‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 38 sur 318 · Tallemant, t. V : /e Comte d'Harcourt · texte numérisé non relu

Tallemant, t. V : /e Comte d'Harcourt

7i LA NOBLESSE DE RA.CE.

Engagement royal à part, le comte d'Harcourt avait d'autr titres à cette récompense que le père de Saint-Simon : 1grandes actions qu'il avait dans sa vie lui permirent dédaigner le défi du rival évincé; le favori de Louis XIII d renoncer à se venger et ensevelir sa colère dans son gouveir^ nement de Blaye *.

Le comte d'Harcourt, grand écuyer, pouvait être tranquille sur l'avenir de ses enfants. La Verdure et la Violette firent bonne figure à la cour de France: j'ai nommé M. d'Armagnac, le chevalier de Lorraine, le comte de Marsan. Les plus jeunes eurent aussi leur part en bonnes et grasses abbayes. L'atné, M. d'Armagnac, n'était pas homme à laisser déchoir la fortune et l'éclat de sa maison. Il tire de larges revenus de sa charge de grand écuyer et des menues charges qui en dépendent; il est grand, magnifique, vraiment prince; haut avec tous, il rampe devant un seul. La faveur royale est le bien par excellence, il la ménage avec une habileté qui le place à côté des courtisans d'élite, des la Rochefoucauld, des d'Antin, des Villeroy. Donnons soit portrait tout entier, ce n'est pas commettre un hors-d 'œuvre ; nous sommes au cœur même de notre sujet: un tel beau-père était un trésor inestimable.

Une très-noble et très-belle figure ; toute la galanterie, la danse, les exercices, les modes de son temps; une assiduité infatigable; la plus basse, la plus puante, la plus continuelle flatterie ; toutes les manières et la plus splendide magnificence du plus grand seigneur avec un air de grandeur naturelle qu*il ne déposait jamais avec per* sonne, le roi seul excepté, devant lequel il savait ramper comme par accablement de ses rayons, furent les grâces qui charmèrent ce monarque, et qui acquirent, quarante ans durant, à ce favori les distinctions et toutes les privances, toutes les usurpations qu'il lui plut de tenter, et toutes les grâces, pour soi et pour les siens, qu'il prit la peine de désirer, qui réiluisirent tous les ministres, je dis les plus audacieux, les Seignelay , les Louvois et tous leurs successeors, i se faire un mérite d*aller chex loi et au-devant de tout ce qui lui pouvait plaire, et qu*il recevait avec les façons de supériorité polie comme tout ce qui lui était dû. 11 avait su ployer les princes du sang même, bien plus, jusqu'aux bâtards et aux bâtartles du roi, à la même considération pour lui et i une sorte d*égalité de maintien avec eux cbei lui-même ^.

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