‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 44 sur 318 · Addîlions à Dangeau, 12 décembre 17 li · texte numérisé non relu

Addîlions à Dangeau, 12 décembre 17 li

2. Longepicrre (1659-1721), auteur de traductions en vers cl de tragédies médiocres.

3. Ville et duché d'Italie entre le Mantouan et Crémone. (Moreri.)

LES MAISONS PHliNClÊRËS. 81

que dix-neuf ans, mais M"* d'Armagnac en avait vingt-six, et ne pouvait guère attendre qu'il vieillît. Trop vieux, trop jeunes, ces maris ont rarement Tàge convenable. Toutes les dirGcultés étaient aplanies ; le mariage, bien vu du roi, comblé de ses faveurs, était aiTêlé : il ne restait plus qu'à recevoir les compliments du monde, lorsque tout rompit. Les mariages rompus parfois se renouaient ; on ressaisissait Fépoux échappé : le prince d'Ëlbœuf fut perdu pour tout de bon. Il servait en Italie; il y périt quelques mois plus lard en chargeant follement Tenncmi; un hussard de M. de Savoie lui cassa la tète d'un coup de pistolet *. Dangeau se tait sur la cause de celte rupture subite. Y eut-il quelque froissement d'intérêt ou d'amourpropre? Ou bien le prince d*Elbœuf éprouva-t-il le même genre d'inquiétudes que le margrave d'Anspacb, qui fut aussi (iMadame ne nous dit point à quelle date) l'un de ceux qui soupirèrent pour M"* d'Armagnac *. Le margrave ne vit point sans défiance les hommages hardis qui s'empressaient autour d'elle; Madame, qui veillait sur ses compatriotes, redoubla charitablement ses alarmes : c'est en vain qu'on lui donna heau jeu, pour l'engager ; il n'osa, contint son amour et échappa à la sirène.

L'année qui suivit le mariage manqué avec le prince d'ElbœuF, le roi proposa à M"' d'Armagnac un époux qui semblait promis au trône ; mais le trône était en Italie, et l'époux touchait à la cinquantaine. Le grand-duc de Toscane n'avait P^s d'enfants, ni chance d'en avoir, sa femme s'obstinant lï vivre à la cour de France ; l'aîné de ses fils était mort sans postérité; le cadet avait été, comme son père, abandonné par sa femme avant d'en avoir. Le cardinal de Médicis, frère du giand-duc, se crut appelé h continuer la dynastie : il n'avait pas les ordres ; il était d'ailleurs aussi peu cardinal que poss^'ïle, toujours vêtu en cavalier et n'ayant de rouge que les "as. Ses inclinations étaient tournées vers la France : il ap- P^yait sa politique étrangère, il voulut s'y marier et tenir sa femme de la main .du roi. Celui-ci, qui avait enlevé le conile ^6 Toulouse à la tille de M. le Grand, crut la dédommager en

^- VveflU, 28 juin 1705.

'• Lettre du UawWniQ.

BERTIN. li

8i LA NOBLESSE DE RACE.

avait bien travaillé pour le prince Charles: en enlevant le comte de Brionne, elle avait fait de ce cadiït un atné ; la survivance de la charge de grand écuyer, ce brillant appât matrimonial, était passée sur sa tète. M. d'Ëlbœuf, après avoir perdu son (ils unique en Italie, avait longtemps sollicité du roi et obtenu du régent, pour ce fils de M. le Grand, la survivance de son gouvernement de Picardie, d'Artois et de Monlreuil, c'est-à-dire 80000 livres de rente en expectative ^ L'esprit de famille rassemblait volontiers sur une seule tète toutes les grandeurs et toutes les espérances d'une maison. Je trouve dans la dot du prince Charles, outre ces survivances, un pont en Normandie, qui lui rapportait de 10 000 à 12 000 livres de rente : le roi, en ordonnant la construction de ce pont, lui avait accordé le droit de péage pour lui et pour ses héritiers. « Ce pont, dit le /ournaf, feragi'and l)icii à cette province *. » Daiigeau pouvait ajouter : et aux descendants du grand écùyer. Ce prince, ainsi nanti, épousa la filledu du(; de Noaillcs, la petite fille du maréchal de ce nom. Elle n'avait |)as treize ans et elle avait déjà failli se marier avec un prince île moins bon aloi, de la maison de Bouillon. Sa dot était de 800000 livres; son père avait la faveur du régent et la direction des finances. Le duc de Noailles, ravi de trouver un gendre d'aussi haute naissance, lui obtint une grâce inouïe, un brevet de retenue d'un million sur la charge de grand écuyer: c'était l'éterniser dans la même maison^, personne ne pouvant en offrir un aussi gros prix. Les regrets et te dé[)it de Saint-Simon se renouvelèrent avec un surcroît d'amertunc *.

iM. le Grand s'éteignit en 1718 dans l'abbaye de Royaumonl, dont son père et lui avaient fait la maison de plaisance de la famille. Sa fin fut beaucoup plus chrétienne que sa vie. Personne, sauf le maréchal de Villeroy, son beau-frère, ne le

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