‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 50 sur 318 · Histoire de Louvois de G. Roussel, l I, ch. m · texte numérisé non relu

Histoire de Louvois de G. Roussel, l I, ch. m

LES MAISONS PRINCIÊRES. ()3

nalité. En dépit de sa figure, de sou embonpoint, de ses dehors de sanglier, et, lorsque les années arrivèrent, en dépit de sou âge, il ne cessa d'être amoureux ; il le fut même de sa femme, du moins de la seconde. Il est vrai qu'il commença à Taimer du vivant de la première ; à peine veuf, sa passion l'emporta sur les bienséances, et il sollicita du roi la permission de l'épouser*. Remarquons d'ailleurs, à l'honne^ur de M. d'Auvergne, que M"*" d'Aremberg-Wassenaer n'avait d'autres biens que sa naissance, ses charmes, son mérite. Elle était Hollandaise, d'une maison ancienne, « chose rare en ce pays-là », ce qui ne laissa pas de toucher un homme très-glorieux de sa « princerie », mais elle appartenait à la religion calviniste, ^e qui pouvait être un obstacle au mariage. Le roi dérogea en sa faveur aux déclarations qui avaient suivi la révocation de Tédit de Nantes, et autorisa M. d'Auvergne à l'épouser et à l'amener en France. Le roi et M""* de Maintenon favorisaient volontiers les sentiments tendres ; peut-être aussi nourl'issaient-ils l'espoir qu'elle se convertirait un jour, ce qu'elle 'ït en effet de la meilleure foi du monde. La nouvelle comtesse parut digne de l'amour d'un plus jeune cavalier, mais ses yerlus assurèrent le repos et même le bonheur de son vieil ^Poux. Elle adoucit son humeur, le rapprocha de ses enfants, ^l^i disputaient contre lui pour la succession maternelle, et mit ^ paix dans une famille divisée : la cour admira sa sagesse ^^core plus que sa beauté *.

tin autre neveu de Turenne épousa l'Église : il fut cardinal

'^ vingt-cinq ans (1669), grand aumônier de France à vingt-

"^it, et bientôt abbé d'innombrables abbayes. Quelle héritière

^^t pu lui apporter une dot égale à ses magnifiques revenus?

" île lui manqua, pour les conserver, qu'une âme moins hau-

^^ine et plus française ^ Les deux derniers neveux de Turenne,

^ù lieu de prendre leur part des grands établissements de leur

^^aison, eurent la sottise de se faire tuer en duel. Quant aux

filles, l'une, la fière M'*" de Bouillon, ne daigna pas se marier

ei mourut à quarante-trois ans sans avoir trouvé de parti digne

1. Il perdit sa première femme le 17 octjbre 1698 et épousa la seconde 1 • 1"^' avril 1699.

2. Saint-Simon^ t. !, p. 432; t. IV, p. 64. 3 Ibid.j t. V, ch. xxiv.

d'elle; deux furent religieuses. Les seules mariées le furent de la main deTurenne : Tune épousa, nous Tavons dit, le prince d'Elbœuf, non sans qu'il en coûtât quelque déboire à l'orgueil des siens ; l'autre, un frère de l'électeur de Bavière, ce qui lui valut l'honneur d'être la tante de Madame la Dauphine ^.

