Saint-Simoriy t. XI, p. 187.— Dangeau,^\ décembre
LES MAISONS PRlNCIÈnKS. 105
ïo^ <\e Pologne vivait en Silésie, dans ses terres; le duc de ^^îllon fit miroiter à ses yeux son titre de prince, scsélabliss^nients, répandit beaucoup d'argent autour de lui, et finit par '^ décider à donner sa seconde fille au prince de Turenne. C'élait un coup de maître que cette glorieuse alliance.
/.e grand-père de sa future belle-fille avait occupé longtemps le ^rône de Pologne et en avait illustré la couronne par ses grandes «Sciions; sa mère ^ était sœur de l'impératrice, épouse de Tempereur Léopold et mère des empereurs Joseph et Charles, et sœur aussi de 'a reine douairière d'Espagne, de la feue reine de Portugal, des électeurs de Mayence et palatin, et mère de la duchesse de Parme, mère de la reine, seconde femme du roi d'Espagne. Enfin la fille ninée du prince Jacques Sobieski avait épousé le roi d'Angleterre, relire à Rome.
Le mariage fut célébré par procuration à Neuss, en Silésie, et en personne à Strasbourg (1723) ; mais, le mariage à peine accompli, le mari tomba gravement malade. S'il mourait, la princesse s*en retournait, échappait aux Bouillon, une princesse amenée de si loin et au prix de tant d'efforts ! Heureusement le duc de Bouillon avait sous la main son second fils, un époux de rechange. A tout événement, il dépêcha le comte d'Évreux à Strasbourg pour déterminer IVP* de Turenne à continuer son voyage vers Paris. La précaution ne fut pas inutile: le mari mourut, mais on tenait sa veuve et on Tenveloppa si bien, que son veuvage fut de courte durée. Les Bouillon « la gardèrent tantôt chez eux, à Pontoise, tantôt dans un couvent du lieu, et n'en laissèrent approcher personne qui la pût imprudemment détromper des grandeurs qu'elle croyait aller épouser ». On ne pouvait faire lapartie plus belleau comte d'Evreux. Enfin la Silésie envoya le consentement paternel ; Home," la dispense, et le mariage se célébra, mais sans pompe, à cause du récent veuvage (1724). C'eût été merveille s'il eût bien tourné. La petite-fille de Sobieski, lorsqu'elle eut mesuré la grandeur de sa nouvelle famille, se trouva déçue, et il lui échappa de dire que son beau-père et son mari n'étaient que des bourgeois du quai Malaquais ^. Au bout de quelques années, elle
1. Le texte porte par erreur « sa femme ». Saint-Simon pense au fils de Sobieski.
2. Les Bouillon avaient acquis sur le quai Malaquais (au n° 17) l'hôtel bâti par le financier la Bazinière. (Voyez livre V.)
éprouva le désir de revoir son père et la Silésie; son mari n'eut garde de s'opposer à son départ, et lorsqu'elle fut en Silésie, il la pria si mollement de revenir, qu'elle y mourut. Il était né des enfants de ce mariage, et la maison de Bouillon s'était à la fois enrichie de grands biens et d'un sang auguste: son but était atteint*.
La fierté des Rolian ne le cédait point h l'orgueil des Bouillon. On connaît leur devise hautaine : Roi ne puis, duc ne daigne, Rohan suis. S'ils ne descendaient pas, comme ils le prétendaient, des anciens souverains de la Bretagne, ils s'étaient fréquemment alliés à ces souverains ; leur nom se retrouve jusque dans les légendes héroïques de la vieille Bretagne^. Saint-Simon, qui combatavec acharnement l'excès de leurs prétentions, confesse tout le premier la grandeur de leurs établissements. Jean I", vicomte de Rohan, veufde l'héritière de Léon, épouse en secondes noces Jeanne de Navarre, arrière-petitefille par son père de Philippe III le Hardi, petite-fille par sa mère de Louis X le Hutin, et devient, par ce mariage, le beaufrère de Philippe IV de Valois, de Charles le Mauvais, roi de x\avarre, de Pierre VI, roi d'Aragon, de Gaston Phœbus, comte deFoix. Une (ille d'Alain IX, vicomte de Rohan, épouse Jean d'Orléans, comte d'Angoulôme, neveu de Charles VI ; de ce mariage naît Charles d'Orléans, comte d'Angoulême, père de François P«^ : le sang des Rohan coule donc dans les veines des Valois. René P*^ de Rohan épouse la sœur du père de Jeanne d'Albrel, mère de Henri IV, et la maison de Rohan se trouve alliée à celle de Bourbon ; les petits-enfants de René P"" sont cousins issus de germain du roi de France ^.
Ces petits-enfants ont un nom et un rôle dans l'histoire. C'est le duc Henri II de Rohan, le dernier chef des huguenots,