Saint-Simon f t. X, p
1 Sêvigné, V avril 167-2.
duc d'EIbœuf, M"' de Lislebonne : elle était grande, bien faite, belle et gracieuse. Marié ou non, il continua ses désordres de tout genre. Une attaque d'apoplexie, le mal de la maison de Lon*aine, le frappa mortellement tandis qu'il causait, dit Madame, avec M"»" de Macé, et lui racontait ses débauches de la précédente nuit*. Il avait 100000 écus de rente et ne laissa pas de quoi se faire enterrer.
Le comte do Marsan, cadet du chevalier de Lorraine, avait surtout l'ànie bassement avide. Il était le courtisan-né des maîtresses du roi, des ministres, des financiers, de tous ceux qui pouvaient lui procurer des affaires. Le mariage ne fut pour lui qu'une affaire et des plus lucratives. Il en fit ou en tenta jusqu'à trois pour grossir son lucre. Il avait, à la taille près, qui était extrêmement petite, d'irrésistibles séductions, de la valeur, du monde, beaucoup de politesse et le jargon des femmes : il les exploita sans pudeur.
Il commença par faire tourner la tête à la veuve du maréclml d'Aumont : elle ne l'avait pas fort rassise, malgré son âge avancé et quarante ans de mariage. Elle était de famille dérobe, (i(»s Scarron de Paris, comme le mari de M™* de Maintenon; ses biens étaient considérables : elle acheta M. de Marsan pour 500000 écus. Malheureusement l'affaire traîna en longueur, transpira, arriva aux oreilles du roi, qui marqua son mécontentement. Le courtisan essaya de donner un agréable tour à sa vilenie : « Sire, j'ai vu que mes services ne méritaient aucune récompense auprès de vous ; j'avais tâché de me mettre en état de vous les rendre à l'avenir sans vous importuner de ma misérable fortune. » Il devenait dangereux de passer outre; en mêm(î temps les trésors de M™* d'Aumont, soit qu'elle les eût surfaits, soit qu'elle rabattit de ses offres, se réduisirent à 100000 écus. « Ah ! pour 100000 écus, s'écriait gaiement M""* de Sévigné, je ne voudrais pas coucher avec cette sorcière^. » M. de Marsan fit la même réflexion et n'épousa pas la maréchale, mais, spéculant sur sa folle passion, il ne laissa pas de tirer d'elle toutes sortes de dons précieux, meubles, pierreries, sommes énormes; elle dénaturait, détournait, cachait son bien pour le lui faire tenir. Son fils, le duc
1. Correspondance de Madame^ 31 mars 1716. % Lettre du 27 novembre 1675.
LES MAISONS PRINGIÈRES. 87
'\umont, obtint du roi la permission de la faire interdire et (itemer dans un couvent; elle y mourut toujours éprise. On îtait convaincu qu'elle avait enterré de grandes sommes d'argent ; on chercha sans rien trouver. Son testament, qu'elle n*avait pas modifié, laissa 400000 écus à M. de Marsan, juste autant qu'il aurait eu par contrat de mariage, et il avait gardé la faculté d'épouser, parlons mieux, de dépouiller une autre femme.
Il s'était marié à une fille du maréchal d'Âlbret, veuve du marquis d'Âlbret, son cousin germain. Les d'ÂJbret étaient des bâtards de la maison d'où sortit la mère de Henri IV. La fille du maréchal n'avait pas été fort heureuse dans son premier mariage. C'était une franche héritière, « laide, riche et maussade », et c'est à ce titre que son cousin l'avait épousée. Jeunç, galant, présomptueux, se croyant du sang des rois de Navarre, il mena libre vie et fut tué, allant à un rendez-vous d'amour, par le mari de sa mal tresse *. Sa veuve, qui n'était pas gâtée par les kommages, écouta le comte de Marsan, et pour l'épouser lui donna tout son bien. « M. de Marsan, écrit M"* de Sévigné à son cousin, épousa hier M*"* d'Albret ; je pense que l'amour n'était pas de cette fête ^ — M. de Marsan, répond Bussy, ne fait pas de cas de la compagnie de ce dieu dans les cérémonies où on l'appelle d'ordinaire^. » La réputation du personnage était faite et bien faite. Il se divertit avec le bien de sa femme et la laissa se morfondre dans l'abandon et le dénùment ; il la perdit au bout de dix ans.
Le sort de cette infortunée ne fit pas reculer M"'' de Seigneiay. C'était encore une veuve, mais très-bien faite, avec wne grande mine et de brillants restes de beauté. Elle avait aussi le genre d'attraits qui ravissait M. de Marsan, 75 000 livres de rente et 800000 francs dont elle pouvait disposer en faveur des enfants d'un second lit. Elle était née Matignon; après avoir joui du faste et de l'autorité des Colbert, elle brûlait d'un nom et d'un rang dignes de sa naissance. Le dépit d'un mariage manqué avec le fils aîné du maréchal de Luxembourg précipita son mariage avec M. de Marsan.