Cictte branche atnée des Bouillon ne cesse pas de travailler par de brillants mariages à soutenir la fortune de la maison. C'est un labeur en quelque sorte nécessaire : la gloire d'un grand nom s'éloigne, les biens s'écoulent, la faveur s'use ; il faut chercher de nouveaux et solides appuis. Le prince de Turenne, le fils aine du grand chambellan, compromis dans le départ des princes de Conti, ses cousins, pour la Hongrie ', retrouve enfin les bonnes grâces du roi, et, pour les mieux assurer, épouse la fille de M™*" de Ventadour. Les Ventadour, qui formaient une branche de l'illustre maison de Levv, s'élaient alliés avec ce qu'il y avait déplus haut en France. Le duc de Ventadour était proche parent du prince de Condé; l'aïeule du premier, la mère du second, sœurs consanguines, étaient filles du connétable Anne de Montmorencv. Le duc et la duchesse de Ventadour vivaient, il est vrai, en fort mauvaise intelligence : la duchesse avait été quelque peu volage ; le duc s'était enfoncé dans de grossiers désordres, et sa fille avait été tirée de ses mains par sentence du Châtelet. Mais cette fille était enfant unique, héritière de biens immenses; sa grand'mère, la maréchale de la Molhe, était gouvernante des enfants de France ; enfin sa mère, dame d'honneur de Madame, avait depuis longtemps passé l'âge de la galanterie, et l'amitié de M™'' de Maintenon, en lui donnant un grand crédit, mettait le sceau à sa réputation nouvelle. D'autre part, M. de Turenne était l'alné de sa maison et chambellan en survivance : les deux partis étaient dignes l'un de Tautre.

Ce prince de Turenne avait de l'esprit et du cœur î son nom l'écrasait; il s*était efforcé du moins de le soutenir par l'intrépidité de son courage.. Il avait pris une part brillante à la campagne de Hongrie ; exilé à son retour, l'exil ne fut pas pour lui l'oisiveté. H s'enrôla contre les Turcs sous les drapeaux de

1. Elle mourut sans postérité en 1706* â. DangeaUf mars 1685;

Venise, se conduisit en héros, reçut du sénat de la république une épée d'honneur, et refusa le titre de lieutenant général, pour ne point renoncer à servir la France *. Rentré en grâce quelque temps avant son mariage, il justifia dans la campagne de Flandre la bonté du roi. Catinat, Luxembourg, admirèrent sa bravoure impétueuse ; à Sleinkerque, elle remporta trop loin : il y reçut une blessure dont il mourut le lendemain, tandis qu'il écrivait une lettre. La lettre était adressée à sa maîtresse *. Ne nous apitoyons pas trop sur sa femme, si vite oubliée, nous risquerions d'égarer notre pitié. Elle avait mis à profit la campagne de Flandre et trouvé le temps, en dix-huit mois de mariage, de faire beaucoup parler d'elle. Sa belle humeur a^vait été célébrée, chansonnée, et les chansons, prenant leur v^ol, s'étaient répétées jusque dans l'armée de Flandre. A peine v^euve^, elle n'eut que l'embarras du choix entre divers prélen- JhuIs. Ce fut un frère du défunt qu'elle distingua, le beau et spirituel chevalier de Bouillon, déjà célèbre par le cynisme de s^ vie et de son langage. M. et M"^ de Bouillon s'opposèrent * ce mariage: répugnaient-ils à s'allier deux fois à une femme ^Ussi gravement compromise? Loin de là : c'était non un simple p^det, mais l'aîné de la maison qu'ils voulaient lui donner, un J^Une abbé qui venait de quitter le petit collet à la mort de ^on frère, mais qui n'avait pas osé prendre son nom, ce lourd i^om de Turenne ; il avait préféré celui de duc d'Albret. ^l*^" de Turenne tint bon pour le chevalier et pressa ses beaux- Parenls de consentir à leur union, leur déclarant que son Mariage n'avait point été consommé avec M. de Turenne et ^u'elle pouvait en conscience épouser le chevalier de Bouillon. Touchants scrupules d'une personne qui ne passait pas pour timorée, non plus que sa belle-mère ! La difficulté, ce semble, n'était pas là. Le chevalier de Bouillon, séduit par la Çi^ndeur des biens présents et futurs, appuyait vivement ses instances. On l'envoya refroidir ses feux en province ; mais ^eux du duc d'Albret s'allumèrent en vain pour M"» de Tu-

1. Oraison funèbre du prince de Turenne^ par le père Gaillard, (Paris, lOOi).

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