils ou les laissa à l'abandon. Sa maison fut une des plus attrayantes de Paris. On y jouait un grand jeu, mais le ton y restait décent. On y vint, on y retourna, et M"* de Manloue n*eut qu'à se féliciter de Tabandon de ses chimères. Cette agréable vie fut malheureusement trop courte : elle mourut à vingt-quatre ans, dans tout Téclat de sa beauté, avec une piété et un courage qui émurent les assistants. Le roi prit le deuil pour quelques jours. Cet honneur méla-t-il quelque consolation à la douleur de sa mère ? M"* d'Elbœui eut encore la satisfaction d'être comprise dans le traité de Rastadt, pour les pensions que le roi devait à sa fille, doni elle était héritière. Elle ne lui survécut que de quelques années, et succomba à la suite de cruelles opérations patiemment et pieusement supportées. Toutes ces vaniteuses savaient du moins mourir. Celle-ci payait dépeignantes souffrances et d'une fin relativement prématurée le rang de princesse qu'elle avail demandé à M. d'EIbœuf. « Elle mourut, dit Saint-Simon, d'une longue suite de maux qu'elle avait gagnés de son mari. »

0 vanité des espérances humaines! M""' de Pompadour ellemême ne toucha pas le prix du zèle hardi qu'elle avait dé-

plo^éduns le mariage de M"" d'Elbœuf; elle avait trop compté sur le crédit de son neveu : M. de Pompadour n'obtint pas Vordre du Saint-Esprit*.

Les d'Armagnacs, cadets de la maison d'Elbœuf, tirèrent encore un meilleur parti que leurs aînés de leur illustre origine.

le chef de cette tige, fils putné du premier duc d'Elbœuf,

"enri de Lorraine, comte d'Harcourt, sollicita par Tentremise

<'e Boisrobert la main d'une parente de Richelieu, quelle

9^ elle fût : la femme importait peu, le cardinal était tout. Il

^«îvait en cela l'exemple donné par le comle de Guiche, le

Aitur maréchal de Gramont. Richelieu avait trois nièces à la

/^ode de Bretagne; il en avait promis une au comte de Guiche,

'' la lui retira pour la donner à un favori de Gaston, Puy-

'^Uïens, qu'il voulait s'attacher, et lui en offrit une autre en sa

P'^ce. Le comte de Guiche se prêta gracieusement à l'échange

^^ répondant que c'était son Eminence qu'il épousait et non

^ femme. Cette spirituelle indifférence lui valut un tout-

P^îssant protecteur et une promotion anticipée de maréchal

^^ France. M. de Puyiaurens fut moins heureux : sa femme

J^^ put le sauver de la Bastille où ses intrigues le firent en-

^Vmer et où il mourut. C'est cette même M™* de Puyiaurens

^Ui épousa en secondes noces le comte d'Harcourt et qui lit

^^ fortune, même après la mort du cardinal. Vaillant et loyal

^Upitaîne, mais sans biens, le comte d'Harcourt disait gaiement

^ue ses fils seraient de simples soldats et auraient noms la

^'erdure et la Violette*. M"* d'Harcourt fit mentir ce pronostic.

Elle eut Tart, quoique nièce de Richelieu, de se mettre bien

avec la reine mère, et, à la mort de Louis XIII, elle obtint à

son mari la charge de grand écuyer. Saint-Simon assure que

son père avait la parole du roi mourant, et il garda toujours

sur le cœur la faveur surprise par la maison de Lorraine.

1. Saint-Simon y t. III, ch. ix; t. V, ch. m; t. IX, ch. xv. — Dangeau^ août 1708, août 1709.

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